En décembre 2025, James Cameron a lâché une bombe : il travaille sur un nouveau Terminator. Sans Arnold. Sans les Connor. Une « interprétation plus large de l’idée de guerre temporelle et de superintelligence », selon ses propres mots. Après trois tentatives de trilogie avortées et plus de 540 millions de dollars engloutis dans des reboots ratés, le créateur originel reprend les rênes. C’est peut-être le moment idéal pour (re)plonger dans cette saga devenue aussi labyrinthique que les paradoxes temporels qu’elle met en scène.
Mais par où commencer ? La question n’a rien d’évident. Six films, une série télévisée sous-estimée, un anime Netflix, trois timelines qui s’ignorent mutuellement, et une chronologie interne qui ferait pleurer un physicien quantique. Terminator a façonné notre imaginaire de l’intelligence artificielle au cinéma comme aucune autre franchise. Je vais vous guider à travers ce labyrinthe temporel — et vous offrir au passage quelques anecdotes.
L’ordre de sortie : le choix du puriste
Si vous n’avez jamais vu un seul Terminator, c’est par là qu’il faut commencer. L’ordre de sortie respecte l’évolution technologique du cinéma et l’intention narrative originelle de Cameron.
The Terminator (1984) — Là où tout commence

Un budget de 6,4 millions de dollars. Un réalisateur inconnu viré de son précédent film. Un bodybuilder autrichien que personne ne voulait voir jouer un robot. Et pourtant. Ce qui allait devenir l’un des films les plus influents de la science-fiction est né d’un cauchemar fiévreux de Cameron à Rome.
Ce que vous ne savez probablement pas : Lance Henriksen, qui joue l’inspecteur Vukovich dans le film, était le premier choix de Cameron pour incarner le Terminator. Pour convaincre le producteur John Daly de financer le projet, Cameron a fait débarquer Henriksen dans la salle de réunion en costume de Terminator — veste en cuir, fausses lacérations au visage, dents recouvertes de feuilles d’or. Il a défoncé la porte et s’est assis sans un mot. Cameron est arrivé cinq minutes plus tard, tout sourire. Daly a signé le chèque.
Orion Pictures voulait O.J. Simpson pour le rôle-titre. Cameron a refusé : « Personne ne croirait qu’il puisse être un tueur. » L’ironie de cette déclaration, dix ans avant le procès du siècle, n’échappe à personne.
Arnold Schwarzenegger, lui, était prévu pour jouer Kyle Reese, le protecteur humain. C’est lors d’un déjeuner que Cameron a compris son erreur. Arnold parlait avec une telle précision mécanique de la façon dont le Terminator devrait se déplacer et agir que le réalisateur a eu une révélation : cet homme était le Terminator.
Box-office : 78,3 millions de dollars. Saturn Awards : Meilleur film de science-fiction, Meilleur scénario, Meilleur maquillage.
Terminator 2: Judgment Day (1991) — Le chef-d’œuvre

Cameron a dit à Schwarzenegger avant le tournage : « La fin sera comme Shane. On va faire pleurer le public pour toi — le plus gros, le plus froid, le plus méchant bad guy de l’histoire du cinéma. » Mission accomplie.
Avec un budget de 102 millions de dollars (le film le plus cher jamais produit à l’époque), T2 a révolutionné le cinéma. Le T-1000 de Robert Patrick représente 5 minutes d’effets CGI à l’écran — pour un coût de 5,5 millions de dollars et des rendus qui prenaient parfois 10 jours pour 15 secondes de footage. Le travail de Industrial Light & Magic sur ce film a ouvert la voie à Jurassic Park deux ans plus tard.
Une anecdote méconnue : pour créer le son du T-1000 passant à travers des barreaux métalliques, le designer sonore Gary Rydstrom a simplement ouvert une boîte de nourriture pour chien et enregistré le bruit de la pâtée s’écoulant du récipient.
Edward Furlong, qui joue John Connor adolescent, n’était pas acteur. La directrice de casting l’a repéré dans un Boys and Girls Club de Pasadena. Il n’avait jamais mis les pieds sur un plateau de cinéma.
Linda Hamilton s’est entraînée six jours par semaine pendant 13 semaines avec un coach personnel. Elle a appris à manier les armes avec une précision militaire. Sa transformation de serveuse vulnérable en guerrière apocalyptique reste l’un des arcs de personnage féminins les plus saisissants du cinéma d’action — un modèle que reprendront des décennies plus tard des séries comme Westworld ou Raised by Wolves.
Box-office : 520 millions de dollars (3ème plus gros succès de l’histoire à l’époque). Oscars : Meilleur son, Meilleur montage sonore, Meilleur maquillage, Meilleurs effets visuels.
Terminator 3: Rise of the Machines (2003) — Le premier orphelin

Douze ans de silence. Cameron parti vers d’autres horizons (Titanic, puis les profondeurs océaniques). Et un film que personne n’attendait vraiment.
Ce que peu de gens savent : Schwarzenegger a dépensé 6 millions de dollars de sa propre poche pour maintenir le tournage à Los Angeles plutôt que de le délocaliser à Vancouver. Une décision que beaucoup ont vue comme une préparation à sa campagne pour le poste de Gouverneur de Californie — il serait élu quelques mois après la sortie du film.
Le budget a explosé à 187,3 millions de dollars, faisant de T3 le film indépendant le plus cher de l’histoire. Schwarzenegger a demandé — et obtenu — 30 millions de dollars de cachet, suivant le conseil de Cameron lui-même : « Demande rien de moins que 30 millions. »
10 000 femmes ont auditionné pour le rôle de la T-X. Schwarzenegger voulait la catcheuse Chyna. Vin Diesel a été envisagé pour une version masculine du personnage après le succès de Fast and Furious. C’est finalement Kristanna Loken qui a décroché le rôle, s’entraînant six semaines au Krav Maga et prenant 6 kilos de muscle.
La fin du film — Judgment Day n’est pas évité, il se produit — reste la décision la plus audacieuse de la saga post-Cameron. Elle contredit apparemment T2, mais restaure en réalité la vision originale : le destin est inévitable, on ne fait que le retarder.
Box-office : 433 millions de dollars. Jonathan Mostow a avoué avoir été nerveux à l’idée de montrer le film à Cameron. Ce dernier l’a qualifié de « great » à sa sortie — avant de nuancer son jugement des années plus tard.
Terminator Salvation (2009) — L’expérience post-apocalyptique

Premier Terminator sans voyage temporel. Premier Terminator sans Schwarzenegger en chair et en os (il était Gouverneur). Premier Terminator classé PG-13 au lieu de R. Premier Terminator à se dérouler entièrement dans le futur post-Judgment Day.
Et premier Terminator à devenir tristement célèbre pour autre chose que son contenu : l’explosion de Christian Bale contre le directeur de la photographie Shane Hurlbut, enregistrée et diffusée sur internet. « What don’t you fucking understand? » Le clip est devenu viral avant que le terme n’existe vraiment.
Ce qu’on sait moins : un technicien des effets spéciaux, Mike Meinardus, a failli perdre sa jambe pendant le tournage. Une plaque d’égout propulsée par une explosion l’a frappé, sectionnant partiellement son membre. Christian Bale s’est cassé la main. Sam Worthington (futur Jake Sully d’Avatar) s’est blessé au dos. Le tournage a été aussi brutal que l’univers qu’il dépeignait.
Le réalisateur McG a révélé en 2023 qu’il existe une version alternative avec une fin « au-delà du sombre » qu’il aimerait un jour montrer au public. Dans le script original, John Connor mourait et son visage était greffé sur le corps de Marcus Wright — le cyborg joué par Sam Worthington. Skynet aurait ainsi infiltré la Résistance avec un Terminator portant le visage de son leader.
Box-office : 371 millions de dollars sur un budget de 200 millions. Un échec commercial qui a mis fin aux plans d’une nouvelle trilogie.
Terminator Genisys (2015) — Le reboot qui a tout compliqué

Si vous pensiez que la timeline Terminator était confuse avant, Genisys a transformé le labyrinthe en origami quatre-dimensionnel.
L’idée : remonter le temps jusqu’au premier film et tout réécrire. Sarah Connor (Emilia Clarke, tout juste sortie de Game of Thrones) a été élevée par un T-800 depuis l’enfance. Kyle Reese (Jai Courtney) arrive dans un 1984 méconnaissable. John Connor (Jason Clarke) est devenu… un Terminator.
James Cameron a initialement soutenu le film, le qualifiant de « vrai troisième opus » dans une vidéo promotionnelle. Il a depuis pris ses distances.
Le film a rapporté 440 millions de dollars — dont 113 millions rien qu’en Chine. Suffisant pour être rentable, insuffisant pour justifier les deux suites et la série télévisée prévues. Tout a été annulé.
Rotten Tomatoes : 27%. Public : perplexe. Timeline : définitivement cassée.
Terminator: Dark Fate (2019) — Le retour de Cameron (en producteur)

Cameron revient. Linda Hamilton revient (pour la première fois depuis T2). Le film ignore tout ce qui s’est passé après Judgment Day.
Et dans les cinq premières minutes, John Connor est assassiné par un T-800.
Cette décision a divisé le public comme jamais. Pour certains, c’était une trahison impardonnable de tout ce que la saga représentait. Pour d’autres, c’était la seule façon de briser le cycle de répétition qui plombait la franchise.
Tim Miller (Deadpool) a réalisé. Le script impliquait Josh Friedman, le créateur de The Sarah Connor Chronicles. Le budget a atteint 185 millions de dollars. Mackenzie Davis incarne Grace, une « humaine augmentée » — un concept qui rappelle les réflexions de Devs sur la frontière entre l’humain et la machine.
Box-office : 261 millions de dollars. Une perte estimée à 110 millions. Le studio a déclaré la franchise terminée.
Mais Cameron, lui, n’a jamais dit son dernier mot.
L’ordre chronologique in-universe : pour les masochistes
Si vous voulez suivre les événements dans l’ordre où ils se déroulent au sein de l’univers Terminator, préparez-vous à un voyage chaotique. Attention : cet ordre n’a de sens que si vous acceptez que plusieurs timelines coexistent.
Timeline Cameron (T1 + T2 + Dark Fate)
- 1984 : Les événements de The Terminator
- 1991-1995 : Les événements de Terminator 2
- 1998 : John Connor assassiné (révélé dans Dark Fate)
- 2020 : Les événements de Terminator: Dark Fate
Timeline classique (T1 + T2 + T3 + Salvation)
- 1984 : The Terminator
- 1995 : Terminator 2
- 2003 : Terminator 3: Rise of the Machines
- 2004 : Judgment Day (version T3)
- 2018 : Terminator Salvation
Timeline Genisys (son propre univers)
- 1973 : Un T-800 sauve Sarah Connor enfant
- 1984 : Timeline alternative de The Terminator
- 2017 : Les événements de Terminator Genisys
Timeline Sarah Connor Chronicles
- 1999 : Début de la série (après T2)
- 2007 : Suite de la série (saut temporel)
Mon conseil : l’ordre optimal pour 2025
Après des années à décortiquer cette franchise, voici l’ordre que je recommande pour une expérience cohérente et satisfaisante :
Le parcours essentiel (4 œuvres)
- The Terminator (1984) — L’origine
- Terminator 2: Judgment Day (1991) — Le sommet
- Terminator: The Sarah Connor Chronicles (2008-2009) — L’exploration
- Terminator Zero (2024) — La renaissance
Pourquoi cet ordre ? Parce qu’il préserve l’intégrité narrative de la vision Cameron tout en offrant les meilleures expansions de l’univers.
Le parcours complet (tout voir)
- The Terminator (1984)
- Terminator 2: Judgment Day (1991)
- Terminator: The Sarah Connor Chronicles Saison 1-2 (2008-2009)
- Terminator 3: Rise of the Machines (2003)
- Terminator Salvation (2009)
- Terminator Genisys (2015) — Optionnel
- Terminator: Dark Fate (2019)
- Terminator Zero (2024)
Terminator: The Sarah Connor Chronicles — La série que vous avez ratée

Fox l’a diffusée de janvier 2008 à avril 2009. 31 épisodes. Deux saisons. Et une annulation criminelle qui rappelle le sort réservé à Firefly quelques années plus tôt.
Lena Headey — avant de devenir Cersei Lannister dans Game of Thrones — incarne Sarah Connor. Josh Friedman, le créateur, a auditionné plus de 300 actrices avant de la choisir. « Une femme dure, dure », a-t-il dit après avoir vu sa cassette d’audition.
Summer Glau joue Cameron, un Terminator féminin reprogrammé pour protéger John. Le personnage porte le prénom de James Cameron — un hommage assumé.
La grève des scénaristes de 2007-2008 a amputé la première saison de 4 épisodes. Le budget était de 2,65 millions par épisode — le même que des séries bien moins ambitieuses techniquement. Quand Fox l’a déplacée au vendredi soir (le « cimetière » des séries), son destin était scellé.
Friedman avait des plans pour une saison 3 fascinante : une faction « modérée » de Skynet qui aurait cherché la paix plutôt que l’extermination. « Si j’étais super-intelligent, avec un temps infini pour réfléchir, une partie de moi finirait par penser : pourquoi ne pas essayer l’alliance ? »
Cette idée n’a jamais vu le jour. Mais elle résonne étrangement avec les débats actuels sur l’alignement de l’IA — un sujet que des séries comme Person of Interest ont depuis exploré en profondeur.
Terminator Zero : l’anime qui change tout

Sorti sur Netflix en août 2024. Développé par Mattson Tomlin (co-scénariste de The Batman II). Animé par Production I.G, le studio derrière Ghost in the Shell — une œuvre fondatrice du cyberpunk japonais.
L’action se déroule au Japon, en 1997, juste avant Judgment Day. Un scientifique nommé Malcolm Lee développe Kokoro, une IA destinée à contrer Skynet. Timothy Olyphant prête sa voix au Terminator — et ne prononce qu’une demi-douzaine de répliques dans toute la série.
Tomlin a révélé qu’il avait découvert dans une vieille interview que Cameron envisageait initialement Lance Henriksen comme Terminator car le personnage devait être « l’infiltrateur ultime » — quelqu’un qui se fond dans la foule. L’anime reprend cette philosophie : le Terminator n’est plus un colosse, c’est une présence furtive.
C’est la première vraie réussite Terminator depuis T2, selon de nombreux fans. Et c’est peut-être parce qu’elle fait ce que les films n’osaient plus faire : raconter une histoire nouvelle dans un cadre familier.
2025 : Cameron reprend les commandes

En décembre 2025, James Cameron a confirmé dans une interview au Hollywood Reporter qu’il travaillait activement sur un nouveau Terminator. Quelques révélations :
- Arnold Schwarzenegger ne sera pas dedans. « Il ne sera pas dans le film. C’est le moment pour une nouvelle génération de personnages. J’ai insisté pour qu’Arnold soit dans Dark Fate, et c’était une bonne conclusion pour lui en tant que T-800. »
- Ce ne sera pas un reboot classique. « Il doit y avoir une interprétation plus large de Terminator et de l’idée de guerre temporelle et de superintelligence. Je veux faire des choses nouvelles que les gens n’imaginent pas. »
- Le plus gros défi : rester en avance sur la réalité. « Comment est-ce que je reste assez en avance sur ce qui se passe vraiment pour que ça reste de la science-fiction ? Nous vivons dans une ère de science-fiction en ce moment. »
Cameron a rejoint le conseil d’administration de Stability AI en 2024. L’homme qui a inventé Skynet conseille désormais une entreprise d’intelligence artificielle. L’ironie n’échappe à personne.
Il a aussi « une pile de notes de cette épaisseur » [il écarte les doigts de 7-8 centimètres] pour le nouveau film. Une fois la promotion d’Avatar: Fire and Ash terminée, il compte « se plonger dedans en tant que scénariste ».
Les leçons d’une saga qui refuse de mourir
Terminator a inventé notre vocabulaire de la peur technologique. Skynet est devenu synonyme d’IA malveillante, au point que des chercheurs en intelligence artificielle citent régulièrement la franchise dans leurs papiers académiques. Le rapport Villani de 2018, commandé par le gouvernement français, soulignait l’importance de former les ingénieurs à l’éthique — un enseignement alors « quasiment absent des cursus ». La fiction, elle, n’a jamais cessé d’éduquer.
Les trois échecs de relance (Salvation, Genisys, Dark Fate) ont tous le même défaut : ils ont essayé de reproduire la formule au lieu de la réinventer. Cameron lui-même l’a compris : son prochain film ne sera pas « Terminator 7 » mais quelque chose de fondamentalement différent.
Peut-être que la vraie leçon de Terminator n’est pas dans ses films, mais dans son existence même : certaines histoires refusent de mourir, peu importe combien de fois on essaie de les terminer. Comme Black Mirror l’a démontré depuis, la science-fiction reste notre meilleur miroir pour penser les dérives technologiques.
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