9ème édition à Franconville – Reportage immersif au cœur de la culture japonaise
Ce samedi 31 janvier 2026, le Centre de Sports et Loisirs (CSL) de Franconville s’est transformé en véritable temple de la culture japonaise pour la 9ème édition du Festival Culture Manga. Arrivé sur place vers 16h, j’ai plongé dans une ambiance chaleureuse et bon enfant, typique de ces événements qui font battre le cœur de la communauté otaku francilienne.
Le public ? Majoritairement familial : des parents venus avec leurs enfants découvrir l’univers manga, des adolescents arborant fièrement leurs cosplays — Demon Slayer, My Hero Academia, Genshin Impact — et quelques curieux attirés par cette effervescence colorée. À mon arrivée, deux jeunes cosplayeuses exécutaient leur chorégraphie sur la scène principale, tandis que les visiteurs déambulaient entre les stands.
À la rencontre des artistes
Ce qui fait la richesse de ces festivals locaux, ce sont les rencontres. J’ai pris le temps d’échanger avec plusieurs créateurs/artistes présents, et chacun à pris le temps de donner un aperçu de son art et de son univers.
AlexielLeNeko : full kawai et autodidacte

Impossible de la manquer. Dès l’entrée, son stand explose de couleurs pastel : rose bonbon, lavande, menthe. AlexielLeNeko (@alexiel.le.neko) incarne le style Lolita kawaii jusqu’au bout des ongles — littéralement, avec ses mitaines à pattes de chat assorties à son gilet Bisounours et sa jupe parsemée de petits cœurs.
Artiste autodidacte depuis plus de 20 ans, elle jongle entre art digital, traditionnel et créations en résine. Sa technique sur shikishi (format traditionnel japonais) mélange aquarelle, crayon et pastel sec — un combo qui donne ce rendu doux, presque « sucré », avec des dégradés fondus et aucun contour dur. Les yeux de ses personnages sont toujours le point focal : plusieurs couches de couleurs, des reflets, des étoiles. C’est là qu’elle concentre tout le détail.
Son univers ? Des personnages aux grands yeux brillants, des palettes pastel rose/violet rehaussées de touches de jaune et bleu, une esthétique résolument « cute » qui rappelle les magical girls des années 90. Sur son stand : illustrations, bijoux en résine et ces fameuses peluches kawaii qu’elle vend avec humour — « C’est parfait pour les gens qui veulent arrêter de fumer, ça détend ! » m’a-t-elle lancé avec un clin d’œil.

Lily Fu : l’alchimiste cosmique

Le stand de Lily Fu (@lily_fu_art) ressemble à l’atelier d’une sorcière moderne. Des fioles de toutes tailles, de toutes couleurs, certaines illuminées par des LEDs qui leur donnent un éclat surnaturel. Ce sont ses fameuses Potions Cosmiques® — des créations uniques, faites main en France, qui renferment des galaxies miniatures.
« Est-ce que vos potions sont fonctionnelles ? » lui ai-je demandé, un brin taquin.
Sa réponse, du tac au tac : « À partir du moment où vous vous en servez comme décoration, elles sont fonctionnelles à 100%. »
Derrière ce concept ludique se cache une vraie artiste. Lily Fu est illustratrice fantasy, spécialisée dans les thèmes witchy et astronomiques. Son style ? Des personnages féminins envoûtants, souvent des sorcières cosmiques aux chevelures impossibles, baignées dans des palettes de bleus profonds, de violets stellaires et d’or. Chaque potion porte le nom d’une étoile : « Secouez comme une boule à neige, et les étoiles restent en suspension le temps de les admirer, comme à travers un télescope », explique-t-elle. Coup de cœur garanti.
Kurotsya2 : du talent et des projets Shonens

Installé à son stand, crayon en main, Kurotsya2 (@kurotsya2) réalisait des portraits manga des visiteurs. Derrière lui, un mur tapissé de ses créations : des planches en noir et blanc au trait nerveux et dynamique, du fan art coloré — j’ai reconnu Sonic, des personnages de shonen classiques, et une très belle interprétation du protagoniste de La Quête de Daï. Cette dernière illustre bien son niveau technique : encrage à la plume, hachures précises pour marquer les ombres et les volumes, composition explosive avec débris qui volent et lignes de vitesse. Le personnage est saisi en pleine action, les pieds fracassant le sol — tout est pensé pour le mouvement.
Son parcours force le respect. Finaliste du concours Shonen Jump+ x Japan Expo 2025, il est surtout connu pour être assistant de Charles Compain sur Instinct, le manga d’Inoxtag qui a explosé les records de ventes en France. Charles Compain, c’est ce dessinateur au parcours atypique — ingénieur diplômé d’HEC reconverti mangaka — qui a su imposer son style dynamique et a été reconnu par des légendes comme Kazuki Takahashi (Yu-Gi-Oh!) et Tadatoshi Fujimaki (Kuroko’s Basket).
Kurotsya2 travaille aussi sur ses propres projets, pas encore édités, mais au vu de la qualité de son trait, ça ne saurait tarder. Son style ? Du shonen pur jus : des lignes de vitesse qui crèvent la page, des expressions faciales intenses, une maîtrise du noir et blanc qui donne du poids à chaque case.

Olivia Della Rovere & Vincent Renault : dark fantasy meets motion design
Olivia Della Rovere & Vincent Renault : dark fantasy meets motion design
Un duo improbable mais complémentaire occupait un stand voisin. D’un côté, Olivia Della Rovere (@olivia_della_rovere), artiste dark fantasy. De l’autre, Vincent Renault (@motionbyvincent), motion designer.
Le travail d’Olivia est saisissant. À vrai dire, en découvrant ses œuvres sur son stand, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait de photos retouchées. Le réalisme est tel qu’on s’y trompe — les textures de peau, les jeux de lumière, les détails des regards… C’est elle qui m’a détrompé : tout est créé de zéro sur Procreate. L’image ci-dessus en est un parfait exemple : une figure féminine aux cornes délicates, le visage se dissolvant en poussière d’étoiles. Le traitement des mains, la transition ultra-clean entre chair et cosmos, le halo circulaire en arrière-plan façon icône mystique détournée — tout ça, c’est du digital painting pur, pas de la retouche photo.

Ses sujets ? Des figures féminines démoniaques d’une beauté troublante : Lilith, déesses sombres, succubes aux regards magnétiques. Son esthétique oscille entre le macabre et le sublime — beaucoup de noir et blanc rehaussé de touches de rouge sang, des compositions qui évoquent autant la Renaissance que le metal gothique. Elle revendique fièrement : « Digital Art (no AI) ». Son univers n’est pas sans rappeler les covers de Heavy Metal Magazine, avec cette capacité à rendre la beauté dans l’obscurité.
Vincent, lui, est dans un tout autre registre. Motion designer basé à Paris, formé à l’ECV et passé par des agences comme TBWA et Publicis, il crée des animations 3D sous Cinema 4D et After Effects. Récemment nommé Razer Creative Partner, son travail a été mis en avant dans la série anniversaire des 20 ans de Razer Axon.
Ce qui m’a frappé ? Son humilité. Malgré un portfolio impressionnant et des collaborations avec des marques prestigieuses, Vincent refuse de se définir comme artiste : « Je travaille au gré de mes envies, pas dans un but précis. Je ne me considère pas comme un artiste pour autant. » Une philosophie qui résonne avec sa devise créative : « Perfection kills creativity. Just create. Fail sometimes. Keep going. »
Chacrispy : aquarelle, acrylique et K-pop

Autre stand qui accroche l’œil : celui de Chacrispy (@chacrispy.art). Sa spécialité ? L’aquarelle et l’acrylique, avec une patte immédiatement reconnaissable : des portraits d’idols K-pop et de personnages d’anime, toujours sur ce duo signature bleu cobalt / orange chaud — un contraste complémentaire redoutablement efficace.
Sa technique joue sur le contraste entre précision et chaos maîtrisé. Le visage est traité de façon quasi réaliste — le regard, les traits, la lumière sur la peau — mais tout autour, c’est l’explosion : éclaboussures, coulures, taches qui débordent du cadre. Elle ajoute souvent des éléments dorés, des anneaux orbitaux, des touches célestes qui donnent une dimension presque iconique à ses portraits. Et surtout, elle sait où laisser le papier respirer. Le blanc fait partie de la composition.
Sur son stand : des originaux, des prints, des « KPOP Shakers » (des porte-clés en forme de bouteilles à secouer), des stickers BT21… Un univers coloré, assumé, qui connait son public.

Le reste du festival
ALe reste du festival
Au-delà des artistes, le festival proposait son lot d’animations : karaoké géant et blind test animés par l’association Gaijin Team, défilé cosplay en fin d’après-midi, et bien sûr le show de clôture de Kaeliyn, l’invitée d’honneur de cette édition.
Kaeliyn : Cosplay Idol

Cosplayeuse, chanteuse et performeuse, Kaeliyn (@kaeliyn_) était la star de cette édition. Je l’ai croisée à son stand, resplendissante dans un cosplay bleu ciel et blanc, avec ses oreilles de chat grises et sa casquette de pilote. Super accessible, elle prenait le temps de poser avec chaque visiteur.
« Mon concert est à 18h, ne le ratez pas ! » m’a-t-elle glissé avec un grand sourire.
Étudiante en alternance chez Orange le jour, Kaeliyn mène une double vie de « Kaigai Cosplay Idol » — ces cosplayeuses qui, à l’image des idols japonaises, combinent performance scénique, chant et incarnation de personnages. Un parcours atypique qui illustre bien la passion de cette communauté.
Verdict
Le Festival Culture Manga de Franconville n’a peut-être pas l’envergure d’une Japan Expo, mais c’est justement ce qui fait son charme. L’ambiance y est plus intimiste, les échanges avec les artistes plus authentiques, et l’entrée gratuite permet à tous de découvrir la culture japonaise sans se ruiner.
Cette 9ème édition, placée sous le signe du cosplay avec le projet MÉTA-MORPHOSE (une création artistique mêlant manga, musique, numérique et IA, portée par des jeunes des Maisons d’enfants du Val-d’Oise en collaboration avec la compagnie Yokai-So-6), confirme que Franconville a su créer un rendez-vous annuel qui compte dans le paysage des conventions franciliennes.
Rendez-vous l’année prochaine pour la 10ème édition !
Infos pratiques
- Événement : Festival Culture Manga — 9ème édition
- Date : Samedi 31 janvier 2026
- Lieu : Centre de Sports et Loisirs (CSL), Boulevard Rhin et Danube, 95130 Franconville
- Tarif : Entrée gratuite
- Organisateur : Ville de Franconville
- Partenaires : Association Gaijin Team, Département du Val-d’Oise
Les artistes mentionnés
| Artiste | Spécialité | |
|---|---|---|
| AlexielLeNeko | @alexiel.le.neko | Art manga, résine, style Lolita kawaii |
| Lily Fu | @lily_fu_art | Illustration fantasy, Potions Cosmiques® |
| Kurotsya2 | @kurotsya2 | Manga, assistant sur Instinct |
| Olivia Della Rovere | @olivia_della_rovere | Dark fantasy digital art |
| Vincent Renault | @motionbyvincent | Motion design 3D |
| Chacrispy | @chacrispy.art | Aquarelle K-pop & anime |
| Kaeliyn | @kaeliyn_ | Cosplay & performance |
Soyez le premier à commenter cet article !