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Gunnm (1993), l’OAV : analyse, différences avec le manga, où le voir
Gunnm
銃夢
Les deux OAV Gunnm de 1993, Rusty Angel et Tears Sign : ce qu'ils changent au manga de Kishiro, ce qu'ils ont légué au film Alita, et pourquoi le Japon ne les a jamais édités en DVD.
Synopsis & Critique
En juin 1993, quand la première cassette de Gunnm arrive dans les rayons japonais, le manga de Yukito Kishiro n’en est qu’à son quatrième tome dans Business Jump. Deux épisodes d’une demi-heure, produits vite et pour pas cher afin de vendre les volumes, et puis plus rien pendant vingt-six ans, jusqu’à ce que James Cameron et Robert Rodriguez en fassent un film à 170 millions de dollars. Entre les deux, cet OAV a été la seule image animée de Gally, et il a laissé des traces partout où on ne l’attend pas.
Cette fiche le prend au sérieux : ce qu’il change au manga, ce qui tient encore trente ans après, ce qu’il a transmis au film de 2019, et pourquoi il reste, au Japon même, une œuvre qui n’a jamais eu droit à un DVD.
Pourquoi il n’y a que deux épisodes
La question que tout le monde se pose en voyant le générique de fin arriver a une réponse simple : il n’y en a jamais eu d’autres de prévus. Le contrat signé avec KSS et Movic, la branche vidéo d’Animate, portait sur les deux premiers tomes, point. Kishiro l’a redit en 2005 : il était en pleine sérialisation, débordé, et il n’a pas eu le recul pour juger le projet. Il ajoutera, plus tard, qu’il aurait peut-être mieux valu refuser et attendre une meilleure proposition. En 2019, il avouait à Anime News Network ne pas avoir revu l’OAV depuis vingt ans, tout en gardant le laserdisc chez lui.
La production est confiée à Animate Film, avec Madhouse en coopération, sous la supervision de Rintarō. Les fiches occidentales écrivent souvent « produit par Madhouse », c’est une approximation. À la réalisation, Hiroshi Fukutomi, un habitué des séries pour enfants (Kaibutsu-kun, Doraemon), parachuté sur un seinen cyberpunk. Au scénario, Akinori Endō. Au design des personnages et à la direction générale de l’animation, Nobuteru Yūki, en pleine année faste entre Lodoss, Five Star Stories et X, ce qui explique l’air de famille entre Gally et ses autres héroïnes. À la musique, Kaoru Wada, la même année que Ninja Scroll.
Le résultat se vend mal au Japon. L’OAV sort en fin de bulle, juste avant que le marché ne bascule avec Evangelion, et le public japonais, selon la doubleuse américaine Amanda Winn Lee, trouve Gally pas assez mignonne. À l’inverse, aux États-Unis, Battle Angel devient l’un des tout premiers titres d’ADV Films, en VHS sous-titrée dès septembre 1993, et se vendra à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires selon son fondateur John Ledford. D’où ce paradoxe que personne ne relève en français : un titre culte en Occident, jamais édité en DVD ni en Blu-ray dans son propre pays. KSS a fait faillite en 2004 et les droits sont restés dans le flou depuis.
Ce que l’OAV change au manga

Les lecteurs français lui reprochent depuis trente ans de trahir Kishiro. C’est vrai, et c’est plus intéressant qu’un simple reproche, parce que chaque écart raconte un choix de production.
Le plus visible est Chiren, un personnage qui n’existe pas dans le manga. Ancienne collègue et compagne d’Ido, venue de Zalem comme lui, cyber-médecin passée au service de Vector, elle ne rêve que de remonter là-haut. Créée pour donner à l’OAV un arc adulte que le manga, à ce stade, ne fournissait pas, elle est le personnage le plus discuté du film : les lecteurs la trouvent inutile, les spectateurs qui découvrent l’univers par elle y voient l’arc le plus abouti. Vector tiendra sa promesse à sa manière, en n’envoyant à Zalem que ses organes. C’est exactement ce que Jennifer Connelly rejouera en 2019.
Makaku a disparu, remplacé par Grewcica, fusion de Makaku et de Kinuba, ancien champion du Colisée remonté par Chiren. Le Panzer Kunst n’est jamais nommé. Le premier meurtre de Gally est Rasha, un sbire, et non un monstre. Quand Grewcica tue le chien de rue qu’elle avait adopté, elle se peint le visage avec son sang avant le combat, là où le manga a un rituel plus étrange. Vector, qui survit et traverse tout le manga, meurt ici. Zapan est réduit à une silhouette de délateur, et le rival Clive Lee, absent de ces tomes, prend de la place sous le nom de Gime. Enfin, c’est Chiren, et non Gally, qui pratique le pontage qui maintient Yugo en vie après que Gime lui a tranché le bras. Tout se joue en une journée, sous un ciel couvert, sans la pluie du manga.
Ce n’est pas une condensation, c’est une réécriture qui garde les points d’appui (Ido, la décharge, Yugo, Zalem) et change presque tout ce qui les relie. Jugé comme adaptation, l’OAV perd. Jugé comme début alternatif, ce qu’il est, il tient debout, et c’est ce que l’essentiel de la critique anglophone a fini par admettre.
Ce qui tient encore trente ans après

Le dessin d’abord. Yūki tient à la fois le design et la supervision de l’animation, ce qui donne une cohérence rare pour un OAV de commande : les visages ne dérivent pas d’un plan à l’autre. L’animation, elle, est économe, souvent limitée, et le montage coupe les combats plus qu’il ne les suit. Mais la direction artistique fait le travail : la lumière est utilisée comme un code, orange rouille pour la décharge, plein soleil pour les rares moments d’espoir sur les toits, ombre pour le danger. La première image, des cascades de ferraille qui tombent de Zalem au crépuscule, pose tout l’univers en dix secondes.
La musique ensuite, et c’est le point que les critiques françaises ratent toutes (l’une d’elles va jusqu’à parler d’une bande sonore « quasi inexistante »). Wada écrit une partition minimale mais construite : percussions industrielles pour l’action, flûte tenue pour l’émotion, un thème récurrent qui revient sous des formes différentes et donne au film son unité. La chanson de fin, Cyborg Mermaid par Kaori Akima, ferme le tout sur une mélancolie de synthétiseur qui a bien vieilli. Deux albums en ont été tirés, l’Image Album et Another Story avec des pistes drama, jamais réédités.
La violence enfin. Elle est sèche, brève, plus rare que dans le manga, et elle ne cherche pas le gore : un corps éventré d’où sortent des câbles, un vol de colonne vertébrale dans une ruelle. C’est ce qui manque le plus au film de Rodriguez, et c’est ce que les spectateurs de 2019 qui remontent à l’OAV découvrent avec surprise.
La fin du ballon
Ce que tout le monde retient, y compris ceux qui n’aiment pas le reste, c’est la dernière scène. Yugo a compris qu’on n’achète pas l’accès à Zalem. Il escalade quand même un tube d’approvisionnement de la Factory, Gally derrière lui, et les anneaux défensifs prévus pour chasser les rats le mettent en pièces. Elle ne rattrape que son avant-bras. Puis Ido et Gally lâchent un ballon vers la ville flottante, avec l’avant-bras de Yugo et la boucle d’oreille de Chiren. Les deux morts du film montent à Zalem ensemble, par le seul chemin que Zalem laisse ouvert aux gens d’en bas.
La scène n’est pas dans le manga. Elle condense en une image ce que l’OAV a de plus juste : une histoire d’Icare où personne ne vole, où le désir de monter tue ceux qui le portent, et où la seule ascension possible est celle des restes. Sam Kitagawa y lit aussi du Pinocchio et du Frankenstein, Ido en Geppetto qui remonte une fille de la décharge ; les deux lectures se tiennent, et elles tiennent mieux ici que dans les trois heures de 2019.
De l’OAV au film de Cameron

La légende dit que Guillermo del Toro a fait découvrir Gunnm à James Cameron. Del Toro l’a reprécisée à Paris en novembre 2025 : à l’époque où il vivait chez Cameron, ils regardaient des animes ensemble, Cameron lui a montré Patlabor, et lui a montré Battle Angel. C’est-à-dire l’OAV, pas seulement le manga. Cameron s’envole pour Tokyo, le contrat est signé en 2000 selon Kishiro, et le film ne sortira que dix-neuf ans plus tard.
Ce que le film doit à l’OAV se voit à l’écran. Chiren, personnage inventé par l’animation, y tient un rôle entier. Le sang du chien peint sous les yeux d’Alita vient d’ici. Plusieurs combats, celui contre Grewishka en tête, sont repris quasiment plan par plan. Le film choisit pourtant une autre fin, ouverte sur une suite, quand l’OAV avait le courage de fermer. On a écrit ailleurs pourquoi Alita : Battle Angel reste un demi-film ; une partie de la réponse est qu’il a gardé les images de 1993 et pas leur brutalité.
Réception : un 7 partout, sauf en France
Sur les bases internationales, l’OAV est stable autour de 7 sur 10 : 7,08 sur MyAnimeList pour plus de 31 000 votes, 7,19 sur Anime News Network, 7,2 sur IMDb, 3,54 sur 5 sur Letterboxd. La France est nettement plus dure : 6,6 sur SensCritique, 3,2 sur 5 sur AlloCiné, 10 sur 20 pour la rédaction de Manga-news. La différence tient à qui note : en France, ce sont les lecteurs du manga, arrivés par Glénat, qui jugent une trahison ; ailleurs, ce sont souvent des spectateurs qui ont découvert l’univers par la VHS ADV et pour qui l’OAV est l’original.
Mon avis se situe entre les deux. Comme adaptation, c’est un 5 : trop court, remanié, avec une Gally qui passe de fille douce à tueuse en un quart d’heure sans que le film ait le temps de le justifier. Comme film d’une heure, c’est un 8 : une direction artistique qui a mieux vieilli que son animation, une musique que personne n’écoute, une fin que le blockbuster n’a pas osée. Ce qui donne le 7 de la fiche, et l’envie de le montrer à quelqu’un qui n’a vu que le film.
Éditions et où voir Gunnm en 2026
Au Japon, les deux épisodes sont sortis en VHS et en laserdisc chez Japan Soft System, le label de KSS, le 21 juin 1993 pour Rusty Angel et le 21 août pour Tears Sign. Il n’y a jamais eu de DVD ni de Blu-ray japonais. Le seul autre objet animé de la franchise est un Gunnm 3D Special de trois minutes en images de synthèse, offert avec le tome 6 de l’édition complète Shūeisha en 2000.
En France, Manga Vidéo a sorti les deux épisodes sur une seule VHS en 1995, en version française enregistrée au studio Start sous la direction de Dominique Bailly, avec Fabrice Josso dans le rôle de Yugo. Le DVD Manga Vidéo suit le 1er mars 2001, réédité chez Manga Mania en 2003. Aux États-Unis, ADV a sorti le DVD en décembre 1999, puis une réimpression limitée à 10 000 exemplaires en 2008, avant de perdre la licence. Le Royaume-Uni a eu son propre doublage chez Manga Entertainment en 1994, sous le titre Battle Angel Alita, avec des noms différents de la version américaine.
En septembre 2026, aucune plateforme française ne propose l’OAV légalement, ni ADN ni Crunchyroll, et aucun éditeur n’a annoncé de Blu-ray. La seule voie reste le DVD Manga Vidéo ou Manga Mania d’occasion, qu’on trouve entre 10 et 25 euros. Pour l’univers, le point d’entrée reste le manga chez Glénat, et pour comprendre ce que le film a gardé de ces deux épisodes, la fiche Alita : Battle Angel.
🇯🇵 Casting VO (Seiyuu)
🇫🇷 Casting VF
Équipe technique
Notre avis
Points forts
- Une direction artistique qui a mieux vieilli que son animation, la lumière comme code (rouille, soleil, ombre)
- La musique de Kaoru Wada, percussions industrielles et flûte, et la chanson de fin Cyborg Mermaid
- Une fin fermée, le ballon vers Zalem, que le film de 2019 n'a pas osée
- Une violence sèche et brève, sans gore, qui donne à Kuzutetsu sa réalité
- Une cohérence graphique rare pour un OAV de commande, Nobuteru Yūki au design et à la supervision
Points faibles
- Cinquante-quatre minutes pour deux tomes : Gally passe de fille douce à tueuse en un quart d'heure
- Une animation limitée et un montage qui coupe les combats plus qu'il ne les suit
- Chiren, personnage inventé, prend la place que le manga donnait à l'évolution de Gally
- Le Panzer Kunst jamais nommé, Vector tué, Zapan réduit à une silhouette : les lecteurs du manga ont de quoi grincer
- Aucune édition légale disponible en France en 2026, ni streaming ni Blu-ray
Verdict
Un début alternatif, pas une adaptation
Jugé comme adaptation du manga, l'OAV perd : trop court, remanié, Chiren à la place de Gally. Jugé comme ce qu'il est, un début alternatif d'une heure fabriqué en 1993 pour vendre quatre tomes, il tient debout et il a mieux vieilli que sa réputation française. Le dessin de Yūki, la lumière, la musique de Wada et la fin du ballon en font un objet que le film de Cameron a pillé sans en garder la brutalité. À voir avant le film, ou juste après, pour mesurer ce qui a été gardé et ce qui a été lissé.
Critique par saison
Saison 1
Rusty Angel (21 juin 1993) pose l'univers en dix secondes de ferraille tombant de Zalem et enchaîne la reconstruction de Gally, la rencontre de Yugo, le chien, Chiren et le combat contre Grewcica. Tears Sign (21 août 1993) resserre sur Yugo, Vector et Chiren jusqu'au tube d'approvisionnement et au ballon. Les deux épisodes se regardent d'une traite, c'est un film d'une heure coupé en deux cassettes.
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