Le 3 juillet 2013, le site Salty Bet lance sur Twitch des combats sans fin entre personnages pilotés par l’ordinateur. Les spectateurs y parient des Salty Bucks, une monnaie sans valeur réelle, sur des affiches improbables. Tous ces combattants sortent de Mugen, un moteur de jeu de combat gratuit apparu en 1999. En 2014, le MoMA retient même Salty Bet dans son exposition en ligne Design and Violence.

Vingt-sept ans après sa naissance, Mugen tient encore debout grâce à un héritier libre. IKEMEN GO lit ses personnages et ses décors, et sa version 1.0 est sortie le 12 septembre 2026. Ce guide montre comment l’installer, ajouter un personnage et un stage, puis créer vos propres combattants.

Écran de sélection des personnages d'IKEMEN GO 1.0 avec Kung Fu Man
IKEMEN GO 1.0 arrive avec Kung Fu Man, le personnage d’exemple hérité de Mugen.

Mugen, c’est quoi ? Le moteur qui refusait le game over

Mugen est un moteur de jeu de combat en 2D, créé par le studio Elecbyte. Il ne fournit presque rien à jouer. Il fait tourner les personnages, les décors et les menus fabriqués par d’autres. Le principe rappelle celui de RPG Maker, transposé au combat. Son nom signifie « illimité » en japonais. Selon ses créateurs, le sens de l’acronyme M.U.G.E.N reste flou.

Cette ouverture a fait sa légende : Ryu peut y affronter Goku. Des milliers de combattants amateurs ont rejoint les héros du commerce, sur des forums puis sur YouTube.

On raconte souvent son histoire de travers. La première bêta publique sort sous DOS le 27 juillet 1999. Elecbyte passe à Linux en novembre 2001, puis met le projet en sommeil en 2003. Les versions Windows de l’époque viennent de bêtas privées, réservées aux donateurs, qui ont fini par fuiter.

Le studio revient pourtant. La version 1.0 sort en janvier 2011, puis la 1.1 en bêta en août 2013. Depuis 2015, le site d’Elecbyte ne montre plus qu’une erreur, à part sa documentation. Aucune nouvelle version n’a suivi.

Mugen ou IKEMEN GO : un nouveau challenger arrive

Mugen ne bouge plus depuis 2015. La relève s’appelle IKEMEN GO, un moteur libre réécrit dans le langage Go. Il lit les personnages et les stages de Mugen, avec une compatibilité calée sur Mugen 1.1 bêta. Ses développeurs préviennent toutefois qu’il ne reproduit pas chaque bug de l’original.

La version 1.0 ajoute ce que Mugen n’a jamais su faire. Le jeu en ligne utilise par défaut le rollback. Cette technique masque la latence, comme dans les grands jeux de combat récents. Les stages acceptent des décors en 3D au format glTF, avec une prise en charge encore basique.

Le moteur tourne sous Windows, macOS et Linux, et une version Android accompagne la 1.0. Il reconnaît aussi la manette DualSense de la PS5.

Pour débuter en 2026, installez donc IKEMEN GO. Les tutoriels écrits pour Mugen restent utiles, puisque les fichiers des personnages sont les mêmes.

Installer IKEMEN GO : dézipper, lancer, combattre

Le moteur ne demande ni installation ni compte.


Télécharger l'archive

Ouvrez la page des versions d’IKEMEN GO sur GitHub. Dans la version 1.0.0, prenez l’archive de votre système, par exemple Ikemen_GO-v1.0.0-windows.zip.


Décompresser

Dézippez-la dans un dossier à vous, par exemple dans Documents. Le moteur enregistre ses réglages dans son propre dossier.


Lancer le moteur

Sous Windows, double-cliquez sur Ikemen_GO.exe. Sous macOS ou Linux, double-cliquez sur Ikemen_GO.command.


Faire un premier combat

Choisissez un mode, puis Kung Fu Man. L’écran et la manette se règlent dans le menu Options.


Le dossier contient alors quatre sous-dossiers à retenir. Les personnages vont dans chars, les décors dans stages et la musique dans sound. Le dossier data range les menus et le fichier qui compose l’écran de sélection.

Dossier d'IKEMEN GO avec les sous-dossiers chars, data, sound et stages
Personnages dans chars, décors dans stages, musique dans sound. Le reste se règle dans data.

Ajouter un personnage : tout se joue dans select.def

Un personnage Mugen tient dans un seul dossier. Pour l’ajouter, il suffit de poser ce dossier dans chars et d’inscrire son nom dans data/select.def.


Placer le dossier

Décompressez le personnage dans chars. Vous devez obtenir un chemin du type chars/kfm/kfm.def.


Ouvrir select.def

Ouvrez data/select.def avec un éditeur de texte, comme le Bloc-notes ou Notepad++.


Inscrire le combattant

Sous la ligne « [Characters] », ajoutez le nom du dossier. Pour lui associer un stage, ajoutez son chemin après une virgule : kfm, stages/kfm.def.


Relancer

Enregistrez le fichier, puis relancez IKEMEN GO. Le personnage apparaît dans la grille de sélection.


Le piège du nom de fichier. IKEMEN GO cherche chars/nom/nom.def. Si le .def ne porte pas le nom de son dossier, écrivez le chemin complet : kfm/alt-kfm.def. Sans cela, le moteur ne trouve pas le personnage.

IKEMEN GO lit même un personnage resté en archive .zip, à inscrire sous la forme nom.zip.

Les personnages se trouvent sur les forums de la communauté. Le forum Mugen Free For All consacre une section entière à IKEMEN GO, l’IKEMEN DOJO. Préférez les personnages conçus pour Mugen 1.0 ou 1.1, les plus proches de ce que vise IKEMEN GO.

Fichier select.def d'IKEMEN GO ouvert dans Notepad++ avec un personnage ajouté
Une ligne par combattant. Le stage associé suit le nom, après une virgule.

Les six fichiers d’un personnage, ou l’anatomie d’un coup de poing

Ouvrez le dossier d’un combattant : six types de fichiers s’y partagent le travail. La documentation d’Elecbyte, toujours en ligne, les décrit un par un.

Le .def sert de carte d’identité : il nomme le personnage et liste ses autres fichiers. Le .sff contient tous ses sprites. Le .air décrit ses animations, sous forme de texte. Le .cns fixe ses états et son comportement, de la garde à la chute. Le .cmd traduit les manipulations de la manette en coups. Le .snd range ses cris et le bruit de ses impacts. Des fichiers .act, pour les palettes de couleurs, complètent souvent l’ensemble.

Le .def, le .air, le .cns et le .cmd sont de simples fichiers texte. Une boule de feu se décrit donc en texte : une manipulation, un état, une animation, un son. Les sprites, eux, relèvent du pixel art, et c’est souvent le chantier le plus long.

Créer son personnage avec Fighter Factory : l’atelier du combattant

Partir d’une page blanche est la voie la plus dure. Le plus sûr : dupliquer un personnage existant, comme Kung Fu Man, et le renommer. Vous le transformerez ensuite pièce par pièce. Pensez au piège vu plus haut : renommez aussi le .def, ou écrivez le chemin complet.

L’outil de référence s’appelle Fighter Factory Studio, un éditeur gratuit signé VirtuallTek. Il ouvre tous les fichiers d’un personnage dans la même fenêtre. Il réunit un éditeur de sprites et de palettes, un éditeur d’animations et un éditeur de code avec coloration syntaxique. Il fonctionne sous Windows et sous macOS.

Commencez par une palette, puis un sprite, puis un coup. Après chaque changement, relancez IKEMEN GO pour vérifier le résultat.

IKEMEN GO va plus loin que Mugen, avec de nouvelles instructions et un langage de script, Lua. Le wiki du projet documente ces ajouts, et seulement eux : le reste se lit chez Elecbyte.

Reste l’étape qu’aucun outil ne fera à votre place : l’équilibre. Pour savoir ce qui fait un bon jeu de combat, le meilleur manuel reste de rejouer aux classiques de l’arcade.

Ajouter un stage et sa musique : changer de ring

Un stage s’installe comme un personnage. Copiez son .def et son .sff dans stages. Ajoutez ensuite son chemin sous la ligne « [ExtraStages] » de select.def, par exemple stages/monstage.def. Le décor devient alors disponible dans les modes où l’on choisit son stage.

La musique passe par le même fichier. Ajoutez music= suivi du chemin d’un morceau du dossier sound, au bout de la ligne voulue. IKEMEN GO ajoute un morceau pour le dernier round (final.music) et un autre pour la victoire (victory.music). Il prévoit même un thème de la dernière chance (life.music). Il se déclenche quand un combattant passe sous 30 % de vie dans la manche décisive. Le .def du stage accepte des réglages équivalents dans sa section [Music], comme final.bgmusic ou life.bgmusic.

IKEMEN GO fournit aussi un stage en 3D, stage3d.def, à ouvrir pour comprendre le principe. Ses décors au format glTF peuvent sortir d’un logiciel comme Blender. La page « 3D Model features » du wiki détaille les options.

Combat entre deux Kung Fu Man sur le stage en 3D d'IKEMEN GO 1.0
Des personnages en 2D dans un décor en 3D, l’une des nouveautés de la version 1.0.

Ryu, Terry et les autres : a-t-on le droit de les utiliser ?

Une bonne partie des personnages qui circulent viennent de jeux du commerce. Leurs sprites et leurs sons sortent de jeux Capcom ou SNK, et restent la propriété de leurs éditeurs.

En France, l’article L122-4 du Code de la propriété intellectuelle est clair. Toute reproduction faite sans l’accord des ayants droit est illicite, gratuite ou non. Beaucoup d’éditeurs laissent faire tant que personne n’en tire d’argent, mais rien ne les y oblige. En 2016, Nintendo a fait retirer AM2R, un remake amateur de Metroid, moins d’un mois après sa sortie. Son créateur a renoncé à toute nouvelle version.

Les moteurs ont aussi leurs conditions. La documentation de Mugen le réserve à un usage non commercial, sauf accord d’Elecbyte. Or son site ne répond plus depuis 2015, documentation mise à part. IKEMEN GO, lui, est sous licence MIT. Un jeu bâti dessus peut se vendre, en reproduisant ses mentions de licence. Les éléments graphiques livrés avec lui suivent des licences Creative Commons, à vérifier avant toute vente.

Pour un jeu à vendre, ou même à diffuser largement, créez donc vos propres combattants.

Partager son jeu : le dernier round

Pour partager un personnage ou un stage, envoyez-le seul. Chacun l’ajoutera à son propre IKEMEN GO. Le wiki du projet déconseille de joindre le moteur, sauf pour un jeu complet.

Vous avez désormais tout pour monter votre propre tournoi. Les paris en Salty Bucks restent facultatifs.