Tapez la question dans un moteur de recherche. Vous obtiendrez partout la même réponse. Une carte à 35 dollars, de la taille d’une carte bancaire, conçue par une association caritative pour apprendre la programmation aux enfants.

Allez ensuite sur la boutique officielle. Le Raspberry Pi 5 en 16 Go y coûte 305 dollars.

Les trois éléments de cette définition ont bougé, et pas un peu. Le prix, le client, et le propriétaire.

carte Raspberry Pi 5 posée à côté d'une carte bancaire de même dimension Légende : La carte n'a pas grossi depuis 2012. C'est à peu près la seule chose qui n'a pas changé.

L’objet, en une phrase et sans mystère

Un Raspberry Pi est un ordinateur complet sur une seule carte. Processeur ARM, mémoire vive, sorties vidéo, ports USB, réseau, tout est soudé sur un rectangle de 85 millimètres sur 56.

Il n’a pas de disque dur. Le système s’installe sur une carte microSD, ou sur un SSD relié en USB ou en PCIe selon le modèle. Il n’a pas non plus de boîtier ni d’alimentation : la carte se vend nue.

Sa particularité tient à une rangée de quarante broches sur le bord, le connecteur GPIO. Elles donnent un accès direct à des capteurs, des relais, des moteurs. C’est ce qui sépare le Raspberry Pi d’un mini-PC ordinaire, et c’est ce qui explique la moitié de ses usages.

Le modèle actuel est le Raspberry Pi 5, en vente depuis le 23 octobre 2023. Il s’articule autour d’un Broadcom BCM2712, quatre cœurs Cortex-A76 à 2,4 GHz. Il tourne sous une distribution Linux dérivée de Debian, nommée Raspberry Pi OS depuis le 29 mai 2020. Avant cette date elle s’appelait Raspbian, et beaucoup d’articles français emploient encore l’ancien nom.

Attention à ne pas confondre avec la gamme Pico, vendue quelques dollars. Ce sont des microcontrôleurs, avec quelques centaines de kilooctets de mémoire et aucun système d’exploitation. Ils exécutent un programme unique, ils ne font pas tourner Linux.

Qui l’a créé, et pourquoi quatre pages françaises sur huit se trompent

J’ai lu les huit meilleurs résultats français sur cette question. Quatre attribuent la création du Raspberry Pi à David Braben, le concepteur du jeu Elite. Wikipédia en français écrit noir sur blanc que la fondation a été « fondée en 2009 par David Braben ».

La page de gouvernance de la fondation dit autre chose. Elle désigne Eben Upton comme « creator of Raspberry Pi », et Pete Lomas comme « co-creator ». Braden y figure sous une seule mention : « CEO of Frontier Developments plc ».

David Braben est bien l’un des six fondateurs de l’association, aux côtés d’Alan Mycroft, Jack Lang, Pete Lomas, Rob Mullins et Eben Upton. Il n’a pas conçu la carte. La confusion vient probablement de la vidéo de la BBC de mai 2011, où c’est lui qui présentait le prototype devant la caméra.

L’association a été constituée le 25 novembre 2008 et enregistrée comme organisme de bienfaisance le 5 mai 2009. Son objet statutaire tient en une ligne déposée auprès de la Charity Commission, toujours en vigueur : faire progresser l’éducation des adultes et des enfants, particulièrement dans le domaine de l’informatique.

Le premier modèle, le Model B, est arrivé le 29 février 2012 à 35 dollars, avec 256 mégaoctets de mémoire vive. Pas gigaoctets : l’erreur circule, elle est d’un facteur mille. La capacité est passée à 512 Mo le 15 octobre suivant, sans changement de prix. La fondation espérait en écouler dix mille sur la durée de vie du produit. Elle a enregistré cent mille commandes le premier jour, et un million de ventes en un an.

Le prix de 35 dollars appartient à 2012

C’est ici que les articles français décrochent le plus franchement du réel. Aucun des huit que j’ai lus ne mentionne ce qui suit.

Entre octobre 2025 et avril 2026, Raspberry Pi a relevé ses tarifs quatre fois. La cause est la même à chaque annonce : le prix de la mémoire LPDDR4, aspirée par la construction des centres de données dédiés à l’intelligence artificielle. Le billet officiel du 1er avril 2026 parle d’une multiplication par sept du coût de cette mémoire en un an.

Voici ce que ça donne sur le modèle le plus exposé, le Pi 5 en 16 Go.

DatePrix officielVariation
9 janvier 2025, lancement120 $✓ 1er décembre 2025145 $+ 25 $ 2 février 2026175 $+ 30 $ 1er avril 2026305 $+ 100 $

Cent cinquante-quatre pour cent d’augmentation en quinze mois, sur un produit vendu comme abordable. La grille complète au 15 septembre 2026 s’étale de 45 dollars pour le Pi 5 en 1 Go à 305 dollars pour le 16 Go. Le 4 Go se situe à 110 dollars.

Deux précisions honnêtes. L’entreprise annonce qu’elle inversera ces hausses quand le marché se détendra, et elle l’a déjà fait après la pénurie de 2021. Les modèles sans mémoire externe ont été épargnés. La gamme Pico reste à 4 dollars, les Pi Zero et les variantes 1 Go n’ont pas bougé.

graphique montrant le prix du Raspberry Pi 5 16 Go passant de 120 à 305 dollars entre 2025 et 2026
Les quatre hausses sont documentées une par une sur le blog officiel. Aucune baisse n’est intervenue depuis avril.

Ce que coûte une machine qui démarre

Le prix de la carte ne dit rien du prix de l’ordinateur. J’ai relevé le 15 septembre 2026 chez Kubii, revendeur agréé français, ce qu’il faut acheter pour qu’un Pi 5 en 8 Go s’allume et affiche quelque chose.

ÉlémentPrix TTC
Raspberry Pi 5, 8 Go204,00 €
Alimentation officielle 27 W USB-C12,90 €
Boîtier officiel avec ventilateur intégré10,68 €
Carte microSD officielle 32 Go12,90 €
Total240,48 €

Restent à ajouter un câble micro-HDMI, un clavier, une souris et un écran si vous n’en avez pas.

Un piège fréquent au passage : le boîtier officiel du Pi 5 embarque déjà son ventilateur. L’Active Cooler vendu à part est une alternative pour qui monte la carte sans boîtier, pas un complément. Beaucoup de listes de courses recommandent les deux.

Et les prix français sont dispersés en ce moment. La même carte 8 Go se trouve à 204 euros chez un revendeur et à 241,80 euros chez un autre. La plupart des variantes sont en rupture. Citer un prix sans nommer la boutique et la date n’a plus de sens.

Trois acheteurs sur quatre ne sont pas des amateurs

Voici le chiffre qui déplace la définition. Il n’apparaît dans aucune des huit pages françaises.

Raspberry Pi Holdings publie la ventilation de ses ventes de cartes et de modules de calcul par segment. Pour l’exercice 2025, elle donne 75 % en industriel et embarqué, et 25 % pour les amateurs et l’éducation. Le chiffre figure sur son site investisseurs, en unités vendues.

Le prospectus d’introduction en bourse est encore plus direct. Il définit l’activité du groupe comme la conception d’ordinateurs monocarte à bas coût « for industrial Internet of Things customers and embedded uses ». La suite ne vient qu’ensuite : « as well as for educators and enthusiasts ».

L’ordre des mots dit tout. L’industriel passe en premier dans la définition que l’entreprise donne d’elle-même. Le mot « éducation » n’apparaît nulle part dans son énoncé de mission.

Concrètement, les Raspberry Pi qui sortent d’usine partent surtout ailleurs que chez vous. Bornes d’affichage, automates, terminaux de paiement, passerelles industrielles, matériel médical. La carte que vous achetez pour un projet domestique vient de la même chaîne, mais elle représente un quart du volume.

Cela ne rend pas l’usage amateur illégitime. Cela explique en revanche la direction que prend la gamme : modules de calcul, outils de provisionnement industriel, conformité réglementaire. Pas ce qu’attend un bidouilleur du dimanche.

répartition des ventes de cartes Raspberry Pi en 2025, 75 pour cent industriel et 25 pour cent amateurs
Source Raspberry Pi Holdings, ventes en unités de l’exercice 2025. La donnée est publique et n’est reprise nulle part en français.

La fondation n’est plus la propriétaire

Le troisième élément périmé de la définition courante est le statut. On lit partout que le Raspberry Pi est fabriqué par une filiale détenue à cent pour cent par une association caritative.

C’était vrai jusqu’au 11 juin 2024. Ce jour-là, Raspberry Pi Holdings est entrée à la Bourse de Londres sous le code RPI. La part de la fondation est tombée à 46,7 %. Un placement secondaire du 23 avril 2026 l’a ramenée à 41,0 %.

L’entreprise reste liée à la fondation, qui demeure son premier actionnaire, et elle lui a reversé environ 230 millions de dollars depuis sa création. Mais elle publie désormais des résultats trimestriels et répond à des actionnaires. Son chiffre d’affaires 2025 s’établit à 323,2 millions de dollars, en hausse de 25 %.

Un détail révélateur. Le communiqué de résultats annuels de mars 2026 ne mentionne pas la fondation une seule fois, là où celui de l’année précédente lui consacrait plusieurs phrases.

Alors, à qui s’adresse-t-il encore

À quelqu’un qui a besoin des broches GPIO, et à personne d’autre.

C’est la conclusion qui découle de tout ce qui précède. Piloter des capteurs, lire un port série, commander un relais, faire de la domotique maison : sur ce terrain le Raspberry Pi reste le meilleur choix, et de loin. Pas pour ses performances, mais pour sa documentation et pour la taille de sa communauté. Une carte concurrente mieux dotée sur le papier finit souvent au fond d’un tiroir faute de tutoriels.

Héberger des services, monter un serveur de fichiers, brancher un lecteur multimédia sur le téléviseur : là, le calcul a changé. Un mini-PC x86 d’occasion, boîtier, alimentation et stockage compris, se trouve autour de cent euros et fera plus de choses, plus vite. Les forums francophones citent spontanément les Lenovo compacts d’occasion, les Radxa et les Orange Pi. L’écart de prix est devenu difficile à défendre.

Il n’y aura pas de Raspberry Pi 6 avant début 2028, selon Eben Upton lui-même en mai 2026. La question du prix restera donc posée un moment.

Le Raspberry Pi de 2026 est une excellente carte d’interface entre du logiciel et du matériel physique. Il n’est plus l’ordinateur bon marché de 2012, et personne chez son fabricant ne prétend le contraire. Ce sont les articles qui le décrivent qui n’ont pas été mis à jour.