Le 26 juin 2025, Elon Musk annonce que les hashtags seront interdits dès le lendemain dans les publicités sur X. Sous son message, un utilisateur interroge Grok, l’intelligence artificielle maison de la plateforme. Faut-il quand même en mettre dans les publications ordinaires ?

Grok répond que oui. Qu’ils augmentent la visibilité et l’engagement. Et il ajoute que si Elon Musk critique les hashtags, les données soutiennent leur efficacité sur les publications normales.

L’IA du réseau venait de contredire son propriétaire, sous son propre post. Six mois plus tard, Instagram tranchait la question à sa façon.

Rappel pour ceux qui arrivent par la porte. Un hashtag, c’est un mot précédé du signe dièse. Il devient un lien cliquable, et regroupe toutes les publications qui le portent. Pendant quinze ans, c’était le principal moyen d’être trouvé par des gens qui ne vous suivaient pas. C’est cette fonction-là qui vient de tomber.

Post d'Elon Musk interdisant les hashtags dans les publicités sur X, contredit par Grok
26 juin 2025. L’IA de la plateforme recommande ce que le propriétaire de la plateforme interdit.

Décisions et fonctionnement constatés le 29 septembre 2026. Les règles des plateformes changent plusieurs fois par an. Cette date est le point de départ de la prochaine révision.

Personne n’a jamais possédé le hashtag

Le 23 août 2007, un consultant américain nommé Chris Messina publie un tweet. Il y propose d’utiliser le signe dièse pour regrouper les conversations. C’est tout. Pas d’équipe produit derrière, pas de lancement, pas de brevet.

Messina a expliqué pourquoi il n’avait rien déposé : les hashtags étaient nés d’internet, et la propriété de personne. L’idée passe de Twitter à Instagram, Facebook et YouTube sans que quiconque ait à demander l’autorisation.

En juin 2014, le mot entre dans l’Oxford English Dictionary. Sept ans pour aller d’un tweet isolé au dictionnaire de référence de la langue anglaise.

C’est précisément ce qui rend la suite intéressante. Une convention que personne ne possède peut être abandonnée par tout le monde. C’est en train d’arriver.

Instagram a commencé par retirer le bouton

La notification est repérée le 17 novembre 2024 par Matt Navarra, et rapportée par Social Media Today. Instagram retire la possibilité de suivre un hashtag. Les sujets déjà suivis cessent d’afficher publications et Reels dans le fil.

Interrogé par le site, Instagram confirme en trois phrases. On peut toujours utiliser des hashtags dans ses publications, et toujours en chercher un pour découvrir les posts associés. Mais elle ajoute qu’elle continuera de montrer des contenus pertinents par ses recommandations, dans le fil, Explorer et les Reels. Autrement dit, c’est elle qui choisit, plus vous.

La raison donnée est le spam. Depuis des années, des comptes accrochaient des hashtags populaires à des publications sans rapport. Ils se glissaient ainsi dans les fils de gens qui ne leur avaient rien demandé. Plutôt que de continuer à filtrer, Instagram a retiré l’entrée.

C’est un détail d’interface qui dit quelque chose de plus gros. Suivre un hashtag, c’était traiter le dièse comme un canal, au même titre qu’un compte. En supprimant le bouton, Instagram l’a rétrogradé au rang de simple mot-clé de recherche.

Notification Instagram annonçant la fin de la possibilité de suivre un hashtag
Novembre 2024. Le hashtag cesse d’être un canal qu’on peut suivre.

Musk l’avait déjà enterré dans son coin

Le mois suivant, en décembre 2024, Elon Musk demande publiquement aux utilisateurs de X d’arrêter d’en mettre. The Hill rapporte sa formule : le système n’en a plus besoin, et ils sont laids.

Six mois plus tard vient l’interdiction dans les publicités, annoncée par le même dans les mêmes termes. Les hashtags y sont un « cauchemar esthétique ». C’est la première fois qu’une plateforme en interdit formellement l’usage quelque part, même si le périmètre reste limité aux annonces payantes.

La différence de registre entre les deux plateformes vaut d’être notée. Instagram a retiré une fonction et publié une explication technique. X a procédé par déclarations du propriétaire, contredites par son propre outil dans la foulée. Le résultat est le même.

Cinq. C’est le nombre que tolère Instagram depuis décembre 2025

Fin décembre 2025, Adam Mosseri annonce une nouvelle limite : une publication ou un Reel est plafonné à cinq hashtags. La plateforme testait des seuils depuis plus d’un an, et son essai précédent descendait à trois.

Sa justification mérite d’être lue par tous ceux qui optimisent leurs légendes. Quelques tags précis donnent de meilleurs résultats qu’une longue liste de tags génériques. La qualité prime sur la quantité. Il ajoute que les hashtags aident à la recherche, mais qu’ils n’augmentent pas la portée. Les conseils publiés dans la foulée sur Threads vont dans le même sens. Ils préviennent qu’accumuler des tags génériques ou hors sujet peut nuire aux performances d’une publication.

Les dates qui comptent
23 août 2007Chris Messina propose le hashtag
Juin 2014entrée à l'Oxford English Dictionary
17 novembre 2024la fin du suivi de hashtag est repérée
Décembre 2024Musk demande d'arrêter d'en mettre
27 juin 2025hashtags bannis des publicités X

Rappelez-vous à quoi ressemblait une légende Instagram il y a cinq ans. Un texte court, puis un bloc de vingt ou trente dièses. Souvent séparé par une série de points, pour le repousser sous le « voir plus ». Ce bloc n’a plus lieu d’être.


Le piège si vous recyclez d’anciennes légendes. Instagram prévient qu’accumuler des tags génériques ou sans rapport avec le contenu peut nuire aux performances d’une publication. Une légende copiée d’un modèle de 2021, avec ses trente dièses, ne dépasse pas seulement le plafond. Elle vous dessert. Comptez-les avant de publier.

Pourquoi les plateformes n’en ont plus besoin

Le hashtag résolvait un problème qui n’existe plus.

En 2007, un réseau social ne savait pas lire ce qu’il distribuait. Une photo était un fichier, une vidéo une suite d’images. Le seul moyen de savoir de quoi elles parlaient était que l’auteur le déclare. Le dièse était cette déclaration. Une béquille pour des machines qui ne comprenaient pas leur propre contenu.

Andrew Hutchinson, qui suit ces plateformes pour Social Media Today, résume le basculement. Les systèmes sont devenus bien meilleurs pour comprendre ce que contient une vidéo ou une image, et ce avec quoi les gens interagissent. Le hashtag n’y joue plus qu’un rôle mineur.

C’est ce qui donne raison à Musk sur ce point précis, et avant les autres. Le système n’en a plus besoin.

Il survit exactement là où il n’y a pas d’algorithme

Une plateforme fait exception, et sa raison est structurelle.

Sur Mastodon, le fil est chronologique et il n’existe pas de moteur de recommandation qui décide quoi montrer à qui. Suivre un hashtag y reste une fonction de base, et c’est l’un des rares moyens de découvrir des publications hors de ses abonnements.

Le hashtag n’est donc pas mort parce qu’il serait devenu inutile. Il est mort là où un algorithme a pris sa place, et il tient là où personne ne l’a remplacé. C’est le même objet, dans deux environnements qui n’ont plus rien à voir.

La règle qu’aucune plateforme n’a touchée

Il reste une raison d’écrire ses hashtags avec soin, et elle n’a rien d’algorithmique.

Un lecteur d’écran lit un hashtag comme une seule chaîne de caractères. En capitales ou en minuscules collées, il ne peut pas distinguer les mots. Les recommandations d’accessibilité d’Orange sont explicites sur ce point : il faut mettre une majuscule au début de chaque mot.

Leur exemple est parlant : #TousSolidaires est plus lisible que #TOUSSOLIDAIRES. La même consigne recommande de placer les hashtags à la fin des publications, pour ne pas hacher la lecture du message.

Cinq hashtags, en fin de légende, avec une majuscule par mot. C’est peu de chose, et c’est la seule consigne de cet article qu’aucune décision de plateforme ne rendra caduque.

Ce qu’il reste à en faire

Le hashtag n’a pas disparu, il a changé de métier. Il ne sert plus à être trouvé, il sert à être rangé.

Sur Instagram, cinq hashtags précis et réellement liés au contenu restent utiles, et ce sont les deux sources officielles qui le disent. La déclaration d’Instagram à Social Media Today précise qu’on peut toujours chercher par hashtag pour découvrir les publications associées. La recherche interne, elle, n’a pas bougé. Et Mosseri affirme que quelques tags spécifiques font mieux qu’une longue liste de tags génériques.

Ce qui change, c’est la nature du service rendu. Un hashtag ne vous pousse plus vers des gens qui ne vous cherchaient pas. Il vous rend trouvable par ceux qui cherchent déjà le sujet. C’est une différence de sens, pas de degré : vous n’êtes plus poussé, vous êtes rangé.

Sur X, la question est réglée pour les publicités. Pour le reste, la plateforme n’interdit rien, son propriétaire déconseille, et son IA recommande l’inverse. Faites-en ce que vous voulez.

Reste un usage que rien n’a entamé, parce qu’il n’a jamais été algorithmique. Le hashtag comme signe de ralliement. Un mot-dièse qui nomme un mouvement, une campagne ou une blague partagée fonctionne exactement comme en 2012. Ce n’est pas la machine qui le fait vivre, ce sont les gens qui le reprennent.

Si votre objectif est d’être vu, le levier a changé de place. Il est dans ce que la machine peut lire directement. Ce que montre l’image, ce que dit le son, et ce que les gens font de la publication. Pour les comptes qui visent le seuil de monétisation, c’est le seul terrain qui compte encore.

Le hashtag n’est plus un outil de distribution, et les plateformes l’ont acté elles-mêmes. Instagram a retiré le suivi en novembre 2024, puis plafonné à cinq en décembre 2025. X les a bannis de ses publicités en juin 2025. Il reste trois usages. Le rangement thématique, à cinq exemplaires maximum. Le signe de ralliement, que personne n’a jamais pu réguler. Et la découverte sur les réseaux sans algorithme, où il n’a jamais cessé de marcher. Les listes de trente hashtags générés automatiquement, elles, n’ont plus d’objet.