DJ Arafat : portrait d’une étoile filante africaine

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C’est l’histoire d’un des plus grands artistes africains de la francophonie qui va s’éteindre en pleine gloire adulé par ses fans qu’il appelait affectueusement « les Chinois » à cause de leur nombre. DJ Arafat avait su s’imposer comme le leader du mouvement artistique coupé-décalé, style musical qu’il a fait rayonner au-delà des frontières de l’Afrique. Il avait parfaitement compris la force des réseaux sociaux pour promouvoir son image et sa musique auprès de son public. D’ailleurs, qu’elles soient appréciées ou critiquées de manière virulente, chacune de ses interventions sur les réseaux sociaux étaient suivies par des milliers de personnes. Dans la nuit du dimanche au lundi 12 mai, il percute violemment la voiture de la journaliste Denise Delaphafiet dans le quartier d’Angré (nord d’Abidjan). La journaliste sera blessée mais ses jours ne sont pas en danger. DJ Arafat, quant à lui, sera transporté d’urgence dans un hôpital d’Abidjan dans un état végétatif. Il succombera à ses blessures dans la matinée.

Tout commence lorsque Ange Didier Houon quitte la résidence familiale pour rejoindre la ville de Yopougon. Il commence à se produire dans plusieurs maquis ou il anime des soirées en temps que DJ. Il se livre à une performance qu’il maîtrise parfaitement : les atalakus (dédicace héritée de la rumba congolaise). Sur scène, il choisit le nom de DJ Arafat, en souvenir de ses amis d’origine libanaise qui lui attribuaient le caractère de l’ancien dirigeant palestinien Yasser Arafat. C’est aussi à cette période qu’il rencontre son ami Mulukuku DJ alors qu’il officie au Shangaï (maquis d’Abidjan). Et c’est lors d’une soirée au Pouvoir (un autre maquis) qu’il est repéré par Roland le Binguiste. Ce dernier produira plus tard la chanson Hommage à Jonathan. Il composera ce titre après que Jonathan décède tragiquement suite à un accident de moto avant un voyage à Londres.

Le titre fait un démarrage timide à sa sortie (2005). A l’époque, la chanson de DJ Tevecinq, Décaler dans la paix, cartonne mais Hommage à Jonathan finit par s’imposer et la carrière du jeune DJ décolle. Il se retrouve alors auprès des membres de la Jet Set de Douk Saga. Il donnera de la voix sur plusieurs titres du collectif, tels que Boucan de Molare ou encore Mastiboulance de Papa Ministre. A l’époque, la Côte d’Ivoire est en proie à un conflit politico-militaire et les trublions de la Jet Set apportent un peu de joie dans un pays sous tension.

https://www.youtube.com/watch?v=HvnPPWYK3pg

L’artiste gagne en notoriété et en reconnaissance. Le succès de la chanson Hommage à Jonathan est tel que Désiré Kouadio, promoteur de spectacles de renom, lui organise une tournée en France. Lors de son second voyage dans l’Hexagone, il décide de rester sur place, malgré l’expiration de son visa. Finalement interpellé après presque 5 ans, il sera placé en centre de rétention pendant un mois puis renvoyé à Abidjan.

Durant cette période, DJ Arafat compose un nouvel album intitulé Femme. Il s’offre aussi plusieurs collaborations dont la plus marquante reste Séléphanto avec Meiway. Meiway reste un artiste ivoirien incontournable, iconique inventeur du zoblazo, et ce bien avant le règne de Magic System et consorts.

A son retour en Côte d’Ivoire, DJ Arafat s’associe avec Debordo Leekunfa. Ensemble ils vont créer le style kpangor. Cette danse dérivée du coupé-décalé va connaître un véritable succès en Afrique francophone. Toutefois, leur collaboration s’achève en décembre 2009 pour des raisons de leadership. DJ Arafat affirmera dans la presse que Debordo est jaloux de son succès. Au mois d’octobre de cette même année, Arafat subit un grave accident de moto, le second en l’espace de quelques mois. A sa sortie de l’hôpital, il sort un freestyle Retour en clash ou Djessimidjeka, où il s’autoproclame l’Apache 8500 volts.

https://www.youtube.com/watch?v=HOgmPpExf68

Il décide d’adopter une posture de « seul contre tous » et n’en démordra pas. Il se battra à coups de clash et de piques, à l’instar d’un Booba en France, pour imposer son leadership. Par exemple, il se moquera de Debordo et ceux-ci n’auront de cesse de se répondre par titres/clashs interposés. Rage 202 (DJ Arafat) / Vérité (Debordo) puis Reste tranquille Rantaplan (Arafat) / OPA à la nation ivoirienne (Debordo). De nombreux autres clashs, pas toujours sains, surviendront, tels que ceux avec Serge Beynaud, BB sans os, ou encore son ancien poulain de la Yorogang, Ariel Sheney. Malgré cette posture « seul contre tous », il monte le collectif Yorogang, dont il est le leader sous l’un de ses nombreux patronyme « Influenmento ». DJ Arafat prend alors sous son aile de nombreux jeunes artistes.

En 2011, son image est fortement affectée. La cause : une vidéo postée sur les réseaux sociaux par son ancien ami Tya Vuitton. On y voit l’artiste casser une assiette sur la tête de son ex-compagne Alexia Vody Josephine Zeplenou, l’accusant de l’avoir trompé avec son unique sponsor, Jean Olivier Akoun. Plusieurs associations féministes montent au créneau mais Alexia Zeplenou refuse de porter plainte contre le fils de tina glamour et demande aux indiscrets de se mêler de leurs affaires

Le style d’Arafat influence aussi les dancefloors français. On se souvient notamment du titre Oulala en featuring avec Mokobé, sorti en 2011. L’artiste a su faire évoluer son style musical ainsi que sa voix, beaucoup plus rock qu’à ses débuts. Ce changement de sonorité vocale se constatait déjà sur Touchin Body avec J. Martins. Plus récemment, l’artiste MHD a avoué s’être inspiré de lui pour créer l’afro trap. Sur son dernier album intitulé de manière presque ironique Renaissance, Gims et Naza étaient les deux artistes français invités. Ceci était une parfaite mise en perspective des liens musicaux que l’artiste avait réussi à créer avec ses pairs issus de la francophonie.

DJ Arafat adorait les motos. D’ailleurs, triste ironie du sort, son dernier single Moto Moto sorti en mai compte 5,5 millions de vues sur YouTube. Il aimait, accompagné de ses amis de la Yorogang, harpenter les rue d’Angré à moto et se livrer à diverses figures et acrobaties toujours plus extrêmes. Il avait déclaré dans une de ses vidéos qu’il mourrait sûrement d’un accident de moto. Pensait-il réellement ce qu’il disait ? Était-ce en hommage à son ami disparu en 2005 qu’il bravait la mort malgré plusieurs accidents, dont un grave en 2009 ? Son ultime bravade lui coûtera la vie.

DJ Arafat était l’expression d’une Afrique décomplexée. Son look, ses mimiques ainsi que son langage étaient repris après chacune de ses interventions. Il est arrivé comme une étoile avec Hommage à Jonathan et s’est éteint en laissant derrière lui un héritage de 10 albums et 10 singles. Il a porté à l’international le mouvement que Douk Saga et les membres de la Jet Set ont fait naître. Malgré ses nombreux clashs, il était un exemple de réussite et d’émancipation pour tous.

En attendant la cérémonie hommage entièrement à la charge de l’Etat, selon les souhaits du président Alassane Dramane Ouattara, les hommages se multiplient. Les « Chinois » ont fait un autel et se relaient pour que les bougies ne s’éteignent jamais. Certains prennent seulement conscience de la dimension qu’avait l’artiste. D’autres, comme Yodé, (chanteur de zouglou) s’indignent, trouvant que l’artiste avait besoin d’un tel soutien de son vivant.

Le petit est parti. Il a vécu comme une étoile filante. Nous sommes tous effondrés. A’salfo

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