Le 25 décembre 2020, un jeu nommé Omori sort sur Steam. Deux ans plus tard, il a dépassé le million d’exemplaires vendus. Son moteur ? RPG Maker, vendu depuis plus de trente ans. Sa promesse : créer un jeu de rôle sans savoir coder.
Longtemps, ce logiciel a traîné une réputation d’outil d’amateur. Trop simple, trop reconnaissable, bon pour les clones. Pourtant, les jeux les plus marquants de la scène indépendante en sortent, les uns après les autres.
Voici ce qu’est vraiment RPG Maker, d’où il vient, ce qu’il permet, et par quelle version tu peux commencer.
Du PC-98 à l’HD-2D, plus de trente ans de Tsukūru
L’histoire commence au Japon en 1992. L’éditeur Ascii sort RPG Tsukūru Dante 98 sur PC-9801. C’est le tout premier RPG Maker. Dès 1996, il sert à un petit jeu d’horreur, Corpse Party, qui deviendra une saga.
La série change plusieurs fois de mains. Ascii passe le relais à Enterbrain, puis l’ensemble rejoint le groupe Kadokawa. Depuis 2020, une filiale dédiée, Gotcha Gotcha Games, développe et édite le logiciel.
Chaque génération a changé la façon de scripter. Les premières versions ne demandaient aucun code, juste des événements. RPG Maker XP, en 2004 au Japon, introduit le langage Ruby. Depuis MV en 2015, les extensions s’écrivent en JavaScript.
Comment on fabrique un RPG sans coder
« Friction is the enemy of making multi-media projects », autrement dit la friction est l’ennemie de la création multimédia. La formule est de Kan Gao, créateur de To the Moon, dans un entretien à Automaton en août 2026. C’est toute la promesse de RPG Maker : enlever les obstacles entre l’idée et le jeu.
Le principe tient en trois outils. Un éditeur de cartes, où l’on peint le décor à partir de tuiles. Un système d’événements, pour poser les personnages, les coffres et les dialogues. Une base de données, qui range héros, sorts, objets et ennemis.
Rien de tout cela ne réclame de programmation. RPG Maker MZ, la version phare, est livré avec de quoi démarrer seul. Des centaines d’effets sonores, des décors, des musiques, et même un générateur de personnages.
Pour aller plus loin, on ajoute des plugins. Un plugin remplace le combat au tour par tour par un système à jauge. Un autre refait les menus, ou ajoute le déplacement en diagonale. On ne code rien, on installe.
Le paradoxe : des clones, et des chefs-d’œuvre
Cette facilité a un revers. Les ressources fournies se retrouvent partout, et beaucoup de jeux finissent par se ressembler. C’est la rançon d’un outil que l’on prend en main en une après-midi.
Mais certains ont fait de la contrainte un style. L’horreur et le récit intime sont devenus le terrain de RPG Maker. Des créateurs seuls y ont bâti des œuvres cultes, parfois de vrais succès commerciaux.

| Jeu | Année | Version | Créateur |
|---|---|---|---|
| Corpse Party | 1996 | Dante 98 | Makoto Kedōin |
| Yume Nikki | 2004 | RPG Maker 2003 | Kikiyama |
| To the Moon | 2011 | RPG Maker XP | Kan Gao |
| LISA: The Painful | 2014 | RPG Maker VX Ace | Austin Jorgensen |
| Rakuen | 2017 | RPG Maker XP | Laura Shigihara |
| Fear & Hunger | 2018 | RPG Maker MV | Miro Haverinen |
| Omori | 2020 | RPG Maker MV | Omocat |
To the Moon a été primé pour son scénario, Omori salué par la critique. Leur succès a changé le regard sur l’outil.
Quelle version choisir, et à quel prix
Sept versions restent en vente sur Steam, mais trois seulement valent qu’on s’y arrête. MZ, la plus récente, est le choix par défaut, moderne et extensible en JavaScript. MV, un peu plus ancienne, garde un atout de poids. Elle exporte nativement vers Android et iOS, là où MZ oblige à passer par un wrapper. VX Ace, la plus vieille, reste prisée pour son immense bibliothèque de scripts.
Côté tarif, relevés le 12 octobre 2026, MZ et MV s’affichent à 77,99 €, VX Ace à 67,99 €. Mais ne paie jamais ce prix. Le jour de ce relevé, les trois étaient soldés de 60 à 90 %. RPG Maker passe en promotion presque en permanence.
Un mot sur la licence avant d’acheter. Vendre ton jeu est prévu, et l’éditeur ne prélève aucune redevance. En revanche, les ressources livrées avec MZ et MV ne peuvent servir que dans un jeu fait avec le logiciel. Les emporter vers Godot ou Unity demande un accord écrit. Et la licence est personnelle, un poste pour MV, deux appareils pour MZ. À deux sur un projet, il faut deux licences.
Deux chantiers avancent à côté de la série principale. Le premier vise les consoles, avec RPG Maker With. Le second est le pari Unity, et c’est une histoire en deux temps. RPG Maker Unite, sorti sur l’Unity Asset Store en 2023, a raté son lancement. Sa version Steam devait arriver fin 2023. Mais la veille, selon l’éditeur, Valve a fait savoir qu’il ne pourrait pas être vendu. Il s’est rabattu sur l’Epic Games Store. Après ce faux départ, l’éditeur y revient en 2026 avec RPG Maker U2U, en HD-2D et toujours sous Unity.
Faut-il commencer sur RPG Maker en 2026 ?
Tout dépend de ton projet. Pour un jeu de rôle en 2D, vu de dessus, porté par une histoire, l’outil reste imbattable de rapidité. C’est le terrain où il a tout prouvé.
Pour un jeu d’action, de la 3D ou un très gros projet, regarde ailleurs. D’autres moteurs de jeu comme Godot visent plus large, et pour le jeu de combat, il y a Mugen.
Avant d’acheter, fais simple. Teste la version d’essai, attends une promotion, commence par un tout petit jeu. C’est la meilleure façon de voir si la méthode te convient, sans y laisser temps ni argent.
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