En 1998, louer un hébergement web coûtait en moyenne 16,28 dollars par mois, pour 153 mégaoctets d’espace. Le chiffre vient de Pingdom, qui comparait en 2008 trois hébergeurs américains à dix ans d’écart.
Aujourd’hui, la même somme loue des centaines de fois plus d’espace, souvent sans limite affichée. Ce qu’on paie a changé de place. C’est le prix au renouvellement, la sauvegarde qui survit à un incendie, et depuis 2026, la mémoire des serveurs.
Voici trente ans d’hébergement web en cinq étapes, puis ce qu’il faut vérifier avant de signer.

Les pages perso étaient gratuites, et elles ont disparu
En 1994, David Bohnett et John Rezner fondent GeoCities. Chaque internaute y reçoit un espace gratuit pour publier des pages écrites à la main en HTML. Yahoo rachète le service en 1999, puis le ferme en octobre 2009. Les pages qui n’avaient pas été copiées ailleurs disparaissent avec lui.
La France a vécu la même histoire, en plus lent. Les pages perso d’Orange, héritées de l’époque Wanadoo, sont devenues inaccessibles le 5 septembre 2023. La Revue française de généalogie avait relayé le décompte de l’association FranceGenWeb : environ 14 000 pages de généalogie menacées. Leurs auteurs avaient jusqu’au 9 janvier 2024 pour récupérer leurs fichiers.
Quand l’hébergement est gratuit, c’est un autre qui décide du jour où il s’arrête.
Le mutualisé a rendu l’espace presque gratuit
Le modèle payant s’organise autour d’une idée simple : faire tenir de nombreux sites sur un même serveur. Chacun paie une part de la machine. C’est l’hébergement mutualisé, toujours la formule d’entrée de gamme.
En France, OVH naît en 1999 à Lille, fondé par Octave Klaba, tout juste sorti d’école d’ingénieurs. Il se présente comme le premier hébergeur européen dès 2011.
Le résultat se lit dans les chiffres de Pingdom. Entre 1998 et 2008, le prix moyen baisse à peine, de 16,28 à 12,95 dollars par mois. L’espace, lui, passe de 153 mégaoctets à 171 gigaoctets.
Les hébergeurs ont fini par écrire « illimité » sur leurs offres. L’espace disque est devenu un argument de vitrine.
2006 : le cloud loue la machine à la demande
En mars 2006, Amazon lance S3, un stockage facturé à l’usage. Ses serveurs à la demande, EC2, suivent quelques mois plus tard.
L’idée change l’économie du secteur. On ne loue plus un serveur au mois, mais des ressources qu’on augmente ou réduit à volonté.
Entre le mutualisé et le cloud s’installe le VPS, un serveur virtuel aux ressources réservées, loué quelques euros par mois. Pour un blog ou un site vitrine, le mutualisé suffit toujours. Le cloud devient utile quand le trafic varie beaucoup, ou quand le site devient une application.
Mars 2021 : la nuit où des sites ont brûlé
Dans la nuit du 9 au 10 mars 2021, un incendie détruit le bâtiment SBG2 d’OVHcloud, à Strasbourg. Le rapport des pompiers, cité par IT-Connect, désigne un onduleur comme origine du feu. Il relève aussi l’absence d’extinction automatique et de coupure d’urgence de l’électricité.
Environ 3,6 millions de sites tombent, sur 464 000 domaines. Certains ne reviendront jamais : leurs seules sauvegardes dormaient au même endroit.
Début 2023, le tribunal de commerce de Lille condamne OVHcloud à verser 101 102 euros à la société Bati Courtage. Son contrat prévoyait des sauvegardes dans un lieu physique distinct. Elles étaient dans le même datacenter que les serveurs.
Une sauvegarde rangée à côté du serveur brûle avec lui.

2026 : la mémoire flambe, la facture remonte
Depuis l’automne 2025, le marché de la mémoire est désorganisé. Les grands fabricants orientent leur production vers l’intelligence artificielle, et la RAM des serveurs vient à manquer.
OVHcloud répercute la hausse par étapes. Le 1er avril 2026, ses services cloud déployés depuis 2026 augmentent de 9 à 11 % en moyenne. Ceux déployés avant 2025 prennent 2 à 6 %.
En août, l’hébergeur annonce que la mémoire DDR5 lui coûte six fois plus cher qu’un an plus tôt. Sur une nouvelle commande de serveur dédié, les options de RAM coûtent 127 % plus cher en médiane. Les gammes d’entrée Kimsufi, So you Start et Rise échappent à cette vague.
Depuis le 1er octobre, la hausse touche aussi les serveurs déjà loués, à leur renouvellement. Leur configuration de base passe au prix d’un serveur neuf. Leur RAM prend 20 % sur la génération 2024 et 40 % sur celle de 2026. Les générations antérieures y échappent aussi.
Le même jour, le Public Cloud d’OVHcloud garde le prix horaire de ses serveurs virtuels. Mais il facture désormais à part l’adresse IPv4 et, sur sa dernière génération, le stockage local. À configuration égale, la facture monte de 1,4 à 21,9 %.
Ces hausses visent le cloud, les serveurs dédiés et les VPS. L’hébergement mutualisé n’y figure pas, mais il repose sur la même mémoire. La courbe de baisse qu’on croyait éternelle s’inverse, au moins pour le matériel.
Le vrai prix se lit au renouvellement
Côté mutualisé, la vraie hausse existe déjà. Elle s’écrit en petits caractères, sous le prix d’appel. Voici l’offre phare de cinq hébergeurs, au 7 octobre 2026.
| Hébergeur | Offre | Prix d'appel | Prix ensuite | Sauvegardes | Données |
|---|---|---|---|---|---|
| o2switch | Cloud | 1,86 € HT/mois la 1re année | 16 € HT/mois | Quotidiennes, 45 jours, vers un autre datacenter | France (Clermont-Ferrand) |
| OVHcloud | Perso | 2,99 € HT/mois la 1re année | 5,99 € HT/mois | Quotidiennes, restaurables sur 30 jours | Non précisé sur l’offre |
| Hostinger | Premium | 2,99 € HT/mois, 48 mois payés d’avance | 9,99 € HT/mois | Hebdomadaires | Au choix, réseau mondial |
| IONOS | Plus | 1 € HT/mois pendant 12 mois | 11 € HT/mois | Non précisées sur l’offre | Europe, infrastructure géo-redondante |
| Infomaniak | Hébergement Web | 5,75 €/mois | 5,75 €/mois | Vers un autre datacenter, 7 jours | Suisse |
Chez IONOS, l’offre Plus passe de 1 à 11 euros par mois après un an. Chez o2switch, l’offre Cloud passe de 1,86 à 16 euros, soit 8,6 fois plus. Hostinger tient son prix d’appel plus longtemps, mais il faut payer quatre ans d’avance. OVHcloud double, et Infomaniak affiche le même prix dès le départ.
Ces offres ne se valent pas. L’offre Cloud d’o2switch annonce 48 Go de RAM, quand la formule Premium de Hostinger se limite à trois sites. Le tableau ne classe donc personne : il montre ce que coûte la deuxième année.
Le bon calcul se fait sur trois ans : la première année, puis deux années au tarif normal. L’offre Plus d’IONOS revient ainsi à 276 € HT sur trois ans. La première année coûte 12 €, les deux suivantes 132 € chacune.
Avant de signer, quatre vérifications
Une offre d’hébergement se lit en cinq minutes, à condition de savoir où regarder.

Trouver le prix de renouvellement
Cherchez sous le prix d’appel la mention « puis », « prix de renouvellement » ou « tarif habituel ». Multipliez-la par douze : c’est votre vraie facture annuelle.
Vérifier où partent les sauvegardes
Une bonne offre précise la fréquence, la durée de conservation et le lieu. « Vers un autre datacenter » est la seule réponse rassurante.
Savoir où dorment les données
Le pays des serveurs et la nationalité de l’hébergeur déterminent les lois qui peuvent atteindre vos données. France, Union européenne ou Suisse : regardez la page de l’offre avant de payer.
Garder sa propre copie
Une fois par mois, téléchargez vos fichiers et votre base de données. Rangez-les ailleurs que chez l’hébergeur : sur un disque externe, ou dans un stockage cloud.
Une sauvegarde chez le même hébergeur ne suffit pas. Si le compte est suspendu, piraté ou détruit, la copie disparaît avec lui. Après un logiciel malveillant ou une extension WordPress vulnérable, votre propre copie sera aussi la seule version saine.
Ce que vous payez vraiment
En 1998, on payait l’espace disque. En 2026, il ne coûte presque plus rien. On paie la deuxième année, la copie de secours rangée ailleurs, et bientôt la mémoire des serveurs.
Notez dès aujourd’hui la date de renouvellement de votre offre, et vérifiez où dort votre dernière sauvegarde.
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