Jessica Jones : Souffrances Émotionnelles, Stress Post-Traumatique et Super-Héroïne
2015 - 20109 Action, Drame, Thriller psychologique Terminée

Jessica Jones : Souffrances Émotionnelles, Stress Post-Traumatique et Super-Héroïne

Marvel's Jessica Jones

3 Saisons
39 Épisodes
45-55 min Par épisode
7.0 /10
Disponible sur

Synopsis & Critique

Jessica Jones est le deuxième personnage Marvel adapté après Daredevil durant l’ère Netflix-Marvel. On suit une ancienne super-héroïne alcoolique et dépressive devenue détective privée. Elle subsiste en photographiant les partenaires infidèles dans un Hell’s Kitchen plus glauque et désespéré que celui des comics, loin de la gentrification qui gagne le vrai quartier new-yorkais. Le retour d’un ancien tortionnaire dénommé Kilgrave bouscule son quotidien et fait ressurgir son passé trouble et son stress post-traumatique.

À l’origine, Jessica Jones est un personnage créé par Brian Michael Bendis et Michael Gaydos pour la série Alias. C’est une anti-héroïne atypique qui transpose sa souffrance émotionnelle sur son physique : visage livide, cernes, grande instabilité psychique. C’est une femme désillusionnée, plus sombre encore que la ville cruelle et sanglante où elle survit.

Melissa Rosenberg, la créatrice de la série, et Krysten Ritter, l’interprète du personnage, réussissent parfaitement leur relecture de cet univers.

Dès le générique d’Imaginary Forces et de la directrice créative Michelle Dougherty, on est happé par cette ambiance. Le thème musical de Sean Callery débute lentement sur des sonorités jazz puis accélère frénétiquement, en miroir avec des visuels de plus en plus oppressants cerclés d’une brume violette. L’esthétique de David W. Mack, illustrateur pour Daredevil et Alias, est transposée avec brio. Cette mise en bouche prépare le terrain pour des intrigues dérangeantes aux antipodes de tout ce que Marvel a pu produire auparavant.

David Tennant interprète Kilgrave, l’antagoniste de la saison 1, avec finesse et parvient à se distancer de son personnage du Doctor Who. Ses capacités de contrôle mental associées à sa personnalité de sociopathe lui ont permis d’abuser physiquement de Jessica et de lui faire commettre les pires actes. Ses costumes, ses mimiques et son accent anglais apportent une pointe de charme au personnage, autant que son aura et ses mouvements oculaires effraient les spectateurs. D’ailleurs, l’absence de son humour noir manquera beaucoup lors des deux saisons suivantes. Croyez-moi, c’est un personnage que vous adorerez détester.

Si vous regardez l’intégralité de la série, les saisons 2 et 3 vous laisseront sûrement perplexes. La deuxième revient sur les liens maternels et les origines de Jessica, la troisième sur les fondements de la catharsis. Mais le rythme s’essouffle et les sous-intrigues captent davantage l’attention que le fil narratif principal.

Jeri Hogarth (Carrie-Anne Moss) était bien plus convaincante en avocate cupide et sans âme qu’en femme désespérée à la recherche d’un amour intéressé semé de dommages collatéraux. Sa sœur adoptive Trish Walker (Rachael Taylor), star de radio, ne convainc pas davantage lorsqu’elle se pose en contre-pouvoir super-héroïque au fil de la saison 2. L’affrontement entre les deux sœurs — l’une héroïne malgré elle, l’autre devenue antagoniste — souffre d’un manque de tension dramatique : leur rivalité semble précipitée, les motivations de Trish trop schématiques pour qu’on ressente un véritable déchirement.

Finalement, ce sont les hommes de la série qui bénéficient des arcs les plus stables. D’abord Luke Cage, personnage récurrent de la saison 1 et amant de Jessica Jones. Ensuite Malcolm Ducasse (Eka Darville), un voisin toxicomane d’abord sous l’emprise de Kilgrave, qui deviendra son associé et connaîtra l’évolution la plus cohérente de la série.

Jessica Jones est sans conteste le personnage le plus subversif du MCU. Krysten Ritter est le pilier de la série ; durant la saison 1, David Tennant lui tient tête admirablement. Les seconds rôles sont inégaux mais crédibles. La série aborde la sexualité de façon assumée et débridée — on voit des corps, du désir, des relations sans romantisme forcé — mais ces scènes restent davantage illustratives que narratives. On aurait aimé que la série explore comment la sexualité de Jessica est marquée par son trauma, ou comment ses rapports physiques participent à sa reconstruction. Le sujet est effleuré sans être vraiment creusé.

Quand on compare les deux séries Marvel qui se déroulent à Hell’s Kitchen, Jessica Jones n’a pas le souffle épique ni l’intensité des combats de Daredevil. Mais Tennant reste mémorable en Kilgrave, et la veste en cuir de Jessica Jones sera associée pour longtemps à Krysten Ritter.

Bande-annonce

Bande-annonce officielle

Casting

Krysten Ritter
Krysten Ritter Jessica Jones
David Tennant
David Tennant Kilgrave
Rachael Taylor
Rachael Taylor
Carrie-Anne Moss
Carrie-Anne Moss Jeri Hogarth
Eka Darville
Eka Darville Malcolm Ducasse
Mike Colter
Mike Colter Luke Cage

Équipe technique

Créatrice / Showrunner Melissa Rosenberg
Compositeur (musique originale) Sean Callery
Producteur exécutif (côté Marvel Television) Jeph Loeb
Productrice exécutive Liz Friedman
Directeur de la photographie (saison 1) Manuel Billeter
Directrice créative (Imaginary Forces) Michelle Dougherty
Illustrateur / Design visuel David W. Mack

Notre avis

Notes détaillées

Scénario 7.0/10
Réalisation 7.0/10
Interprétation 8.0/10
Bande originale 9.0/10
Direction artistique 8.0/10

Points forts

  • David Tennant magistral en Kilgrave
  • Krysten Ritter parfaite dans le rôle-titre
  • Traitement mature du trauma et du stress post-traumatique
  • Générique et direction artistique iconiques
  • Ambiance noir assumée, loin des codes Marvel habituels
  • Bande originale jazz oppressante de Sean Callery

Points faibles

  • Saisons 2 et 3 en net déclin qualitatif
  • Arc de Trish Walker mal écrit et peu crédible
  • Antagonistes des suites fades après Kilgrave
  • Format 13 épisodes parfois étiré inutilement
  • Sous-intrigues plus captivantes que les arcs principaux

Critique par saison

Saison 1

13 épisodes 2015 ⭐ 9.0/10

La première saison de Jessica Jones pose d'entrée ses fondations : ambiance poisseuse, héroïne brisée et antagoniste glaçant. On découvre Jessica à travers ses nuits blanches, ses bouteilles de whisky et ses filatures sordides dans un Hell's Kitchen qui n'a rien du terrain de jeu aseptisé des Avengers.

Krysten Ritter incarne une Jessica crédible et magnétique. Son jeu tout en retenue, entre cynisme et fragilité, donne corps à une femme que le trauma a vidée mais pas brisée. Face à elle, David Tennant livre une performance troublante en Kilgrave. Le personnage aurait pu sombrer dans la caricature du méchant tout-puissant. Tennant en fait un monstre charmeur, presque attachant par moments, ce qui le rend d'autant plus terrifiant. Ses apparitions teintées de violet instillent un malaise constant, amplifié par le thème lancinant de Sean Callery.

La série n'hésite pas à explorer frontalement les séquelles d'une relation abusive. Le contrôle mental de Kilgrave devient une métaphore limpide du viol et de l'emprise psychologique. Cette approche, rare dans l'univers Marvel, ancre le récit dans une réalité douloureuse qui dépasse le simple divertissement super-héroïque.

Les seconds rôles assurent : Carrie-Anne Moss campe une avocate froide et calculatrice, Rachael Taylor pose les bases d'une Trish encore attachante, et Mike Colter introduit Luke Cage avec une alchimie palpable aux côtés de Ritter.

Quelques longueurs sur les épisodes centraux empêchent la perfection, le format 13 épisodes étirant parfois inutilement certaines intrigues. Mais la tension narrative compense largement ces faiblesses. Le dénouement, brutal et cathartique, clôt un arc maîtrisé de bout en bout.

La meilleure saison de la série, et l'une des plus abouties du catalogue Marvel Netflix.

Saison 2

13 épisodes 2018 ⭐ 6.0/10

Après l'intensité de la première saison, Jessica Jones revient avec une ambition différente : explorer les origines de son héroïne et ses liens maternels. Un pari risqué qui ne tient qu'à moitié ses promesses.

L'absence de Kilgrave pèse lourd. David Tennant n'apparaît que dans une poignée de scènes hallucinatoires, rappelant cruellement ce que la série a perdu : un antagoniste charismatique capable de maintenir la tension à chaque instant. À sa place, Janet McTeer incarne Alisa Jones, la mère de Jessica, ressuscitée et dotée de pouvoirs similaires. McTeer livre une performance solide, mais le personnage manque de l'aura magnétique de son prédécesseur. Le face-à-face mère-fille vire parfois au mélodrame là où la saison 1 frappait dans le viscéral.

Le rythme s'essouffle. Les 13 épisodes s'étirent, et les sous-intrigues finissent par capter davantage l'attention que l'arc principal. L'évolution de Jeri Hogarth, confrontée à une maladie dégénérative et à une arnaque sentimentale, passionne plus que les retrouvailles familiales de Jessica. Carrie-Anne Moss y est remarquable, mais son personnage perd en mordant ce qu'il gagne en vulnérabilité.

Trish Walker amorce une transformation qui laisse sceptique. Son obsession pour les pouvoirs et sa quête de légitimité super-héroïque sonnent forcées. Rachael Taylor fait ce qu'elle peut, mais l'écriture ne lui offre pas la profondeur nécessaire pour rendre ce virage crédible.

Côté technique, la série conserve son esthétique soignée et sa photographie sombre. La particularité de cette saison : tous les épisodes ont été réalisés par des femmes, une première pour une série Marvel. Un choix cohérent avec les thématiques abordées.

Krysten Ritter reste le pilier. Son Jessica Jones gagne en nuances, oscillant entre colère, culpabilité et désir maladroit de connexion humaine. Mais même son charisme ne suffit pas à combler le vide laissé par un antagoniste à la hauteur.

Une saison de transition, plus introspective que spectaculaire, qui prépare le terrain pour un final en demi-teinte.

Saison 3

13 épisodes 2019 ⭐ 5.0/10

Dernière saison pour Jessica Jones, et malheureusement pas la sortie triomphale qu'on espérait. La série s'achève sur une note amère, plombée par des choix narratifs discutables et un antagoniste qui peine à convaincre.

Gregory Sallinger, incarné par Jeremy Bobb, prend le relais en tant que méchant principal. Un tueur en série méthodique, sans pouvoirs, persuadé que les gens comme Jessica ne méritent pas leurs dons. Sur le papier, l'idée d'opposer une menace purement humaine à notre héroïne avait du potentiel. En pratique, Sallinger manque cruellement de charisme. Après Kilgrave et ses jeux de manipulation mentale, ce psychopathe calculateur fait pâle figure. Ses motivations sonnent creuses, ses confrontations avec Jessica tournent en rond.

Mais le vrai problème de cette saison, c'est Trish Walker. Son arc entamé en saison 2 atteint ici son point culminant : désormais dotée de pouvoirs, elle s'autoproclame justicière sous le nom de Hellcat. Le problème ? L'écriture la transforme en antagoniste sans lui donner la consistance nécessaire. Sa descente vers l'extrémisme paraît précipitée, ses décisions incohérentes. L'affrontement final entre les deux sœurs adoptives — l'une héroïne malgré elle, l'autre devenue ce qu'elle combattait — aurait dû être déchirant. Il tombe à plat, faute d'avoir construit cette rupture avec suffisamment de soin.

Carrie-Anne Moss continue de livrer une prestation impeccable en Jeri Hogarth, mais son arc personnel vire au pathos. L'avocate redoutable des débuts s'enlise dans une quête d'amour désespérée qui ne lui ressemble plus. Malcolm Ducasse (Eka Darville) s'en sort mieux, son évolution d'ancien junkie à associé affirmé offrant l'un des rares fils narratifs satisfaisants de la saison.

Krysten Ritter porte la série sur ses épaules jusqu'au bout. Son Jessica, fatiguée et désabusée, trouve une forme de paix dans les dernières minutes. La scène finale, sobre et mélancolique, offre une conclusion digne au personnage même si le chemin pour y arriver laisse un goût d'inachevé.

Une saison qui confirme l'essoufflement amorcé précédemment. Jessica Jones méritait mieux pour tirer sa révérence.

Verdict

Une anti-héroïne marquante, une série inégale

Jessica Jones restera comme l'une des propositions les plus audacieuses du catalogue Marvel. La première saison, portée par le duel Ritter-Tennant et son traitement sans concession du trauma, frôle l'excellence. Dommage que les suites n'aient pas su maintenir ce niveau d'intensité. Kilgrave parti, la série perd son moteur. Malgré ses faiblesses, Jessica Jones mérite le détour pour son héroïne cabossée, son ambiance poisseuse et sa capacité à parler de sujets graves sans jamais tomber dans le pathos. Une expérience imparfaite mais mémorable.

7.0 /10
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