Vous avez besoin d’un logo. Vous ouvrez trois plateformes, vous comparez les prix, et vous prenez la moins chère. C’est ce que fait tout le monde, et c’est la mauvaise question.

Derrière ces cinq sites, il n’y a pas cinq offres. Il y en a deux. Sur la première, trente graphistes travaillent pour que l’un d’eux soit payé. Sur la seconde, vous en choisissez un et vous le payez. Le prix affiché découle de ce choix, pas l’inverse.

Une précision avant d’entrer dedans, parce que la confusion est constante. Le crowdfunding consiste à réunir de l’argent auprès d’une communauté pour financer un projet. Le crowdsourcing consiste à solliciter plusieurs créatifs pour obtenir plusieurs propositions. Les deux mots se ressemblent et ne désignent pas la même chose. Tout ce qui suit relève du second.

Le concours : vous payez un gagnant, les autres travaillent pour rien

Vous publiez un brief. Des dizaines de graphistes envoient une proposition. Vous choisissez. Un seul touche l’argent.

C’est le modèle historique de 99designs, et il a un avantage réel : le volume. Trente directions créatives en une semaine, aucun freelance isolé ne peut vous donner ça.

Il a aussi un coût que vous ne voyez pas sur la facture. Les vingt-neuf autres ont passé des heures sur votre projet pour rien. La profession appelle ça le travail spéculatif, et une partie des graphistes refuse d’y participer, ce qui retire du vivier ceux qui ont assez de travail pour se le permettre.

À vous de savoir si ça vous gêne. L’important est de le savoir avant, pas après.

La mise en relation : vous choisissez, vous payez, c’est tout

Vous parcourez des profils, vous en contactez un, vous travaillez avec lui. Personne d’autre n’a travaillé gratuitement.

C’est le modèle de Malt, de Graphiste.com et, sous une forme encadrée, de Creads. Vous y perdez le volume de propositions. Vous y gagnez un interlocuteur qui connaît votre projet au bout de trois jours, et une relation qui se prolonge si le courant passe.

Le reste de cet article classe les cinq plateformes selon ce partage, parce qu’aucune autre distinction ne change autant ce que vous allez vivre.

Les cinq plateformes

99designs by Vista : le volume, et son prix caché

99designs by Vista

Fondée en 2008, rachetée par Vista en 2020, elle revendique plus d’un million de designers dans le monde. Le concours dure une semaine.

Un logo démarre à 289 € en entrée de gamme, les formules supérieures montant nettement au-dessus. Plus vous payez, plus la récompense du gagnant est élevée, et plus vous attirez de participants confirmés.

Pour qui : vous cherchez une identité visuelle et vous voulez voir beaucoup de pistes avant de trancher.

Le point de vigilance : la qualité varie énormément d’une proposition à l’autre, et c’est structurel. Sur trente rendus, une poignée seulement vient de professionnels installés.

Creads : l’agence déguisée en plateforme

La française Creads a quitté le concours pour la production encadrée. Elle se présente comme une fabrique de contenu et revendique 5 000 créatifs indépendants, avec 5 % des candidatures retenues.

Un chef de projet suit votre commande. La tarification fonctionne au forfait, une création égale un prix, et s’obtient sur devis. Burger King et La Redoute figurent parmi les références citées, et la plateforme annonce travailler avec 80 % du CAC 40.

Pour qui : vous avez un volume régulier et vous ne voulez pas piloter le freelance vous-même.

Le point de vigilance : ce positionnement grands comptes se sent dans les budgets. Pour un logo unique, vous serez au-dessus du marché.

Le groupe Freeland : Graphiste.com et Codeur.com

logo codeur et graphiste.com

Voilà ce qu’aucun comparatif ne vous dit. Graphiste.com et Codeur.com sont la même maison.

Codeur.com, fondé en 2006, a bâti un groupe de cinq sites spécialisés : Codeur.com pour le développement, Graphiste.com pour le design, Rédacteur.com pour l’écriture, Traduc.com pour la traduction, Facture.net pour la gestion. Le 9 juin 2022, l’ensemble a été racheté par Freeland, portant le vivier combiné à 375 000 profils.

Le fonctionnement est identique sur les deux : vous déposez un projet, les freelances vous envoient des devis personnalisés, vous choisissez. Pas de concours, pas de travail gratuit.

Pour qui : Graphiste.com si votre besoin est purement graphique, Codeur.com si le design arrive avec du développement, ce qui est le cas de presque tous les projets web.

Le point de vigilance : l’inscription est ouverte, les profils ne sont pas filtrés en amont. Lisez les évaluations avant de retenir un devis, elles sont publiques et elles sont fiables. Et appliquez les mêmes réflexes que face à n’importe quel profil en ligne dont vous ne savez rien : un portfolio sans nom de client, une disponibilité immédiate et un tarif très bas forment un trio qui doit vous ralentir.

Malt : le vivier le plus large, et une commission claire

Malt annonce désormais plus d’un million de profils et 90 000 entreprises clientes. Vous cherchez, vous contactez, vous négociez en direct.

Les frais de service freelance sont de 5 % hors taxes. Sur certaines missions en France, en Belgique et en Espagne, ils démarrent à 10 % hors taxes et retombent à 5 % après six mois de mission. Pour un micro-entrepreneur non assujetti, la TVA de Malt porte ces taux à 6 % et 12 % toutes taxes comprises.

Pour qui : vous voulez une relation qui dure, avec quelqu’un que vous rappellerez au projet suivant.

Le point de vigilance : c’est à vous d’identifier le bon profil dans un vivier immense. Comptez du temps de sélection, et des tarifs journaliers de professionnels expérimentés.

Tableau comparant les cinq plateformes selon leur modèle, leur prix d'entrée et leur commission
Les deux colonnes qui comptent sont le modèle et la commission. Le reste est du confort.

Ce que l’IA fait, et ce qu’elle ne fait pas

Un générateur d’images vous sort une proposition de logo en trente secondes. Pour une affiche d’événement interne ou une vignette de réseau social, ça suffit souvent. Le graphisme suit d’ailleurs la trajectoire qu’a connue le doublage de jeu vidéo : la machine prend d’abord les tâches répétitives, et la discussion sérieuse commence sur ce qu’elle ne prend pas.

Pour une identité de marque, non. Il vous faut un jeu de fichiers vectoriels éditables, des déclinaisons monochromes, des règles d’usage, des versions adaptées au packaging et aux petits formats, et quelqu’un qui assume ses choix devant vous. Aucun générateur ne livre ça aujourd’hui, et un logo en pixels non modifiable vous coûtera plus cher à refaire qu’à faire faire.

Alors, laquelle

Reprenez le partage du début, il suffit.

Vous voulez voir trente pistes avant de choisir une direction : 99designs, en acceptant ce que ça implique.

Vous avez du volume et pas le temps de piloter : Creads.

Votre projet mêle design et développement : Codeur.com, où les deux compétences répondent au même brief.

Votre besoin est purement graphique et ponctuel : Graphiste.com.

Vous cherchez quelqu’un pour la durée : Malt.

Vous avez cinquante euros et une miniature à faire : Fiverr.

Et si le budget est le seul critère, posez-vous la question dans l’autre sens : combien coûte un logo qu’il faudra refaire dans six mois parce que personne ne vous a livré les fichiers sources.

Questions fréquentes

Les concours de design sont-ils éthiques ? Le débat existe depuis quinze ans et il n’est pas tranché. Les plateformes avancent que chacun participe librement et y gagne en visibilité. Les organisations de graphistes répondent qu’aucun autre métier ne fonctionne ainsi, et qu’on ne demande pas à trente architectes de dessiner une maison pour n’en payer qu’un. Les deux positions se tiennent. Choisissez la vôtre en connaissance de cause.

À qui appartient le logo une fois livré ? Cela dépend du contrat, et c’est le point que les gens oublient de regarder. Vérifiez que la cession de droits est écrite, qu’elle couvre bien les usages que vous prévoyez, et que les fichiers sources vectoriels sont inclus. Une image plate sans cession ni source ne vous appartient pas vraiment.

Puis-je négocier directement avec un freelance rencontré sur une plateforme ? Les conditions d’utilisation l’interdisent généralement pendant une durée déterminée après la mise en relation, et les plateformes surveillent ce point. Chez Malt, la commission retombe justement à 5 % au bout de six mois sur la même mission, ce qui rend la sortie moins intéressante qu’il n’y paraît.

Faut-il prendre la plateforme la moins chère ? Le prix affiché n’est pas le coût du projet. Un logo repris trois fois, livré sans fichier source ou sans cession de droits vous coûtera davantage qu’un devis plus élevé au départ. Regardez d’abord le modèle et ce qui est inclus.