Serial Experiments Lain

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn

Serial Experiments Lain (6 juillet 1998 – 28 septembre 1998) est diffusé à l’âge de bronze de l’Internet que nous connaissons. Cet anime d’anticipation sort dans un contexte où moins de 2 % de la population mondiale possède un accès Internet. Les GAFA n’existent pas encore. C’est le 4 septembre 1998 que Larry Page et Sergueï Brin lancent leur moteur de recherche Google. Bien sûr, d’autres transformations sociales du Web viendront. Quelques mois plus tard, Microsoft lance MSN Messenger (le 22 juillet 1999). Des millions d’utilisateurs tchatent et se lient au sein de groupes. Au Japon, Hiroyuki Nishimura lance le forum 2channel (le 30 mai 1999), précurseurs de 4chan et de ses émules. Cette plateforme anonyme permet aux Japonais de s’exprimer et de se défouler sur différents sujets, tout en esquivant les codes relativement stricts de leur société.

Bien avant ces profondes structurations sociales du Web, le studio Triangle Staff nous propose Serial Experiments Lain, un anime sombre et psychologique. On y suit Lain Iwakura, une pré-adolescente de 14 ans assez solitaire et mal dans sa peau. Après le suicide d’une camarade de classe, elle se retrouve propulsée sur un réseau similaire à Internet : le Wired. Complètement perdue, elle vit une expérience aux allures prémonitoires.

Serial Experiments Lain critique

A sa sortie, Serial Experiments Lain fait un peu bande à part. La série n’a quasiment rien en commun avec ses pairs, que ce soit l’ambiance, la cohésion graphique ou les thématiques abordées. Mais de nombreux animés sortis en 1998 continuent de faire écho en Occident en 2020, notamment Berserk, le seinen dark fantasy. Il y a aussi Pokemon, le komodo adapté du jeu éponyme. N’oublions pas les faux frères Cowboy Bebop et Trigun et leurs univers western futuriste. Et la petite dernière, le shōjo Cardcaptor Sakura qui connaît un nouveau cycle avec Cardcaptor Sakura – Clear Card Arc depuis le 3 juin 2016.

Lain Iwakura s’interroge sur sa réalité, après ses multiples explorations du Wired

Un anime cyberpunk entre X-Files et Lovecraft

Serial Experiments Lain est un anime cyberpunk de Ryūtarō Nakamura (15 avril 1955 – 29 juin 2003). La chaîne Tokyo TV diffuse la série de juillet à septembre 1998. La série emprunte à la science-fiction d’horreur, au surnaturel et au style déroutant de H. P. Lovecraft. Cela lui confère une atmosphère particulièrement déroutante. L’intrigue débute peu après le suicide de l’une des camarades de Lain, dont elle reçoit pourtant un email. Elle y explique que son enveloppe corporelle a disparu mais que son esprit demeure toujours dans le Wired. Ce réseau semble posséder presque toutes les caractéristiques d’Internet. Soucieuse de comprendre ce dernier message, l’adolescente se connecte et finit happée par le Wired. On assiste à un schisme du personnage et à l’émergence d’un deuxième soi virtuel. Elle s’enfonce peu à peu, contrainte de reconsidérer sa condition humaine, tout en s’éloignant du monde réel et physique.

Des circonvolutions difficiles à suivre

Les néophytes pourraient ne pas apprécier cet anime difficile d’accès. Vous le verrez Ryūtarō Nakamura insiste énormément sur l’ampleur et la force de l’atmosphère dans son récit. Certains fans d’animés le lui ont reproché. Il n’est pas rare d’entendre et de lire que Serial Experiments Lain est une série avec des animations lentes et austères, voire bâclées. Durant les 13 épisodes, la multiplication de fausses pistes peut nécessiter un second visionnage pour comprendre l’ensemble. Honnêtement, tôt ou tard vous serez perdu dans ce labyrinthe limbique.

Tout ce qui pourra en rebuter plus d’un reste le plus grand atout de cet anime. Le style graphique, l’omniprésence des poteaux de télécommunications ou l’absence de couleurs vives renforcée par la présence d’ombres tachetées de rouge… Tous ces éléments nous font ressentir, et ce dès les premières minutes, l’atmosphère dérangeante et la techno-paranoïa propre à la série.

Serial Experiments Lain critique

Un jeu de pistes aux allures de grand huit

Lain, la confrontation de ses réalités et sa psyché déformée

Toute la série repose sur le schisme provoqué par les connexions de Lain dans le Wired. D’apparence douce, calme, presque apathique, elle devient brutalement célèbre et provocante sur ce réseau. On constate une montée de schizophrénie. Chacune de ses personnalités, l’une réservée et l’autre extravertie, empiètent sur l’autre. Pendant son exploration, elle rencontre des individus qui semblent la connaitre et ne pas la reconnaître, du fait de la coexistence de ses multiples personnalités. Tout comme elle, ces individus ont l’air de développer des troubles de la personnalité tels que la paranoïa et la psychopathie, liés à leur présence dans le Wired. Ici, SEL interroge sur l’impact de la réalité virtuelle sur notre psyché. Le panel d’avatars et de dédoublements de personnalités permet aux spectateurs de s’interroger sur la place du Web et des réseaux sociaux dans notre quotidien.

Lain anticipe et questionne notre dépendance à notre vie virtuelle

SEL interroge sur les dépendances de toutes sortes, bien que la dépendance informatique exprimée par l’héroïne soit mise en avant. On le constate après quelques épisodes où elle prend de la distance avec sa seule amie Mizuki Alice. Ses parents, eux, lui sont complètements indifférents. Lain reste donc enfermée dans sa chambre, sans même se rendre à l’école. Cette attitude fait référence au phénomène hikikomori et plus globalement aux otakus. Au début des années 90, ces jeunes Japonais rejettent la culture élitiste et stressante japonaise, préférant s’adonner à leurs passions. Ils sont alors perçus comme rebelles et inaptes au travail par leurs aînés. Depuis les débuts des années 2000, la modification de nos habitudes de vie liées au Web ainsi que la réussite de certains d’entre eux leur permet d’avoir une meilleure image.

L’informatique au service des violences

D’autres thématiques telles que l’influence de la drogue sur nos actions sont abordées. Dans la série, la drogue Accela est fabriquée à partir de nanomachines et décuple dangereusement les sens et la perception du Wired. A un autre moment, un jeu vidéo corrompu élimine les joueurs perdants du monde réel. Le projet « Kids » – qui n’est pas sans rappeler Akira – met en scène des scientifiques qui obligent des enfants à se connecter au Wired, dans le but de développer leur potentiel parapsychique. Ici, la thématique de la violence via la drogue, le jeu vidéo ou la science est rattachée à l’informatique. Les actions entreprises sur le Wired ont des conséquences directes sur le monde réel. De la même manière, nos actions en ligne peuvent avoir des répercussions réelles et graves. Il en existe une multitude d’exemples.

Serial Experiments Lain : anticipation de notre Web entre SF, surnaturel et horreur

Ce n’est pas un hasard si Serial Experiments Lain est une série culte. Bien qu’elle n’ait pas eu le succès mérité lors de sa première diffusion en France en janvier 2001 sur Canal+, la série gravite autour de nombreuses questions sociales et existentielles. Toutefois, son principal cheminement durant les 13 épisodes reste de définir l’humain et ce qui le sépare de la machine.

Parfois l’anime égare le spectateur, lui suggère des réponses. Surtout, elle propose des pistes sur l’avenir de nos sociétés numériques bien avant l’émergence des GAFA. Que vous soyez néophytes, amoureux du cinéma et d’animés ou tout simplement curieux, Serial Experiments Lain a de quoi vous angoisser et vous surprendre.

Laisser un commentaire

Vous aimerez aussi :

Sed at elit. fringilla eget leo. risus Aenean risus. elementum ipsum efficitur.