Comment le film le plus ambitieux de l’histoire du cinéma afro-américain est devenu l’un de ses plus grands échecs commerciaux — et pourquoi il mérite d’être reconsidéré.
En octobre 1978, Universal Pictures et Motown Productions lancent sur les écrans américains ce qui devait être le blockbuster de l’année : The Wiz, adaptation cinématographique de la comédie musicale de Broadway qui avait raflé sept Tony Awards trois ans plus tôt. Le budget atteint 24 millions de dollars — presque le double de Star Wars sorti l’année précédente. Le casting réunit Diana Ross, Michael Jackson, Richard Pryor, Lena Horne. Quincy Jones supervise la bande originale. Sidney Lumet, auréolé du succès de Network et Dog Day Afternoon, signe la réalisation.
Sur le papier, c’est une bombe culturelle. Dans les faits, c’est un désastre commercial : le film engrange environ 13 millions de dollars au box-office domestique, laissant Motown et Universal avec une perte nette estimée à plus de 10 millions. Les critiques sont assassines. Le rêve d’un cinéma noir à gros budget s’effondre avant même d’avoir vraiment commencé.
Quarante-sept ans plus tard, The Wiz est devenu un film culte, étudié dans les universités, célébré par une génération d’artistes noirs, intronisé dans la prestigieuse Criterion Collection en 2025. C’est l’histoire d’un film qui n’a pas échoué — il a simplement eu le tort d’arriver trop tôt, trop grand, trop noir pour l’Amérique de 1978.
Chronologie du projet : de Broadway au désastre
| Date | Événement |
|---|---|
| 1972 | Ken Harper conçoit l’idée d’une relecture afro-américaine du Magicien d’Oz |
| 5 janvier 1975 | Première de The Wiz au Majestic Theatre de Broadway avec Stephanie Mills (17 ans) en Dorothy |
| Avril 1975 | Geoffrey Holder devient le premier homme noir à remporter deux Tony Awards (mise en scène + costumes) |
| 1977 | Motown Pictures acquiert les droits d’adaptation. Stephanie Mills signée pour le rôle de Dorothy |
| Printemps 1977 | Diana Ross (33 ans) fait pression pour obtenir le rôle. John Badham quitte le projet en protestation |
| Été 1977 | Sidney Lumet remplace Badham. Michael Jackson (19 ans) rejoint le casting après résistance de Lumet |
| 3 oct. – 29 déc. 1977 | Tournage principal à New York (Astoria Studios + extérieurs) |
| Décembre 1977 | Lena Horne enregistre sa scène finale. Richard Pryor tourne ses séquences en dernier |
| 29 septembre 1978 | Avant-première mondiale au Loews State II — première fois qu’un film est officiellement lancé par la ville de New York |
| 25 octobre 1978 | Sortie nationale. Premier week-end : 942 814 $ sur 36 salles |
| Fin 1978 | Bilan final : environ 13 millions $ de recettes pour 24 millions de budget. Perte nette estimée : 10,4 millions $ |
| 1979 | Broadway ferme après 1 672 représentations. Diana Ross enregistre un album solo de 15 chansons du film — jamais publié |
| Août 1979 | Sortie de Off the Wall de Michael Jackson, produit par Quincy Jones — rencontrés sur le tournage de The Wiz |
Un projet politiquement puissant… mal incarné
Le théâtre comme espace d’émancipation
Pour comprendre The Wiz, il faut remonter à 1972. Ken Harper, producteur de radio new-yorkais, imagine alors une relecture afro-américaine du Magicien d’Oz. L’idée n’est pas simplement de « colorier » un classique blanc. C’est un acte politique : s’approprier un mythe fondateur de l’Amérique blanche pour en faire un récit d’émancipation noire.
Nous sommes en plein mouvement Black Power. Les Panthers ont secoué l’Amérique. Angela Davis est sur toutes les affiches. Le cinéma de la Blaxploitation — Shaft, Super Fly, Coffy — a prouvé que le public noir existait et payait pour se voir à l’écran. Mais ces films restent cantonnés aux circuits parallèles, aux budgets modestes, aux personnages stéréotypés.
The Wiz sur Broadway, c’est autre chose. Comme le souligne le Smithsonian National Museum of African American History and Culture, la production « célèbre le style de rue afro-américain comme une sous-culture unique et un mode de vie résolument américain ». Les paroles, le script, les décors, les costumes — tout fait référence aux luttes et aux triomphes de la communauté noire.
Geoffrey Holder, metteur en scène et costumier trinidadien, devient le premier homme noir à remporter deux Tony Awards dans ces catégories. Comme le rappelle le Smithsonian Magazine, les costumes qu’il crée mêlent influences caribéennes, afrofuturisme et mode urbaine des années 70. La comédie musicale tourne 1 672 représentations et révèle au monde Stephanie Mills, 17 ans, dont l’interprétation de « Home » reste légendaire.
Pourquoi Hollywood n’a pas su traduire cette énergie

Le passage au cinéma aurait dû amplifier ce triomphe. Il l’a au contraire dénaturé.
Le problème commence dès le casting. Stephanie Mills, 21 ans en 1977, incarne Dorothy sur scène depuis l’ouverture. Elle EST Dorothy pour le public de Broadway. Motown Pictures l’engage initialement pour reprendre le rôle. Mais Diana Ross, 33 ans, veut le rôle. Et Diana Ross est une star Motown — ce qui, dans l’économie du projet, pèse plus lourd que la cohérence artistique.
Berry Gordy, patron de Motown, refuse d’abord : Ross est trop âgée. Mais Ross fait pression directement auprès de Rob Cohen, producteur exécutif du film. Selon l’encyclopédie Britannica, le deal est simple : Universal finance le projet si Diana Ross joue Dorothy, et Ross garantit la participation de Michael Jackson comme Épouvantail. John Badham, réalisateur initialement prévu (il vient de triompher avec Saturday Night Fever), quitte le navire en protestation : « Une chanteuse merveilleuse, une actrice formidable, une danseuse extraordinaire — mais elle n’est pas ce personnage. »
Sidney Lumet le remplace — un choix surprenant. Lumet est alors au sommet de sa gloire avec Serpico, Un après-midi de chien, Network. Mais il n’a jamais réalisé de comédie musicale. Et il n’en réalisera jamais d’autre après The Wiz. Détail ironique : Lumet est le gendre de Lena Horne, qui joue Glinda dans le film.
Les coulisses de la production : chiffres et sacrifices

Une logistique pharaonique
Le tournage de The Wiz reste l’une des productions les plus ambitieuses jamais réalisées à New York. Les archives de l’American Film Institute détaillent l’ampleur de l’entreprise :
- Budget total : 24 millions de dollars (le film le plus cher jamais produit à New York à l’époque)
- Durée du tournage : 3 mois (3 octobre – 29 décembre 1977)
- Musiciens : près de 300 musiciens et 120 chanteurs pour l’enregistrement de la bande originale
- Costumes créés : 1 200 costumes pour l’ensemble de la production
La séquence de la Cité d’Émeraude, tournée sur la plaza du World Trade Center, représente à elle seule un défi logistique sans précédent :
- 650 danseurs mobilisés pour les numéros musicaux
- 385 membres d’équipe présents sur le plateau
- 22 haut-parleurs intégrés dans les décors — sans quoi les danseurs à l’arrière auraient entendu la musique avec une demi-seconde de retard
- 4 nuits de tournage consécutives
- 27 000 ampoules pour éclairer le pont circulaire où trône le Wiz
Cette séquence reste la plus coûteuse jamais filmée au World Trade Center. Les images ont aujourd’hui une résonance historique particulière : les Tours Jumelles, détruites en 2001, y apparaissent dans toute leur splendeur Art déco, transformées en palais afrofuturiste.
La haute couture au service d’Oz
Un élément souvent oublié : la scène du défilé de mode à Emerald City réunit les plus grands créateurs américains de l’époque. Comme le rapporte le Washington Post dans sa critique de 1978, Tony Walton, chef décorateur et costumier principal (trois fois nominé aux Oscars, dont une fois pour The Wiz), a fait appel à Bill Blass, Oscar de la Renta, Halston, Stephen Burrows et Scott Barrie. Ces créateurs ont conçu les tenues vertes, rouges et dorées des « Esclaves de la Mode » — une métaphore satirique du consumérisme. C’est la première fois qu’autant de grands noms de la mode collaborent sur un film.
Les blessures du tournage
Plusieurs incidents ont marqué la production. Le masque de Richard Pryor (le Wiz) — une tête argentée de 7,5 mètres de haut équipée de projecteurs laser — a accidentellement blessé les yeux de Diana Ross lors du tournage. Lena Horne, 61 ans, a été blessée par le harnais qui lui permettait de « voler » pendant sa scène finale, « Believe in Yourself ». Le harnais lui perçait le dos. Elle n’a pas interrompu la prise. « Voilà ce qu’est une vraie professionnelle », commentera Tony Walton. « Pour elle, le spectacle devait continuer. »
Michael Jackson : l’artiste en mue

L’Épouvantail comme révélation
Si le film a un sauveur, c’est Michael Jackson. À 19 ans, il n’est encore que le chanteur des Jackson 5, l’enfant prodige de Motown dont la voix a mué mais pas vraiment la carrière. The Wiz va tout changer — mais pas de la manière attendue.
Lumet ne voulait pas de lui. Le réalisateur préférait Jimmie Walker, le comique de la sitcom Good Times. « Michael Jackson, c’est un numéro de Vegas. Les Jackson 5, c’est du Vegas », lâche-t-il à Rob Cohen. Quincy Jones, directeur musical du film, partage ce scepticisme. Cohen organise une rencontre à New York. Comme le raconte TIME Magazine, Jackson, 19 ans, débarque seul. Lumet change d’avis en quelques minutes : « Ce garçon est si doux ! Si pur ! Je le veux en Épouvantail. »
Joe Jackson, le père de Michael, s’oppose au projet : il craint que ce rôle solo n’éloigne son fils du groupe familial. Rob Cohen le convainc avec un cachet d’environ 100 000 dollars.
New York comme école de vie
Le tournage dure plusieurs mois. Jackson s’installe à Manhattan avec sa sœur La Toya — c’est la première fois qu’il vit loin de sa famille, loin de l’emprise paternelle. Il fréquente le Studio 54, croise Andy Warhol, Liza Minnelli, Elton John. Il découvre le hip-hop naissant dans les clubs new-yorkais.
Rob Cohen se souviendra d’un Michael végétarien qui « s’excusait auprès de chaque légume avant de le manger » et se baignait dans l’eau Perrier. Un être d’une sensibilité extrême, mais aussi d’une curiosité insatiable : Jackson avait mémorisé non seulement ses propres répliques, mais aussi celles de tous ses partenaires.
Il regarde des vidéos de gazelles, de guépards et de panthères pour apprendre les mouvements gracieux qu’il donnera à l’Épouvantail. Son travail avec le chorégraphe Louis Johnson — pionnier de la danse afro-américaine — pose les bases du style qu’il développera dans ses clips à venir.
Le masque qui libère
Le maquillage de l’Épouvantail, créé par le légendaire Stan Winston (futur créateur des effets de Terminator, Aliens, Jurassic Park), nécessite 3 à 4 heures d’application chaque matin. Prothèses en latex pour le front, les joues, le menton. Un nez en forme d’emballage de bonbon Reese’s Peanut Butter Cup. Une collerette. Une calotte chauve pour maintenir ses tresses.
La plupart des acteurs détestent ce genre de contrainte. Pas Michael. « La star adorait avoir son nez couvert », se souviendra Tony Walton. Ses frères le surnommaient « Big Nose » depuis l’enfance, une blessure jamais cicatrisée. Sous le latex de l’Épouvantail, il pouvait disparaître. Ou plutôt : devenir quelqu’un d’autre.
Michael R. Thomas, maquilleur personnel de Jackson sur le film, raconte un rituel quotidien : « À la fin de chaque journée, je retirais le maquillage en soulevant la calotte par l’arrière. Le masque se décollait d’un seul tenant. Je le mettais alors sur ma main, je me cachais derrière son fauteuil, et je faisais surgir ce visage en latex en faisant des bruits idiots. Il riait comme un fou, comme si c’était la chose la plus drôle au monde. »
Cette tension entre le masque et l’identité, entre ce qu’on montre et ce qu’on cache, traversera toute la carrière de Jackson. The Wiz en est peut-être la première manifestation publique.
La rencontre qui changera la musique pop
Un soir de tournage, pendant l’enregistrement de « Ease on Down the Road », Quincy Jones observe Michael chanter sa partie. « Les yeux de Quincy se sont illuminés », raconte Rob Cohen. « C’était comme regarder un léopard observer une gazelle. Il a compris quelque chose à ce moment-là. »
Jackson demande à Jones s’il peut lui recommander un producteur pour son prochain album solo. Jones propose quelques noms, puis se ravise : il produira lui-même le disque. Cette décision, prise sur un plateau de cinéma entre deux prises, débouchera sur l’une des collaborations les plus fructueuses de l’histoire de la musique populaire : trois albums — Off the Wall, Thriller, Bad — treize numéros 1, et plus de 150 millions d’exemplaires vendus. Quels que soient les différends qui ont pu émerger plus tard entre les deux hommes, leur rencontre sur le tournage de The Wiz a changé le cours de la pop music.
Pourquoi le film a échoué
Le gouffre financier
Pour contextualiser l’échec commercial de The Wiz, comparons-le aux autres films majeurs de 1978 :
| Film | Budget | Box-office US | Ratio |
|---|---|---|---|
| Grease | 6 M$ | 190 M$ | ×31,7 |
| Superman | 55 M$ | 134 M$ | ×2,4 |
| National Lampoon’s Animal House | 3 M$ | 141 M$ | ×47 |
| Jaws 2 | 20 M$ | 102 M$ | ×5,1 |
| Saturday Night Fever (1977, encore en salles) | 3,5 M$ | 94 M$ | ×27 |
| The Wiz | 24 M$ | 13 M$ | ×0,54 |
Le contraste est brutal. Grease, sorti trois mois plus tôt, coûte quatre fois moins cher et rapporte quinze fois plus. Selon le magazine Daily Variety, The Wiz aurait dû engranger environ 60 millions de dollars pour atteindre la rentabilité, compte tenu des coûts de marketing.
Le racisme structurel de la distribution
Un facteur rarement mentionné : les chaînes de cinéma des quartiers blancs ont refusé de programmer le film. Comme le rapporte Rob Cohen dans plusieurs interviews : « Les salles des quartiers blancs ne voulaient pas programmer The Wiz de peur de faire fuir leur clientèle habituelle. »
Ce n’est pas un phénomène sudiste ou marginal. C’est un mécanisme systémique : les distributeurs anticipent que le public blanc ne viendra pas voir un film « noir », et en limitant la diffusion, ils créent la prophétie auto-réalisatrice qu’ils redoutaient.
Les défauts artistiques

Les critiques de l’époque pointent plusieurs problèmes :
La mise en scène statique. Lumet, habitué aux drames urbains et aux huis clos judiciaires, filme les numéros musicaux comme des scènes de procès. La caméra bouge peu. Les chorégraphies, pourtant spectaculaires, perdent leur énergie à l’écran. Comme l’écrit un critique : « On dirait une captation de spectacle avec des décors de cinéma. »
Le script psychologisant. Joel Schumacher, alors adepte de l’EST (Erhard Seminars Training), a truffé le scénario de messages sur « croire en soi » et « trouver sa propre vérité ». Répétées en boucle, ces formules sonnent creux.
Le casting de Diana Ross. Les critiques sont unanimes : Ross joue Dorothy comme elle avait joué Billie Holiday — avec une lassitude mondaine, une fragilité sophistiquée, une névrose élégante. Tout le contraire de ce que le rôle exige.
Le mauvais timing culturel
1978 marque la fin de l’ère Blaxploitation. Le mouvement s’est essoufflé, attaqué de toutes parts : par la NAACP qui dénonce les stéréotypes de dealers et de proxénètes, par Hollywood qui a découvert le « blockbuster crossover » avec Jaws et Star Wars, par le public lui-même qui se lasse.
The Wiz arrive trop tard pour surfer sur la vague Blaxploitation, et trop tôt pour inaugurer une nouvelle ère de cinéma noir à gros budget. Comme le note le St. Petersburg Times : « Il n’a fallu qu’un seul échec comme The Wiz pour donner à Hollywood une excuse de battre en retraite vers un terrain plus sûr — c’est-à-dire plus blanc — jusqu’à l’arrivée de John Singleton et Spike Lee. »
V. Les lieux de tournage : une carte de l’Oz new-yorkais
The Wiz transforme New York en pays imaginaire. Comme le documente le Museum of the Moving Image, voici les principales localisations, aujourd’hui devenues sites de pèlerinage pour les fans :
| Lieu réel | Dans le film | Scène/Séquence |
|---|---|---|
| Brownstone, Brooklyn (Bedford-Stuyvesant) | Maison de Tante Em à Harlem | Ouverture, Thanksgiving, retour final |
| New York State Pavilion (Flushing Meadows, Queens) | Munchkinland | Arrivée de Dorothy, « He’s the Wizard » |
| Astroland Park, Coney Island | Parc d’attractions abandonné | Rencontre avec le Tin Man, Cyclone en arrière-plan |
| Hoyt-Schermerhorn Street Station (Brooklyn) | Métro hanté | Les poubelles carnivores, les marionnettes sinistres |
| Wards Island Bridge | Yellow Brick Road | « Ease on Down the Road » |
| Plaza du World Trade Center | Cité d’Émeraude | Défilé de mode, rencontre avec le Wiz |
| New York Public Library (entrée, lions) | Tanière du Lion | « Be a Lion », dernier numéro avant Emerald City |
| Shea Stadium (Queens) | Terrain de poursuite | Attaque des singes volants (motards) |
| Lincoln Center | Extérieurs d’Oz | Transitions, plans d’ensemble |
| Kaufman Astoria Studios (Queens) | Intérieurs principaux | La majorité des scènes en studio |
La réouverture d’Astoria Studios pour The Wiz marque un tournant : le studio, utilisé pour les films muets puis abandonné pendant la Grande Dépression et occupé par l’armée pendant la Seconde Guerre mondiale, renaît grâce au film. Les recettes de l’avant-première sont reversées à l’Astoria Motion Picture and TV Foundation, contribuant à la création du Museum of the Moving Image — aujourd’hui voisin du studio et conservateur des archives de production du film.
Ce que The Wiz est devenu
Film culte transgénérationnel
Le temps a fait son œuvre. The Wiz est aujourd’hui considéré comme un classique du cinéma afro-américain, régulièrement diffusé lors des fêtes de Thanksgiving dans les foyers noirs américains. Comme le raconte une émission de WNYC Studios : « Dans les années 70, les Noirs américains regardaient les émissions collectivement. On regardait tous Roots. On regardait tous Sparkle. Et on regardait tous The Wiz. »
Le film a acquis le statut de « comfort movie » transgénérationnel. Les parents qui l’ont découvert enfants le montrent à leurs enfants, qui le montreront aux leurs. TV One organise régulièrement des marathons lors des fêtes.
Consécration académique et cinéphile
Les universitaires s’y sont intéressés tardivement. Des programmes d’études afro-américaines analysent The Wiz comme document sur l’Afrofuturisme, sur la représentation noire à Hollywood, sur les stratégies de « crossover » culturel.
En juin 2025, la Criterion Collection a publié une édition 4K UHD restaurée du film, avec commentaire audio des universitaires Michael B. Gillespie et Alfred L. Martin, ainsi que des entretiens d’archives avec Sidney Lumet et Diana Ross. C’est la consécration cinéphile ultime — le film rejoint le catalogue aux côtés de Seven Samurai, Jeanne Dielman et This Is Spinal Tap.
Renaissance sur scène et à l’écran

NBC a diffusé The Wiz Live! en décembre 2015, avec Queen Latifah, Mary J. Blige, Uzo Aduba, Ne-Yo et Common. La production a réuni 11,5 millions de téléspectateurs.
En avril 2024, Broadway a accueilli un revival de la comédie musicale. Comme le rapporte Variety, la production est dirigée par Schele Williams avec un livret révisé par la comédienne Amber Ruffin. Le casting réunit Nichelle Lewis (Dorothy), Wayne Brady (The Wiz), Deborah Cox (Glinda), et les décors sont signés Hannah Beachler — la créatrice oscarisée des décors de Black Panther. La chorégraphie est signée JaQuel Knight, créateur de la chorégraphie de « Single Ladies » de Beyoncé.
Influence sur la culture contemporaine
En mai 2024, Kendrick Lamar a utilisé un sample inversé de la voix de Richard Pryor tirée du film dans l’introduction de « Not Like Us », son diss track contre Drake devenu viral. La chanson a culminé au numéro 1 du Billboard Hot 100, remporté cinq Grammy Awards dont Chanson de l’Année et Enregistrement de l’Année, et été interprétée au Super Bowl 2025. The Wiz continue de nourrir la culture, près de cinquante ans après sa sortie.
Film fantôme
Mais The Wiz reste aussi un film fantôme — celui qui aurait pu inaugurer une ère de blockbusters noirs quarante ans avant Black Panther. Son échec a refermé des portes qui ne se sont rouvertes que très lentement.
Conclusion : Le film qui a raté son époque
The Wiz n’est pas un mauvais film. C’est un film mal calibré, mal distribué, mal compris. Un film qui voulait être universel dans une industrie qui refusait l’universalité noire. Un film qui célébrait la culture afro-américaine à une époque où Hollywood préférait la cantonner aux marges.
Mais c’est aussi un film qui a changé l’histoire de la musique populaire — en réunissant Quincy Jones et Michael Jackson. Un film qui a prouvé qu’on pouvait transposer un classique blanc dans un imaginaire noir sans le trahir. Un film dont les images — Dorothy sur le Yellow Brick Road du pont de Brooklyn, la Cité d’Émeraude entre les tours du World Trade Center aujourd’hui disparues — appartiennent désormais à la mémoire collective américaine.
The Wiz n’a pas raté sa mission. Il a raté son époque. Ce n’est pas la même chose.
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