Notre sélection détaillée

Introduction

On va pas se mentir : le marché des IEM sub-200€ est une jungle. Entre les sorties chi-fi hebdomadaires et les « tueurs de géants » autoproclamés, difficile de s’y retrouver. Alors pourquoi s’intéresser à un IEM japonais sorti fin 2020, quand des dizaines de nouveautés débarquent chaque mois ?

Parce que les Final Audio A4000 font quelque chose que personne d’autre ne fait à ce prix : ils disparaissent. Vous les mettez, vous lancez votre musique, et soudain vous n’êtes plus en train d’écouter des écouteurs. Vous êtes dans la musique, avec des instruments qui flottent autour de vous dans un espace tridimensionnel qu’aucun concurrent ne reproduit.

C’est leur promesse. Voyons si elle tient.

D’où viennent-ils ?

Final Audio, c’est pas une marque chi-fi qui sort 12 modèles par an. C’est une maison japonaise obsédée par la psychoacoustique — l’étude de comment notre cerveau interprète le son. Leur flagship A8000 à 2000€ est considéré comme l’un des meilleurs IEM single driver jamais produits.

L’A4000, c’est leur tentative de démocratiser cette expertise. Le driver f-Core DU de 6mm a été développé from scratch, avec une technologie héritée du grand frère. Bobine CCAW ultrafine de 30 microns, boîtier en laiton pour minimiser les résonances, diaphragme produit en micro-lots pour un contrôle qualité maniaque.

Tout ça pour quoi ? Pour ce que Final appelle le « son transparent » — l’impression que la source sonore existe dans l’espace, pas dans votre tête.

La fiche technique
Driver6mm f-Core DU dynamique
Impédance18Ω
Sensibilité100 dB/mW
Connectique2-pin 0.78mm Final
CoqueABS thermoplastique
Poids~5g par écouteur
Prix~150€

La magie de la scène

Commençons par ce qui compte vraiment. Vous mettez les A4000, vous lancez un enregistrement live ou un morceau bien mixé, et là… c’est le choc.

La scène sonore est immense. Les instruments ne sont pas collés les uns aux autres dans votre crâne — ils occupent un espace. Le piano est là-bas à gauche, légèrement en retrait. La voix flotte au centre, devant vous. Les cordes s’étalent sur toute la largeur. Et quand un fill de batterie arrive, les toms tournent littéralement autour de votre tête.

Sur Head-Fi, un utilisateur résume bien : « C’est pas dans la même ligue que les autres IEM à ce prix. Il faut aller chercher des modèles à 300€+ comme le Blessing 2 pour trouver quelque chose de comparable en imagerie. »

Ce qui est dingue, c’est la précision. Chaque élément a sa place, stable, définie. Vous pouvez fermer les yeux et pointer du doigt où se trouve chaque instrument. Pour le gaming, c’est redoutable — localiser des pas ou des tirs devient trivial.

D’où vient cette magie ? Probablement du tuning. Final a fait des choix radicaux pour dégager l’espace sonore, quitte à sacrifier d’autres aspects. On y reviendra.

Comment ils sonnent (vraiment)

Oubliez deux secondes la scène. Comment sonnent les A4000 au quotidien ?

La signature est bright. Pas « légèrement brillante », vraiment bright. Final a boosté la région 3-4kHz pour la présence, puis encore 7-10kHz pour l’air et le détail. Sur du J-Pop ou des voix féminines, c’est spectaculaire — Yoasobi ou Eve sonnent exactement comme ils devraient. Les voix percent le mix avec une clarté cristalline.

La basse est lean. Contrôlée, rapide, précise… mais pas généreuse. Le sub-bass est là quand la piste le demande, le mid-bass reste discipliné. Pas de bloat, pas de bleed. C’est propre. Trop propre pour certains. Si vous venez d’IEM plus warm, vous allez trouver ça « maigre » au début.

Les médiums sont creusés. C’est le compromis pour obtenir cette scène. Les bas-médiums sont en retrait, ce qui donne de l’espace mais retire du corps aux voix masculines et aux guitares graves. Leonard Cohen sonne un peu anémique. Freddie Mercury perd de sa puissance.

La résolution est excellente pour le prix. Les micro-détails ressortent, les textures sont présentes. Mais attention : les A4000 sont impitoyables avec les mauvais enregistrements. Un MP3 128kbps ou un mix bâclé, ça se voit (s’entend) immédiatement.

Les A4000 out of the box peuvent paraître agressifs et « grainy ». Final recommande 150-200 heures de rodage — et pour une fois, ça semble faire une vraie différence. Les aigus s’adoucissent, la cohérence s’améliore. Accordez-leur du temps avant de juger.

Le revers de la médaille

Soyons honnêtes : les A4000 ne sont pas pour tout le monde.

Les aigus peuvent fatiguer. Sur certains morceaux, cette région 7-10kHz devient agressive. Les sibilances ressortent, les hi-hats grésillent. Après une heure d’écoute sur des tracks énergiques, j’ai parfois besoin d’une pause. Si vous êtes sensible aux aigus, passez votre chemin ou prévoyez un EQ.

La basse manque de viscéralité. Pour l’EDM, le hip-hop, ou tout ce qui demande du punch dans le bide, les A4000 sont trop sages. Ils font le job techniquement, mais l’impact émotionnel n’y est pas. C’est de la basse « audiophile », pas de la basse qui fait bouger la tête.

Le connecteur propriétaire. C’est ma plus grosse frustration. Final utilise un 2-pin 0.78mm standard… mais avec une encoche qui bloque la plupart des câbles aftermarket. Vous voulez upgrader le câble stock (qui est franchement basique) ? Il faudra trouver un câble compatible, et ils sont rares.

La construction plastique. À 150€, avoir une coque en ABS thermoplastique alors que des chi-fi à 50€ proposent du métal, ça pique. Les A4000 ne font pas premium en main. Ils sont légers, certes — mais « léger » et « cheap » sont parfois difficiles à distinguer.

Points forts
  • Scène sonore et imagerie de référence
  • Confort exceptionnel sur longue durée
  • Résolution et transparence remarquables
  • Embouts Final Type-E inclus (excellents)
  • Idéal pour J-Pop, voix féminines, classique
Points faibles
  • Aigus énergiques, potentiellement fatigants
  • Basse lean, manque de punch
  • Bas-médiums creusés (voix masculines en retrait)
  • Connecteur propriétaire frustrant
  • Construction plastique décevante pour le prix
  • Révèle impitoyablement les mauvais enregistrements

Le confort, parlons-en

Si les A4000 ont un atout indiscutable au-delà du son, c’est le confort.

Final a une philosophie de fit particulière : plutôt que mouler la coque à l’oreille, ils minimisent les points de contact. Trois zones seulement touchent votre oreille. Résultat : malgré les angles agressifs de la coque, ces IEM se font oublier.

J’ai fait des sessions de 4-5 heures sans aucune gêne. Pas de point de pression, pas de fatigue physique. La légèreté de l’ABS y contribue — ironiquement, le matériau « cheap » devient un avantage ici.

Les embouts Type-E fournis sont parmi les meilleurs du marché. Cinq tailles, du SS au LL. La plupart des utilisateurs trouvent leur bonheur sans chercher d’alternatives.

Face à la concurrence

Contre le Sennheiser IE 200 (~150€) : Le match le plus serré. L’IE 200 partage le même transducer que le flagship IE 900, dans un format compact. La scène est également impressionnante, mais le tuning est plus équilibré — plus de corps dans les médiums, aigus moins agressifs. Si les A4000 vous semblent trop bright, l’IE 200 est l’alternative évidente. Construction supérieure aussi.

Contre le Moondrop Aria 2 (~80€) : À moitié prix, l’Aria 2 propose une signature Harman confortable et accessible. La scène est correcte sans plus. Si vous cherchez un IEM « safe » pour tous les genres, l’Aria 2 fait le job. Mais pour la spatialisation et la transparence, les A4000 jouent dans une autre cour.

Contre le Final A3000 (~100€) : Le petit frère a le même driver, le même boîtier, 50€ de moins. La différence ? L’A3000 est plus smooth, plus laid-back, avec des aigus moins prononcés. Si la signature des A4000 vous attire mais que vous craignez la fatigue, testez l’A3000 d’abord.

Le setup idéal

Les A4000 ne sont pas difficiles à piloter (100 dB/mW), mais ils scalent avec la source. Sur un smartphone basique, vous aurez le son — mais pas toute l’ampleur de la scène.

Un bon dongle DAC (Apple USB-C, FiiO KA3, iBasso DC05) révèle leur potentiel. Attention toutefois à l’impédance de sortie de votre source — les A4000 y sont sensibles.

Pour le tip-rolling : les JVC Spiral Dots adoucissent les aigus si nécessaire. Les Azla SednaEarfit améliorent le seal sur certaines morphologies. Les embouts foam (Comply) réduisent drastiquement le treble — solution de dernier recours si vraiment les aigus vous agressent.

Le câble stock est… fonctionnel. Fin, léger, sans microphonie. Mais si vous trouvez un câble compatible avec l’encoche Final (NiceHCK, Symphonium), l’upgrade vaut le coup pour l’ergonomie et potentiellement un léger gain en définition.

À qui s’adressent-ils ?

Ce produit est fait pour

Les A4000 sont faits pour les auditeurs qui privilégient l’expérience spatiale sur tout le reste. Si vous écoutez du classique, du jazz, du J-Pop, des OST de jeux ou d’anime — et que vous voulez <em>voir</em> la musique se déployer autour de vous — c’est votre IEM. Par contre, si vous cherchez du punch, de la chaleur, ou une signature passe-partout, regardez ailleurs.

Le profil idéal :

  • Vous aimez le J-Pop, K-Pop, les voix féminines
  • Vous écoutez du classique ou du jazz et voulez de l’espace
  • Vous jouez et la spatialisation compte
  • Vous avez une bonne source (dongle DAC ou mieux)
  • Vous supportez les signatures bright

Passez votre chemin si :

  • Les aigus prononcés vous fatiguent
  • Vous écoutez surtout du hip-hop, de l’EDM, du metal
  • Vous voulez du punch et de l’impact physique
  • Vous n’avez qu’un smartphone comme source
  • Vous attendez une construction premium pour 150€

Le verdict

Cinq ans après leur sortie, les A4000 restent une référence. Pas parce qu’ils font tout bien — mais parce qu’ils font une chose exceptionnellement bien. Et dans un marché saturé de « jack of all trades », ça vaut quelque chose.

Final Audio A4000
Meilleure scène sonore sub-200€

Final Audio A4000

IEM single driver 6mm. Scène sonore exceptionnelle, signature bright optimisée voix féminines. Pour les amateurs de transparence et d'espace.