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Mark Ryden et sa pochette de l’album Dangerous

Mark Ryden et sa pochette de l’album Dangerous

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Qui est Mark Ryden ?

La pochette de l’album Dangerous est l’oeuvre de l’artiste américain Mark Ryden. Diplômé de l’école du design de Pasadena, on le considère aujourd’hui comme l’un des fondateurs du nouveau mouvement surréaliste. L’univers et le style onirique de Ryden mêle des thèmes qui sont récurrents. On y retrouve les regards désarmants de chérubins aux grands yeux expressifs, juxtaposés aux tréfonds du Ça. De nombreux personnages issus de la culture populaire sont présent sur ses œuvres. On y verra le colonel Sanders, Abraham Lincoln, mais aussi des personnages mythiques, à l’instar de Jésus ou Bouddha. Ryden représente des scènes très détaillées, comme dans le style baroque. Il est à l’origine de plusieurs couvertures d’albums pour des artistes de l’industrie musicale. On peut notamment citer Aerosmith et les Red Hot Chili Peppers. Il a aussi collaboré avec le romancier Stephen King et plus récemment avec la chanteuse Katy Perry.

Analyse de la pochette de Dangerous

Revenons à la pochette de l’album. A première vue, on y voit une fête foraine surchargée de détails et de références à la culture populaire propre au style de Ryden, sans compter le visage de Michael Jackson qui semble porter un masque ! En réalité, le chanteur se place en observateur derrière ce décor et c’est nous qu’il regarde.

Sur le haut de la scène, des chérubins couronnent un singe. Ceci pourrait être une référence au dieu Hanouman, divinité au statut intermédiaire de la mythologie indienne, le rendant plus accessible aux hommes. Ce pourrait être aussi tout simplement un clin d’œil au chimpanzé Bubbles que Jackson avait adopté.

L’Arche de Noé

Au centre de la scène, sous le visage de l’artiste, de nombreux animaux représentent l’Arche de Noé. Le paon, symbole de l’immortalité, se tient au centre de cet arche. C’est la troisième fois que les Jackson utilisent l’oiseau de Junon, très fort en symbolique, pour l’une de leurs pochettes. Présent sur les albums Destiny et Triumph, on l’aperçoit aussi dans le clip Can You Feel It. A côté de lui siège un éléphant avec le chiffre 9 inscrit sur le front.

Des animaux remplacent les monarques sur leurs trônes

Dans la partie supérieure de la pochette de Dangerous, deux animaux siègent chacun sur leur trône.

A gauche, le peintre s’est inspiré du tableau de Jean-Auguste-Dominique Ingres “Napoléon Ier sur le trône impérial”, en remplaçant la tête de Bonaparte par celle d’un chien. On remarque d’autres détails intéressants à côté de ce roi. Au dessus de lui se trouve un singe qui tient des cymbales, tout comme dans la nouvelle “Skeleton Crue” du romancier Stephen King, parue en 1985. C’est un clin d’œil au romancier que Jackson affectionne particulièrement. D’ailleurs, la même illustration a servi lors de la réédition du livre au format poche. Aux pieds du roi se trouve une statue de Vénus inspirée de Botticeli.

Sur la droite de la scène siège un oiseau revêtu des attributs de la reine Elisabeth II. Deux oiseaux en vol nous laissent entrevoir sous sa robe que la reine est mécanique ! Juste sous son trône, on aperçoit un détail de l’oeuvre de Jérôme Bosch “Le jardin des délices”, ainsi que le visage d’un enfant dont la moitié est blanche et l’autre noire. Cela fait sans doute référence au titre Black or White.

Le centre de la scène

Vers un endroit dangereux

Sous l’arche de Noé, au centre de la scène, une route mène vers un lieu sinistre qui semble être une centrale toxique. La tapisserie qui orne la route menant à ce lieu revêt une symbolique de destruction. On y voit le symbole de la bombe atomique, des têtes de mort, ainsi que des armes à feu. A l’entrée de cette centrale, on peut lire “Dangerous”. A l’entrée, une échelle mène à un tuyau sale sur lequel est posé un globe terrestre à l’envers. D’une cheminée s’échappent des fumées que l’on devine toxiques. L’enchevêtrement de tuyaux crée une sensation oppressante.

La société du spectacle et l’enfance

Au premier plan à gauche, un enfant androgyne se tient debout sur une main en pierre. Il cache sa nudité avec le crâne d’un énorme reptile. Sur la paume de la main géante, plusieurs taches sombres représentent les cinq continents. Les phalanges de trois doigts de cette main portent des pansements. On sait qu’à partir du début des années 90, Michael Jackson arbore des pansements sur ses doigts. On peut donc penser que c’est sa main.

Sur la gauche se tient Phineas Taylor Barnum. Grand entrepreneur de spectacles américains, il est l’inventeur du cirque moderne. Il a commencé à faire fortune à partir de 1841 grâce aux Freak Shows. Il exposait les personnes exotiques ainsi que celles ayant des caractéristiques physiques qui étaient susceptibles de choquer le spectateur. En observant attentivement son oreille, on aperçoit un crâne humain. Un nain se tient debout sur sa tête et porte un chapeau sur lequel est inscrit le chiffre 7. Ce personnage pourrait être une représentation de Charles Sherwood Stratton. Adopté par Barnum alors qu’il n’avait que 4 ans, il a officié dans son cirque jusqu’à sa mort à 45 ans. Derrière lui se trouve un tableau de Michael Jackson avec un célèbre costume qu’il portait en 1983. On le retrouve dans l’album “Pipes of Peace” de Paul McCartney.

“Pirates des Caraïbes” et l’œil omniscient

Dans la partie inférieure de la pochette de Dangerous à gauche, plusieurs animaux entrent dans l’attraction Disney Pirates des Caraïbes. Dans la partie inférieure droite de la scène, ils ressortent de l’attraction sous le regard de l’œil omniscient. On aperçoit un siège vide. Devant lui, un enfant amusé par l’aventure, portant un t-shirt avec l’inscription “M”. On reconnaît alors Macauclay Culkin. Dans la nacelle devant lui, un squelette d’animal, qui n’a visiblement pas supporté le voyage. Enfin, tout devant, c’est un Michael Jackson enfant qui sort de l’attraction. Cependant, il porte un costume d’adulte et paraît calme et pensif.

Au-delà de la pochette, l’analyse de l’album Dangerous

Le 8ème album du roi de la pop sort après 4 ans d’absence. Le livret de l’album s’introduit par un court poème en prose où Michael Jackson décrit la joie qu’il éprouve lorsqu’il danse. Dangerous fait écho à sa pochette baroque et valorise les craintes et les contradictions d’un artiste qui a passé toute sa vie sous le feu des projecteurs.

Des albums signés chez Motown avant Quincy Jones

Depuis son premier opus Got To Be There (1972) sorti lorsqu’il avait 13 ans, sous le mythique label Motown, le chanteur a énormément évolué vocalement et artistiquement. Sa carrière prend un véritable tournant lorsqu’il remercie son producteur Berry Gordy et quitte Motown en 1975, avec pour revendication l’envie d’une liberté totale de création. A l’époque, Michael et ses frères étaient à peine consultés pour leurs chansons. Et c’est en travaillant avec le directeur artistique Quincy Jones, que Michael avait rencontré sur le tournage du film The Wiz, qu’il atteint cet objectif. A ce moment-là, Quincy Jones a déjà une carrière prolifique dans la composition musicale et cinématographique. Il a travaillé avec Frank Sinatra et Genius sur Fly Me To The Moon, participé à la tournée de Dizzy Gillespie et collaboré avec des artistes tels que Miles Davis, Lesley Gore et Count Basie.

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Off The Wall, Thriller, Bad : 3 albums record

Leur fructueuse collaboration donnera naissance à 3 albums. D’abord Off The Wall (10 août 1979), orienté disco et funk. Viendra ensuite Thriller (30 novembre 1982). Désormais, Michael Jackson co-écrit ses chansons et aborde des thèmes personnels : la paternité dans Billie Jean, la presse à scandale dans Wanna Be Startin’ Somethin’, ou le mythique Thriller où Jackson évoque son angoisse face au monde extérieur de manière métaphorique, à une époque où apparaissent ses premières angoisses médiatiques. Bad (31 août 1987), enfin, est résolument pop. Quincy et Michael Jackson travaillent alors aussi avec des instrumentales. Ce que l’on remarque surtout sur cet album, c’est qu’avec des titres tels que Speed Demon, Smooth Criminal ou encore Dirty Diana, Michael Jackson signe une véritable déclaration d’autonomie. Dangerous sort le 26 novembre 1991.

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La collaboration entre Michael Jackson et Teddy Riley

L’album est entièrement composé par Teddy Riley, qui remplace Quincy Jones. Ce choix n’est pas anodin. La musique urbaine est très appréciée du public et le king of pop recherche un son plus contemporain afin de s’adapter aux changements qui ont balayé la pop depuis Bad. Cette nouvelle orientation artistique est un succès. Teddy Riley, qui est l’instigateur du new jack swing et le producteur de morceaux révolutionnaires de Keith Sweat, Bobby Brown et de son propre groupe Guy, réussit son pari. Le travail effectué par Riley sur Dangerous est souvent comparé à celui réalisé sur Off The Wall en 1979. On les compare notamment à cause de l’essence pop parfaite de Dangerous, faisant écho à celle de Off The Wall. D’ailleurs, cette souplesse est une illustration de la polyvalence du new jack swing de Riley.

L’artiste se livre sur ses sentiments et ses angoisses mais ne donne pas de noms

Près de la moitié des chansons de l’album Dangerous parlent de relations amoureuses. Et même si aucune histoire d’amour directe n’est mentionnée, les plus grandes peurs de Jackson sont dévoilées. D’ailleurs, les thèmes évoqués sont parfaitement assortis à la voix saccadée et respirante de Jackson qui traduit son angoisse. Dans In The Closet, l’artiste évoque la relation passionnée entre deux amants. Ce titre était aussi une réponse aux critiques qui émettaient des doutes sur son orientation sexuelle. She Drive Me Wild et Give It To Me évoquent l’attirance sexuelle. Le roi de la pop dira du morceau Give It To Me que c’est l’actrice Brooke Shields, qui l’accompagnait sur de nombreux déplacements, qui l’a inspiré. Remember The Time évoque une belle histoire d’amour et pose la question de ce qui à pu y mettre un terme.

Dans Who Is It, il est sujet de trahison et de convoitise réprimée. Jackson chantera ce titre a cappella sur le plateau d’Oprah Winfrey. Cela encouragera sa maison de disque à en faire un single. Mais le clip réalisé par David Fincher, où Jackson est joué par son sosie E’Casanova, ne sera jamais diffusé sur MTV ou VH1. Il sera remplacé par un montage de vidéos de l’artiste. Dans Dangerous, Michael Jackson revient sur un sujet qu’il aborde fréquemment dans ses chansons : la femme fatale ou manipulatrice. Il l’avait déjà fait dans Billie Jean ou Dirty Diana.

Pop-rock avec Slash et gospel avec les Andraé Crouch Singers

En ce qui concerne les autres titres de l’album, Black Or White est une critique du racisme. Cette chanson met en avant la mixité sociale et ethnique. Même si Slash l’accompagne sur cette chanson et Give It To Me, pour les puristes, elle n’atteint pas le niveau de Beat It et la prestation d’Eddie Van Halen. Néamoins, en se hissant au premier rang du Billboard Hot 100 pendant six semaines, la chanson prouve que le rock et la pop peuvent fonctionner. Heal The World est la chanson qui prône l’amour et le partage, comme c’est devenu coutume dans les albums du roi de la pop. C’est une véritable signature. Les deux chansons Keep The Faith et Will You Be There se suivent et sont toutes deux marquées par les voix des Andréa Crouch Singers, chanteurs de gospel issus de l’Eglise évangélique.

Dangerous Black or White

Dangerous, qui s’est vendu à 32 millions d’exemplaires, relève le défi quasi impossible d’approcher l’indétrônable Thriller. Il se place finalement en deuxième position. Thriller restera l’album qui, artistiquement et commercialement, dominera toujours le travail du roi de la pop. A l’image de la pochette réalisée par Mark Ryden, on observe une polarité entre la vie de l’artiste et ce qu’il nous présente visuellement et vocalement. C’est sans doute ce qui le rend si intéressant. Dans cet album, il confronte ses démons qu’il connaît très bien. Avec la collaboration Riley/Jackson, Dangerous participe à la transformation de la musique noire (R&B, new jack swing, etc.).

Michael Jackson est un performer et le public est conquis. On constate aussi qu’à l’image des angoisses exprimées au sein de l’album, ses métamorphoses physiques plus ou moins dissimulées interrogent. Certains critiques, personnalités du show-buisness ou membres du public pensent que Michael Jackson a honte de ce qu’il est. Avec cet album, MJJ voulait démontrer que son appartenance à sa communauté ne se limitait pas à sa couleur de peau ou à son physique. D’ailleurs, l’un des paradoxes de Michael Jackson est qu’à mesure que sa peau blanchira, il ne cessera d’avoir une musique politisée et empreinte de références noires.

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