Deux cent cinquante-six pixels. C’est tout ce qui sépare le 4K du cinéma du 4K de votre téléviseur, et c’est la raison pour laquelle personne ne s’entend sur le sens du mot.

La plupart des articles s’arrêtent à ce constat et concluent que les fabricants nous trompent. C’est un peu court. Ces deux chiffres existent parce qu’ils viennent de deux industries différentes, à sept ans d’intervalle, et savoir laquelle vous concerne change des choses très concrètes quand on produit des images.

Les deux chiffres, une fois pour toutes

Le 4K cinéma, dit DCI 4K, mesure 4096 × 2160 pixels. Son rapport de forme est de 256:135, soit environ 1,90:1.

Le 4K domestique, dit UHD ou Ultra HD, mesure 3840 × 2160 pixels, en 16:9. C’est exactement quatre fois le Full HD, dans les deux dimensions.

Votre téléviseur, votre moniteur, votre console et vos vidéos en ligne sont en UHD. Sans exception. Quand un fabricant écrit 4K sur un carton, il vend du 3840.

D’où vient le 4096, et pourquoi il est arrivé en premier

En 2005, un consortium des grands studios hollywoodiens, le Digital Cinema Initiatives, publie la spécification qui va régir la projection numérique en salle. Le format haut de gamme y est fixé à 4096 × 2160.

Le chiffre n’est pas arbitraire. 4096, c’est 2 puissance 12. Dans une chaîne de post-production où l’on redimensionne, recadre et sous-échantillonne en permanence, une largeur en puissance de deux simplifie tous les calculs. Le monde de l’image professionnelle raisonne ainsi depuis toujours, et c’est aussi pour ça que le 2K vaut 2048 et non 1920.

Sept ans plus tard, en octobre 2012, la Consumer Electronics Association publie ses recommandations de dénomination pour le grand public et retient le terme Ultra High-Definition, associé à 3840 × 2160. Le 16:9 des téléviseurs impose ce chiffre, puisqu’il faut rester un multiple exact du Full HD.

Deux normes, deux métiers. Le cinéma avait pris le mot d’abord, le marketing l’a repris ensuite.

Ce que le conteneur DCI contient vraiment

Voici le point que même les bons articles francophones laissent de côté, et il est nettement plus intéressant que la querelle des 256 pixels.

Le 4096 × 2160 n’est pas le format d’un film. C’est un conteneur. L’image utile s’inscrit dedans, et elle n’en occupe presque jamais la totalité.

Un film livré en Flat, c’est-à-dire en 1,85:1, occupe 3996 × 2160. On perd cent pixels en largeur.

Un film livré en Scope, le fameux CinemaScope à 2,39:1, occupe 4096 × 1716. Toute la largeur, mais une hauteur nettement réduite.

FormatRésolutionPixelsÉcart avec l’UHD
DCI 4K conteneur4096 × 21608 847 360+6,7 %
DCI Flat (1,85:1)3996 × 21608 631 360+4,1 %
UHD-13840 × 21608 294 400référence
DCI Scope (2,39:1)4096 × 17167 028 736−15,3 %
description différents types résolution images

Prenez le temps de relire la dernière ligne. Une image de cinéma en CinemaScope 4K contient 15 % de pixels de moins qu’une image UHD de téléviseur. Le format le plus prestigieux de la liste est aussi celui qui en compte le moins.

Ce n’est pas un paradoxe, c’est une question de forme. Un écran large et bas contient moins de surface qu’un écran presque carré de même largeur. Mais ça règle définitivement l’idée que le 4K cinéma serait « plus » que le 4K domestique. Il est autre, pas supérieur.

Ce que ça change quand vous produisez, et pas quand vous regardez

Sur un canapé, la différence est nulle. Votre écran fait 3840 de large, point.

Devant une station de travail, elle devient mesurable.

Le temps de calcul suit le nombre de pixels. Rendre en 4096 × 2160 plutôt qu’en 3840 × 2160, c’est 6,7 % de pixels en plus, donc à peu près 6,7 % de temps en plus. Sur une image isolée, on s’en moque. Sur une animation de cinq cents images qui tourne déjà huit heures, ce sont trente-deux minutes ajoutées pour un format que personne ne regardera jamais. C’est le genre d’arbitrage qu’on gagne à poser avant de lancer le calcul, au même titre que les autres réglages de sortie.

Le poids des fichiers suit la même règle, et il se paie deux fois : au stockage, puis à chaque transfert vers une ferme de rendu ou vers un client.

Le recadrage, lui, ne pardonne pas. Si vous composez en 4096 × 2160 une image destinée à une diffusion en ligne, elle finira redimensionnée en 3840. Les proportions ne sont pas les mêmes, 1,90:1 contre 1,78:1, donc quelque chose sera rogné ou déformé. Mieux vaut le décider soi-même au cadrage que le découvrir à l’export.

La règle pratique tient en une phrase. Vous livrez à un distributeur de cinéma ou à un festival qui exige un DCP : DCI, 4096, et vous suivez leur cahier des charges au pixel près. Dans tous les autres cas, c’est-à-dire à peu près toujours, vous livrez en 3840 × 2160.

Le vocabulaire qui vous évitera de vous faire avoir

Quelques mots reviennent partout et ne disent pas ce qu’on croit.

4K tout court ne veut rien dire sans contexte. Sur un produit grand public, lisez UHD.

UHD signifie 3840 × 2160. C’est le vrai nom de ce que vous achetez.

UHD-2, ou 8K, désigne 7680 × 4320.

DCI-P3 n’a rien à voir avec la résolution. C’est un espace colorimétrique, donc une question de couleurs disponibles, pas de pixels. Un écran peut couvrir le DCI-P3 sans être en 4096, et l’inverse est vrai aussi. C’est la confusion la plus fréquente après celle des deux résolutions.

HDR ne concerne pas non plus la définition. Il porte sur l’écart entre les noirs et les blancs. Sur une télévision, un bon HDR se voit beaucoup plus qu’un passage de 1080 à 2160.

Et si vous montez une configuration pour travailler dans ces résolutions, sachez que la charge ne se répartit pas comme on l’imagine : le calcul d’image tient surtout à la carte graphique, mais la préparation de scène et les simulations restent l’affaire du processeur.

Ce qu’il faut retenir

Le 4096 vient du cinéma et date de 2005. Le 3840 vient de la télévision et date de 2012. Le premier est un conteneur dans lequel l’image s’inscrit, le second est une image.

Le premier n’est pas meilleur. En CinemaScope, il compte même 15 % de pixels de moins.

Et sauf si vous livrez un DCP à un exploitant de salle, c’est le second qui vous concerne.

Les chiffres de cet article proviennent de la spécification du Digital Cinema Initiatives publiée en 2005 et des recommandations de dénomination de la Consumer Electronics Association d’octobre 2012.