Vous demandez la météo à Vannes, Alexa vous répond pour Cannes. Pour corriger ce genre d’erreur, un humain peut réécouter votre demande. Amazon le décrit elle-même, dans la page de confidentialité d’Alexa.
Enceintes, montres, écouteurs, téléviseurs : le micro s’est installé partout, souvent à notre demande. Ces assistants n’écoutent pas tout. Ils entendent pourtant plus qu’on ne le croit, et gardent plus longtemps qu’on ne le pense.
Voici ce qu’Alexa, Google Assistant et Siri enregistrent, qui écoute, et comment leur faire oublier ce qu’ils ont gardé.
Alexa écoute-t-elle tout ? Non, elle guette
Une enceinte connectée écoute en permanence, mais elle attend un seul mot. Selon Amazon, rien n’est stocké ni envoyé sur ses serveurs avant que l’appareil ait reconnu son mot d’activation. Ensuite, la demande part dans le cloud, où elle est transcrite puis traitée.
Le flux envoyé commence même une fraction de seconde avant le mot magique. Sur un Echo, l’anneau bleu signale ce départ. Une courte tonalité peut aussi l’annoncer, si on l’active dans l’application.
Le vrai problème, ce sont les faux départs. La CNIL rappelle qu’un assistant peut s’activer et enregistrer une conversation dès qu’il croit avoir entendu son mot-clé. En 2019, la chaîne belge VRT NWS a écouté plus de mille extraits de Google Assistant. Parmi eux, 153 avaient été captés sans que personne ait dit « OK Google ».
L’oreille s’allonge aussi. Le Mode Écoute Attentive permet d’enchaîner les demandes sans répéter le mot d’activation. C’est une option, sauf avec Alexa+, la version à IA générative arrivée en France en 2026. Amazon prévient que la rejoindre active ce mode sur les Echo compatibles. Certains Echo détectent même la présence d’une personne, grâce aux ultrasons et aux signaux Wi-Fi.
Qui écoute vos enregistrements ? Des humains, parfois
Une machine apprend mal toute seule. Pour améliorer leurs assistants, Amazon, Google et Apple ont tous fait réécouter des extraits par des humains. L’année 2019 l’a révélé en trois temps.
Le 10 avril, Bloomberg révèle qu’Amazon emploie des milliers de personnes pour cette tâche. Elles travaillent notamment à Boston, en Inde et en Roumanie. Certaines écoutent jusqu’à 1 000 extraits par poste. Amazon parle d’un « échantillon extrêmement réduit ».
Le 10 juillet, VRT NWS publie son enquête, menée grâce à un sous-traitant de Google. Certains extraits contiennent des adresses, assez pour retrouver les personnes enregistrées. Google assure qu’environ 0,2 % des fragments seulement passent par une oreille humaine.
Le 26 juillet, le Guardian publie le témoignage d’un sous-traitant d’Apple. Il raconte entendre des consultations médicales, des affaires, des scènes intimes, parfois captées par erreur. Apple répond que moins de 1 % des requêtes quotidiennes sont concernées.
Rapporté aux centaines de millions d’appareils en service, ce petit pourcentage représente beaucoup de voix. Amazon assume aujourd’hui cette écoute dans sa FAQ, au nom de l’apprentissage automatique « supervisé ».
Depuis 2019 : des réglages, et l’addition
Le scandale a forcé des changements. Le 28 août 2019, Apple présente ses excuses. L’écoute humaine devient une option à accepter, réservée à ses propres employés. En septembre, Google rappelle qu’il ne garde l’audio qu’avec l’accord de l’utilisateur. Il promet aussi un réglage de sensibilité au mot d’activation.
Les factures ont suivi. En mai 2023, Amazon accepte de payer 25 millions de dollars aux autorités américaines. Alexa gardait indéfiniment des enregistrements d’enfants, malgré les demandes de suppression des parents.
En janvier 2025, Apple solde pour 95 millions de dollars une action collective américaine sur les déclenchements accidentels de Siri. La marque nie toute faute et affirme n’avoir jamais vendu ces données.
Le mouvement va aussi dans l’autre sens. Le 28 mars 2025, Amazon a retiré une option à trois modèles d’Echo. Elle traitait les demandes sur l’appareil, sans rien envoyer à ses serveurs, mais seulement aux États-Unis et en anglais. Motif avancé : l’IA générative d’Alexa+ a besoin du cloud.
Google, de son côté, prévient que vos échanges avec l’Assistant peuvent servir à proposer des annonces plus pertinentes.
En France, la CNIL a publié un livre blanc sur le sujet en 2020. Il résume l’enjeu : la voix est une caractéristique biométrique, capable d’identifier une personne. La question rejoint celle de la surveillance algorithmique, à l’échelle d’un salon.
Effacer l’historique d’Alexa : trois phrases et un réglage
Tout se passe dans l’application Alexa, menu Plus, puis Alexa et vos informations personnelles.
Consulter l'historique
Ouvrez l’historique vocal depuis ce menu. Il se filtre par date, par appareil ou par profil, et chaque entrée se réécoute.
Activer la suppression vocale
Dans Gérer vos données Alexa, activez la suppression vocale. Sans ce réglage, Alexa n’obéit pas aux demandes d’effacement.
Effacer à la voix
Dites « Alexa, supprime ce que je viens de dire ». Pour la journée, « supprime tout ce que j’ai dit aujourd’hui ». Pour tout effacer, « supprime tout mon historique vocal ».
Programmer l'oubli
Dans Gérer vos données Alexa, choisissez la durée de conservation des enregistrements : 3 mois, 18 mois, ou aucune sauvegarde.
Avec l’option sans sauvegarde, Amazon efface l’audio après traitement, mais garde les transcriptions trente jours. L’identification vocale cesse alors de fonctionner. Surtout, effacer ses enregistrements laisse d’autres traces en place : actions effectuées, produits recherchés, listes et rappels. Le détail figure dans la FAQ d’Amazon.
Effacer l’historique de Google Assistant : « Ok Google, ce n’était pas pour toi »
Google propose lui aussi des commandes vocales d’effacement, et un ménage complet depuis le compte.
Effacer à la voix
« Ok Google, ce n’était pas pour toi » efface ce que vous venez de dire. « Ok Google, supprime l’activité de la semaine » vide les derniers jours.
Tout effacer
Ouvrez la page Activité de l’Assistant Google de votre compte. Dans la bannière de l’Assistant, choisissez Plus, puis Supprimer l’activité, et Toute la période.
Couper l'enregistrement
Dans les commandes relatives à l’activité du compte, désactivez Enregistrements audio. Pour ne plus rien garder, désactivez aussi Activité sur le Web et les applications.
Un réglage pour tout Google. Désactivée, l’Activité sur le Web et les applications n’enregistre plus vos recherches, ni votre activité dans les autres services. Pour ne plus garder votre voix, couper Enregistrements audio suffit.

Effacer l’historique de Siri : un menu, un interrupteur
Apple associe vos requêtes à un identifiant aléatoire, généré sur l’appareil et renouvelé plusieurs fois par heure. Il n’est lié ni à votre compte Apple ni à votre adresse e-mail. Selon sa politique de confidentialité, la marque ne garde l’audio que si vous avez accepté de l’aider à améliorer Siri.
Effacer l'historique
Sur iPhone, ouvrez Réglages, puis Siri, puis Historique de Siri et Dictée. Touchez Supprimer l’historique.
Refuser l'écoute
Dans Réglages, Confidentialité et sécurité, puis Analyse et améliorations, désactivez Améliorer Siri et Dictée. Selon la version de Siri, l’option s’appelle Améliorer Siri et Apple Intelligence.
Ce second réglage interdit à Apple de stocker et d’examiner un échantillon de vos enregistrements. Apple peut par ailleurs conserver jusqu’à deux ans les données associées à vos requêtes.
Le bouton rouge, ou l’art de se taire
Le geste le plus sûr reste physique. Sur un Echo, le bouton du micro coupe l’alimentation des microphones, et un voyant rouge s’allume. L’enceinte ne répond plus qu’à l’application, et la détection de présence s’arrête aussi.
Le réflexe vaut pour un appel médical, une dispute ou un dîner trop bavard. Il vaut aussi pour la chambre d’un enfant, au vu de l’amende déjà infligée à Amazon.
Le reste tient à l’hygiène numérique. L’historique d’Alexa et de Google Assistant vit dans votre compte. Un mot de passe solide le protège mieux que n’importe quel réglage. Et comme tout objet connecté, l’enceinte reste une cible pour les logiciels malveillants.

Faut-il un micro dans le salon ? La fausse nécessité
Reste la question de départ : de quoi a-t-on besoin ? Lancer un minuteur, allumer une lampe, connaître la météo : rien de cela n’exige d’envoyer sa voix sur un serveur.
La domotique libre l’a compris. Depuis décembre 2024, le projet Home Assistant vend un petit boîtier vocal, la Voice Preview Edition. Son assistant, Assist, peut tourner entièrement hors ligne, dans les langues prises en charge et sur une machine assez puissante. Un interrupteur coupe physiquement l’alimentation du micro, et tout le projet est ouvert.
La solution demande du temps et un peu de technique. Elle prouve au moins qu’un assistant peut se passer d’une oreille dans le cloud.
Entre l’hyperconnectivité et la maison sans prise, il existe un chemin. Il passe par trois gestes : savoir ce que l’appareil garde, l’effacer, couper le micro quand il le faut. Pour mesurer la fausse nécessité, coupez-le une semaine, et comptez ce qui vous a manqué.
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