Notre sélection détaillée

Introduction

À 20€, on s’attend généralement à des compromis douloureux. Tangzu, anciennement connu sous le nom TForce Audio, a décidé de prouver le contraire avec les Wan’er S.G. — un IEM qui porte le nom de Shangguan Wan’er, première femme à avoir occupé un poste équivalent à Premier Ministre dans la Chine impériale sous la dynastie Tang.

Tangzu n’est pas un inconnu dans le monde chi-fi. Après le succès du Yuan Li et l’excellent accueil réservé aux Zetian Wu (leur IEM planaire), la marque de Dongguan a voulu démocratiser l’accès à un son de qualité avec cette entrée de gamme agressive. Cinq itérations de tuning ont été nécessaires avant d’arriver au résultat final.

J’ai utilisé ces IEM pendant plusieurs semaines avec différentes sources — smartphone Samsung, dongle Apple USB-C, DAC FiiO KA3 — et sur une large variété de genres. Voici ce que j’en retiens.

Fiche technique

Caractéristiques techniques
Driver1 DD 10mm PET diaphragm
AimantNéodyme N52
Impédance20Ω ±15%
Sensibilité107dB/mW
Réponse en fréquence20Hz - 20kHz
Connectique2-pin 0.78mm (encastré)
CâbleOFC cuivre-argent 4 brins, 1.2m
Terminaison3.5mm SE (version micro disponible)
CoqueRésine allemande
Poids~5g par écouteur
Diamètre nozzle5.6mm

Le connecteur 2-pin 0.78mm a passé 50 000 cycles d’insertion/retrait en tests d’usine. C’est la même connectique standard que les IEM bien plus chers, ce qui permet d’upgrader le câble facilement.

Contenu de la boîte

Pour moins de 20€, Tangzu propose un packaging étonnamment généreux :

  • Les Wan’er S.G.
  • Câble OFC détachable 2-pin 0.78mm (jack 3.5mm)
  • 3 paires d’embouts gris (bore standard) – S/M/L
  • 4 paires d’embouts blancs (bore large) – XS/S/M/L
  • Chiffon microfibre avec portrait de Wan’er
  • Documentation

Pas d’étui de transport — un manque classique à ce prix. Le chiffon avec le portrait historique est un clin d’œil sympathique à l’héritage culturel de la marque, même si son utilité pratique reste limitée.

Design & Ergonomie

Look général

Les Wan’er S.G. existent en deux coloris : noir opaque mystérieux et blanc translucide qui laisse entrevoir les composants internes. La façade arbore un motif de nuages auspicieux dorés, inspiré de l’art traditionnel chinois de la dynastie Tang. C’est élégant et distinctif — loin des designs génériques qu’on trouve habituellement à ce prix.

La coque en résine importée d’Allemagne est légère mais ne fait pas cheap. La finition est propre, sans bavures ni défauts visibles. Le nozzle cylindrique de 5.6mm s’adapte à la plupart des conduits auditifs.

Confort & isolation

C’est l’un des points forts des Wan’er. Grâce à leur poids plume (~5g par écouteur) et leur forme ergonomique basée sur des données anthropométriques, ils se font oublier même après plusieurs heures d’écoute. Aucun point de pression, aucune fatigue.

L’isolation passive est correcte pour un IEM à ce prix — suffisante pour le métro ou un bureau ouvert, mais n’attendez pas le niveau d’un Etymotic. Les embouts blancs à large bore offrent un meilleur seal pour la plupart des utilisateurs.

Le câble

C’est le maillon faible, et c’est attendu à ce prix. Le câble 4 brins OFC cuivre-argent fait le travail mais rappelle les anciens câbles KZ : il a tendance à s’emmêler et présente une légère microphonie quand il frotte contre les vêtements.

La bonne nouvelle : le connecteur 2-pin 0.78mm standard permet de le remplacer par n’importe quel câble aftermarket compatible. Un upgrade à 15-20€ (type Tripowin ou XINHS) transforme l’expérience.

Les ear-hooks mémoire du câble stock sont un peu rigides et ne s’adaptent pas parfaitement à toutes les morphologies d’oreille. N’hésitez pas à les reformer à la main.

Signature sonore détaillée

Vue d’ensemble

Les Wan’er S.G. proposent une signature warm-neutral avec une légère emphase dans le mid-bass. C’est une approche musicale plutôt qu’analytique — pensée pour le plaisir d’écoute sur de longues sessions plutôt que pour l’analyse critique. SoundGuys leur attribue un score MOS de 4.8/5, ce qui est remarquable à ce prix.

La courbe suit globalement la cible Harman 2019, avec un peu plus de présence dans les graves que la référence. C’est un tuning « safe » qui fonctionne avec la plupart des genres musicaux.

Basses

C’est ici que Tangzu a pris un risque calculé. Contrairement aux 7Hz Salnotes Zero souvent critiqués pour leur grave « maigre », les Wan’er offrent une basse présente, chaleureuse et engageante.

Le sub-bass descend correctement avec un rumble satisfaisant. Le mid-bass a du punch — les kicks claquent, les lignes de basse électroniques ont du corps. Sur « Fragments of Time » de Daft Punk ou les morceaux de Eve, l’impact est là.

Le revers de la médaille : le driver 10mm PET atteint ses limites. La basse manque de texture et de contrôle par rapport à des IEM plus chers. On note un léger bleed dans les bas-médiums qui épaissit le son — agréable pour certains genres, moins pour d’autres. C’est une basse « loose » plutôt que « tight ».

Médiums

C’est la signature Tangzu. Les médiums sont légèrement en retrait par rapport aux graves, mais jamais absents. Les voix — masculines comme féminines — conservent de l’énergie et de la présence.

Les bas-médiums bénéficient de la chaleur du mid-bass, ce qui donne du corps aux instruments. Les voix masculines ont du coffre sans être boomy. Les hauts-médiums sont bien dosés : suffisamment forward pour que les voix percent le mix, sans jamais devenir criards ou fatigants.

Le timbre est naturel et organique — c’est l’un des points où les Wan’er brillent face à la concurrence. Les guitares acoustiques, les cordes, les cuivres sonnent justes.

Aigus

C’est le compromis assumé des Wan’er. L’aigu est poli, relaxé, en retrait. Pas de sibilance, pas de pics agressifs, pas de fatigue auditive — mais aussi moins de détails, moins d’air, moins de « sparkle ».

L’extension au-delà de 8kHz est limitée. Les cymbales et hi-hats sont présents mais manquent de brillance et de définition. Les amateurs de treble prononcé trouveront ça « voilé » ou « sombre ».

C’est un choix de tuning délibéré : Tangzu a sacrifié les micro-détails pour garantir une écoute non-fatigante sur tous les genres. Pour 20€, c’est un compromis intelligent.

Scène sonore & imagerie

La scène sonore est intime — c’est le terme qui revient le plus dans les reviews. La largeur est correcte pour le prix, mais la profondeur est limitée. On n’a pas l’impression d’espace ou d’air entre les instruments.

L’imagerie est décente : le placement gauche-droite est précis, la séparation des instruments reste propre sur des morceaux pas trop complexes. Sur des passages orchestraux denses ou du metal technique, ça peut devenir confus.

Les technicités (résolution, layering, micro-détails) sont moyennes — c’est le prix à payer pour la signature musicale et le confort d’écoute.

Rodage (burn-in)

Le driver PET des Wan’er ne semble pas nécessiter de rodage significatif. Le son dès le déballage est représentatif de ce que vous obtiendrez après 100 heures d’utilisation.

Le vrai « rodage » avec les Wan’er, c’est le tip-rolling : essayez les différents embouts fournis et des alternatives comme les SpinFit CP100 pour trouver le meilleur équilibre entre confort, seal et signature sonore.

Comportement selon les sources

Smartphone sans DAC

Avec 20Ω d’impédance et 107dB de sensibilité, les Wan’er S.G. sont extrêmement faciles à piloter. N’importe quel smartphone avec jack 3.5mm les fait tourner à plein régime. Même avec un dongle Apple USB-C basique, le volume et la dynamique sont au rendez-vous.

C’est l’un de leurs atouts majeurs : pas besoin d’investir dans un DAC externe pour profiter de ces IEM. Branchez et écoutez.

Avec DAC externe / baladeur

Les Wan’er scalent modestement avec une meilleure source. Sur un FiiO KA3 ou un Shanling UA2, on gagne un peu en contrôle du grave et en définition dans les médiums. La différence n’est pas transformative — le driver reste le facteur limitant.

Pour un IEM à 20€, investir dans un DAC à 50€+ n’est pas forcément pertinent. Gardez votre budget pour un upgrade d’IEM si vous voulez un vrai saut qualitatif.

Appels / multimédia

Une version avec micro est disponible pour quelques euros de plus. Le câble stock sans micro reste le choix recommandé pour l’écoute musicale — moins de points de défaillance potentiels.

Pour le gaming casual, les Wan’er s’en sortent : l’imagerie permet de localiser les sons directionnels (pas, tirs) correctement. Ce n’est pas leur vocation première, mais ça fonctionne.

Embouts : fournis vs alternatives

Le choix des embouts impacte significativement le rendu sonore des Wan’er :

Embouts gris (bore standard) : Son légèrement plus neutre, moins de basse perçue, meilleure définition dans les médiums.

Embouts blancs (bore large) : Plus de basse, son plus plein et chaleureux, meilleur seal pour la plupart des utilisateurs. C’est le choix recommandé par la majorité des reviewers.

SpinFit CP100/CP145 : Améliore le confort et peut affiner légèrement la présentation, notamment dans les aigus.

Comply Foam : Boost le sub-bass et améliore l’isolation, mais peut étouffer encore plus les aigus déjà en retrait.

Comparaisons avec les concurrents

7Hz Salnotes Zero (~20€)

Le match le plus évident. Les Zero sont plus neutres, plus analytiques, techniquement supérieurs : meilleure résolution, meilleure séparation, scène plus large. Mais leur basse est perçue comme « maigre » par beaucoup, et leur aigu plus présent peut fatiguer certaines oreilles.

Les Wan’er sont plus musicaux, plus chaleureux, plus faciles à aimer dès la première écoute. Le timbre est plus naturel, les voix plus engageantes. Mais les technicités sont en retrait.

Verdict : Zero pour l’écoute analytique et le classique. Wan’er pour la pop, le rock, l’électro et les longues sessions sans fatigue.

Moondrop Chu II (~20€)

Les Chu II suivent la courbe VDSF de Moondrop avec moins de basse que les Wan’er et plus de présence dans les hauts-médiums/aigus. La construction métal est plus premium, mais le câble non-détachable est un deal-breaker pour beaucoup.

Les Wan’er sont plus chaleureux, avec un meilleur timbre naturel selon plusieurs comparatifs. Les Chu II gagnent en technicités et en extension haute.

Verdict : Chu II pour la signature Moondrop et la construction. Wan’er pour le câble détachable et la signature warm-neutral.

Blon BL-03 (~25€)

Le classique qui a lancé la révolution chi-fi budget. Les BL-03 ont un timbre légendaire et plus de basse, mais un fit catastrophique (nozzles ultra-courts) qui nécessite des mods ou des embouts spéciaux.

Les Wan’er offrent un fit bien meilleur out-of-the-box, des médiums plus forward, et des technicités comparables.

Verdict : BL-03 pour les puristes prêts à bidouiller. Wan’er pour une expérience plug-and-play.

Défauts réels & limitations

Soyons francs sur ce qui peut poser problème :

Points forts
  • Prix imbattable (~20€)
  • Signature warm-neutral musicale et non-fatigante
  • Confort excellent, poids plume
  • Câble détachable 2-pin standard
  • Accessoires généreux pour le prix
  • Facile à piloter (smartphone OK)
  • Timbre naturel sur les voix
Points faibles
  • Aigus en retrait, manque de détails et d’air
  • Basse loose, léger bleed dans les médiums
  • Technicités moyennes (résolution, séparation)
  • Scène sonore intime et peu profonde
  • Câble stock de qualité moyenne
  • Pas d’étui de transport inclus
  • Construction plastique basique

Le deal-breaker potentiel : si vous êtes habitué à des IEM plus résolus ou avec plus d’extension dans l’aigu, les Wan’er vous sembleront « voilés ». C’est un compromis assumé pour le prix et la musicalité.

Pour qui sont faits ces écouteurs ?

Profil idéal :

  • Débutants qui veulent découvrir le monde des IEM sans se ruiner
  • Auditeurs qui privilégient la musicalité sur l’analyse
  • Utilisateurs sensibles aux aigus agressifs
  • Budget serré mais exigences correctes
  • Backup ou IEM de transport sans risque

Genres musicaux adaptés :

  • Pop, rock, indie : excellent
  • J-Pop, K-Pop, anime OST : très bon
  • Hip-hop, R&B : très bon
  • Électro, EDM : bon (basse présente mais pas ultra-contrôlée)
  • Jazz, acoustique : bon
  • Classique, orchestral : correct (scène limitée)
  • Metal technique : moyen (séparation limite)

À éviter si :

  • Vous cherchez de la résolution et des micro-détails
  • Vous aimez les aigus brillants et aérés
  • Vous écoutez principalement du classique ou du jazz audiophile
  • Vous avez déjà des IEM à 50€+ et cherchez un upgrade

Verdict final

Ce produit est fait pour

Les Tangzu Wan’er S.G. s’adressent à tous ceux qui veulent entrer dans le hobby IEM sans se ruiner, ou qui cherchent un backup fiable et musical. Parfaits pour la pop, le rock, l’électro, les sessions longues. Moins adaptés à l’écoute critique ou aux genres qui demandent de la résolution.

À moins de 20€, les Wan’er S.G. n’ont pas le droit d’être aussi bons. Tangzu a fait les bons compromis : sacrifier les technicités et l’extension aigu pour offrir une signature musicale, engageante et non-fatigante que la plupart des auditeurs apprécieront immédiatement.

Ce n’est pas un IEM parfait — la basse manque de contrôle, les aigus sont trop sages, la scène est intime. Mais pour quelqu’un qui découvre le monde des IEM ou qui cherche un compagnon de transport sans se prendre la tête, c’est difficile de trouver mieux à ce prix.

Pour explorer d’autres options dans cette gamme de prix, consultez notre guide complet des meilleurs IEM filaires en 2026.

Tangzu Wan'er S.G.
Meilleur rapport qualité-prix

Tangzu Wan'er S.G.

IEM warm-neutral à 20€. Driver 10mm PET, câble détachable 2-pin, signature musicale non-fatigante.