Notre sélection détaillée

Introduction

Quelqu’un chez Truthear a fait ses devoirs. Peut-être un peu trop bien.

Quand le Hexa est sorti fin 2022, la communauté audiophile a immédiatement remarqué quelque chose d’étrange : sa courbe de fréquence était pratiquement identique à celle du Moondrop Blessing 2 — un IEM légendaire vendu quatre fois plus cher. Coïncidence ? Pas vraiment. La rumeur persistante veut que Truthear ait été fondé par un ex-ingénieur de Moondrop. Et les coques du Hexa sont fabriquées par HeyGears — la même entreprise qui imprime celles du Blessing 2.

Le slogan de Softears (filiale de Moondrop) : « Hear the Truth ». Le nom de la marque concurrente : « Truthear ». Subtil.

Mais voilà le twist : le Hexa divise. Sur le papier, c’est un miracle technique à 80€. Dans les oreilles de certains, c’est « ennuyeux », « sans âme », « anémique ». Comment un IEM peut-il mesurer aussi bien et polariser autant ? C’est toute l’histoire du Hexa — et peut-être la meilleure leçon sur ce que « bon son » signifie vraiment.

L’ex-ingénieur Moondrop

Truthear est apparu de nulle part en 2022 avec une collaboration Crinacle (le Zero) et une stratégie évidente : proposer des IEMs de qualité $300 à des prix chi-fi. La communauté a vite connecté les points.

HeyGears, l’entreprise qui fabrique les coques du Hexa par impression 3D DLP, travaille aussi avec Moondrop, Softears et FiiO. Les techniques de tuning du Hexa suivent la courbe VDSF — la signature Moondrop. Et le graph du Hexa colle au Blessing 2 comme si quelqu’un l’avait tracé par-dessus.

Un reviewer d’Amazon l’a résumé : « Ma spéculation personnelle : Truthear est la marque maison de HeyGears, comme Kirkland pour Costco. Ils économisent sur le marketing et les coûts fixes pour vendre des IEMs de niveau $300-500 à $80. »

Vrai ou pas, le résultat est là : le Hexa offre une configuration hybride 1DD+3BA avec tubes de son séparés pour chaque driver — une technique normalement réservée aux IEMs >$200. Le tout dans une coque en résine médicale grade avec faceplate aluminium CNC. Pour 80€.

Les entrailles de la bête

Fiche technique
Configuration1DD (10mm) + 3BA hybride
Driver dynamiquePU+LCP, N52 magnet, dual-cavity
Impédance20.5Ω ±15% @ 1kHz
Sensibilité120dB/Vrms @ 1kHz
Réponse8Hz - 40kHz
THD≤1% @ 1kHz (94dB)
Connectique2-pin 0.78mm (recessed)
Poids~4.8g par IEM
Prix~80€

Le driver dynamique de 10mm utilise un diaphragme composite PU+LCP (polyuréthane + polymère cristal liquide) avec une bobine vocale pondérée — un design censé réduire la fréquence de résonance naturelle et produire des basses plus « punchy ». Les trois BA se répartissent le travail : un dual-BA composite pour les médiums, un BA custom type Knowles WBFK pour les aigus.

La vraie innovation est dans l’acoustique interne. Truthear utilise des guides d’onde séparés avec filtres résistifs pour chaque type de driver, permettant une division de fréquence précise sans les problèmes de phase typiques des hybrides. Le résultat ? Une cohérence remarquable — vous n’entendez pas « un DD + des BAs », vous entendez un son unifié.

La cohérence hybride

Le Hexa ne cherche pas à impressionner. Il cherche à sonner juste.

La signature est neutre-chaude avec un sub-bass shelf propre d’environ 7dB. Pas de rumble viscéral qui fait trembler, mais une fondation solide et contrôlée. Les médiums sont forward avec un pinna gain généreux (~8.5dB @ 3kHz) — les voix ressortent naturellement, avec un timbre organique que beaucoup d’hybrides plus chers n’atteignent pas.

Les aigus jouent la sécurité. La région 5-7.5kHz est en retrait, ce qui donne une présentation douce, jamais agressive. Un pic vers 8kHz peut occasionnellement sembler sharp sur certains enregistrements, mais globalement, le Hexa privilégie le confort sur l’excitation.

Ce qui frappe vraiment, c’est l’absence de « BA timbre » — cette qualité plastique, métallique qu’on entend souvent sur les hybrides budget. Le Hexa sonne naturel, cohérent. Un reviewer de McCullough Audio raconte : « Le Hexa m’a fait repenser ce que je valorise dans les IEMs. Je suis passé de l’amour du détail extrême à la préférence pour l’écoute facile, du plus grand soundstage à la séparation instrumentale. »

La scène sonore est intime — largeur correcte, mais profondeur et hauteur limitées. L’imaging et la séparation sont excellents pour le prix. C’est un IEM pour écouter de près, pas pour se perdre dans un concert virtuel.

Le procès de la basse

Parlons de l’éléphant dans la pièce. Le Hexa a un problème de réputation avec sa basse, et les critiques ne mâchent pas leurs mots :

« Airy fart bass. » « No bass. » « Thin and lifeless. » « All the emotion was sucked away. » « Boring. »

Qu’est-ce qui se passe ? Le sub-bass est là — propre, défini, présent. C’est le mid-bass qui manque à l’appel. Les kick drums et les lignes de basse peuvent sembler « pushed back », moins percutants que sur des IEMs plus consumer-friendly. Pour quelqu’un qui vient du chi-fi V-shaped ou des écouteurs grand public, le Hexa peut sembler anémique.

C’est un tuning délibéré, proche de la référence studio. Un utilisateur Head-Fi note : « Le Hexa sonnait anémique out of the box. Après 2 semaines de burn-in, la basse est devenue plus arrondie. » D’autres recommandent des tips foam ou un léger EQ (+2-3dB @ 55Hz) pour ajouter du corps.

Si vous êtes basshead ou habitué aux signatures V-shaped, le Hexa risque de vous décevoir stock. C’est un IEM qui récompense l’EQ — sa neutralité en fait une excellente base pour personnaliser le son à votre goût.

Le débat Hexa illustre parfaitement la tension entre objectivité et subjectivité en audio. Le Hexa mesure excellemment — THD minimal, courbe proche du Harman target, phase alignée. Mais les mesures ne capturent pas le « fun factor », l’excitation, l’engagement émotionnel. Certains veulent la vérité technique. D’autres veulent vibrer.

Le confort steampunk

Le design du Hexa est industriel-minimaliste. Coques translucides noires qui laissent apercevoir les drivers à l’intérieur. Faceplates aluminium avec vis apparente — une esthétique steampunk assumée. Pas de fioritures, pas de bling.

Le confort est excellent. À 4.8g par IEM, c’est l’un des plus légers de sa catégorie. Les coques compactes s’insèrent profondément grâce au long nozzle (~6.4mm de diamètre), offrant une isolation remarquable — jusqu’à 40dB d’atténuation avec les tips foam inclus.

Le câble stock est correct sans plus — 4 brins silver-plated copper, 3.5mm single-ended. Il s’emmêle facilement mais n’a pas de microphonics. Le vrai irritant : le connecteur 2-pin est recessed, ce qui rend certains câbles aftermarket incompatibles.

Les embouts inclus méritent qu’on s’y attarde. Truthear fournit trois types : wide bore (meilleur bass, son plus ouvert), narrow bore (meilleur seal), et foam (meilleure isolation, treble adouci). La communauté recommande les Spinfit W1 ou Dunu S&S pour un upgrade — évitez les Final Type E qui réduisent trop le treble.

Le duel fratricide

Le vrai concurrent du Hexa n’est pas le Blessing 2 — c’est le Zero:RED de la même marque, à 55€.

Le RED est plus bassy, plus V-shaped, plus « fun ». Il inclut même un adaptateur 10Ω pour booster encore les basses. Le Hexa est plus neutre, plus technique, plus « mature ». Lequel choisir ? Si vous voulez du plaisir immédiat, le RED. Si vous voulez une base pour EQ ou un son référence, le Hexa.

Face au Moondrop Aria (~80€), le duel est serré. L’Aria est plus exciting, meilleur bass slam, meilleur soundstage. Le Hexa offre meilleur détail et timbre plus naturel. La plupart des reviewers recommandent encore l’Aria pour le « fun factor », le Hexa pour l’écoute analytique.

Et face au Blessing 2 original ($320) ? Le Hexa s’en approche en tonalité mais pas en technicités. Le B2 a plus de bite/crunch, meilleure scène sonore, meilleur micro-détail, meilleure extension treble. Le Hexa est le « budget Blessing » — proche mais pas égal. À 1/4 du prix, c’est impressionnant. Mais ne vous attendez pas à un miracle.

Points forts
  • Timbre exceptionnellement naturel — pas de « BA timbre »
  • Cohérence hybride remarquable
  • Détail et résolution surprenants pour $80
  • Confort excellent, très léger
  • Isolation outstanding avec foam tips
  • Construction premium (3D print médical grade + alu CNC)
  • Excellente base pour EQ
Points faibles
  • Mid-bass en retrait — manque de punch/slam
  • Présentation « boring » pour certains
  • Soundstage intime (profondeur limitée)
  • Treble peut être sharp occasionnellement (8kHz peak)
  • Câble stock s’emmêle facilement
  • Connecteur recessed limite les câbles aftermarket

Pour qui ?

Ce produit est fait pour

Le Hexa s’adresse aux auditeurs qui valorisent la justesse sur l’excitation. Si vous écoutez du jazz, du classique, de l’acoustique, des voix — et que vous voulez entendre les morceaux tels qu’ils ont été mixés plutôt qu’avec des basses gonflées — le Hexa est fait pour vous. C’est aussi un excellent premier IEM « sérieux » pour quelqu’un qui veut comprendre ce qu’est un son neutre avant de décider s’il préfère autre chose.

Achetez si vous :

  • Cherchez un son neutre/référence
  • Voulez une excellente base pour EQ
  • Faites du monitoring budget
  • Écoutez jazz, classique, acoustique, voix
  • Privilégiez l’écoute prolongée sans fatigue

Passez si vous :

  • Êtes basshead ou fan de V-shape
  • Voulez du « fun » et de l’excitement immédiat
  • Écoutez principalement EDM/hip-hop
  • Détestez EQ et voulez du punch stock
  • Priorité au soundstage large

Le verdict

Le Hexa m’a appris quelque chose. En audio, la « vérité » technique n’est qu’une vérité parmi d’autres. Certains veulent entendre ce que l’ingénieur a mixé. D’autres veulent ressentir quelque chose. Le Hexa excelle dans le premier cas. Pour le second, cherchez ailleurs — ou sortez l’EQ.

Truthear Hexa
Blessing 2 budget

Truthear Hexa

IEM hybride 1DD+3BA. Signature neutre-chaude, timbre naturel, cohérence exceptionnelle. Le Blessing 2 à 1/4 du prix — si vous acceptez ses compromis.