15 millions de dollars. Stephen King au scénario. Stan Winston à la réalisation. Un record Guinness détenu pendant 17 ans. Une projection hors compétition au Festival de Cannes.

En 1996, Michael Jackson réunit une dream team hollywoodienne pour créer Ghosts, un moyen-métrage de 39 minutes où il interprète cinq personnages différents. Son objectif affiché : surpasser Thriller.

Pour les fans, c’est un classique incontournable. Pour le grand public, ça reste un objet obscur — éclipsé par les controverses de l’époque et une distribution quasi inexistante. Treize ans après Thriller,, Jackson transformait ses tourments personnels en spectacle horrifique — une allégorie à peine voilée de ce qu’il vivait.

Retour sur la genèse, le tournage et l’héritage de ce projet hors-norme.

De « Is This Scary? » à Ghosts : La Genèse Chaotique (1993-1996)

L’histoire de Ghosts commence en 1993, bien loin de ce que le projet deviendra finalement. Michael Jackson est alors contacté pour écrire une chanson promotionnelle destinée au film Les Valeurs de la famille Addams (Addams Family Values). Le concept initial prévoit un clip intitulé « Is This Scary? » mettant en scène Jackson aux côtés de Christina Ricci et Jimmy Workman, qui reprendraient leurs rôles de Wednesday et Pugsley Addams.

Pour concrétiser cette vision, Jackson fait appel à Stephen King, le maître incontesté de l’horreur littéraire, qui recommande son collaborateur de longue date Mick Garris comme réalisateur. Garris, qui vient de terminer Sleepwalkers et The Stand pour King, accepte avec enthousiasme. Le tournage débute avec un budget estimé à 5 millions de dollars. Ken Jenkins (futur Dr. Bob Kelso dans Scrubs) est choisi pour incarner le Maire.

Michael Jackson et Evan Chandler à DisneyLand
Michael Jackson et Evan Chandler à DisneyLand

Mais le destin en décide autrement.

Après seulement deux à trois semaines de tournage et environ 12 minutes de pellicule, les accusations portées par Jordan Chandler contre Michael Jackson éclatent dans la presse. Paramount Pictures, producteur des Valeurs de la famille Addams, se retire immédiatement du projet. Jackson, lui-même, décide de rendre les 5 millions de dollars déjà investis et de suspendre le projet indéfiniment.

Le footage de 1993 restera dans les coffres pendant plus de deux décennies avant qu’un extrait ne fuite sur YouTube le 29 mai 2015.

La Renaissance de 1996

Trois ans plus tard, alors que Jackson promeut son album HIStory et que les accusations se sont soldées par un accord financier sans poursuites judiciaires, il décide de ressusciter le projet. Mais tout a changé.

Mick Garris, occupé par le tournage de la mini-série The Shining pour ABC, recommande un homme capable de porter seul le projet : Stan Winston, le légendaire créateur d’effets spéciaux avec qui il avait travaillé sur le premier tournage.

Jackson appelle Winston personnellement pour lui proposer la réalisation. La réponse de Winston est immédiate — et conditionnelle :

« J’ai accepté avec une seule condition : que Michael joue tous les rôles principaux. Je voulais qu’il incarne le personnage de la maison hantée, mais aussi le maire de la ville, et un démon maléfique qui apparaît à un moment donné. Michael voulait désespérément être accepté comme acteur, comme quelque chose de plus que le King of Pop. Mais il était si difficile pour les gens de voir au-delà de son personnage que j’ai pensé que la seule façon de le faire accepter comme véritable acteur était qu’il joue tous ces rôles, déguisé sous du maquillage, de sorte que personne ne le reconnaisse. »

Le projet renaît sous le nom de Michael Jackson’s Ghosts.

Pochette de l'album History Past, Present and Future Book I
Pochette de l’album History Past, Present and Future Book I

Le Casting Technique le Plus Prestigieux de l’Histoire du Clip

Ce qui distingue Ghosts de tout autre projet vidéo musical, c’est l’équipe réunie pour sa création. Une véritable dream team hollywoodienne que même les superproductions de l’époque auraient enviée.

L’Équipe Créative

Stan Winston (Réalisation) — Quatre Oscars à son actif pour Aliens, Terminator 2, Jurassic Park et A.I.. Créateur des créatures les plus iconiques du cinéma moderne, du Predator aux dinosaures de Spielberg. Ghosts sera son dernier projet en tant que réalisateur avant de se concentrer sur la production.

Stephen King & Mick Garris (Scénario) — Le maître de l’horreur littéraire et son adaptateur attitré (The Stand, Sleepwalkers). Garris avait également écrit Hocus Pocus pour Disney.

Russell Carpenter (Directeur de la Photographie) — L’année suivante, en 1997, il remporterait l’Oscar de la meilleure photographie pour Titanic. Collaborateur régulier de James Cameron (True Lies, Terminator 2 3-D), il apporte à Ghosts l’esthétique grandiose des blockbusters hollywoodiens.

Mike Smithson (Maquillage) — Future star des effets de maquillage qui travaillera sur Avatar de James Cameron.

LaVelle Smith Jr. & Travis Payne (Chorégraphie) — Les deux chorégraphes attitrés de Jackson depuis l’ère Bad. Smith Jr. a remporté cinq MTV Video Music Awards pour ses chorégraphies, notamment pour Scream avec Janet Jackson. Payne deviendra plus tard le chorégraphe principal de This Is It.

Figurants Notables

Parmi la foule des villageois, on retrouve un jeune Yasiin Bey, alors connu sous son nom de scène Mos Def, dans un petit rôle de figurant. Un détail que les fans de hip-hop redécouvrent régulièrement avec étonnement.

La Naissance de Stan Winston Digital

Pour les besoins du film, Stan Winston crée une nouvelle division de son studio : Stan Winston Digital, dédiée aux effets numériques. Cette entité deviendra le germe de ce qui s’associera plus tard avec James Cameron et Scott Ross (d’ILM) pour former Digital Domain, l’une des sociétés d’effets visuels les plus importantes d’Hollywood.

Ghosts représente donc, d’une certaine manière, l’acte de naissance technologique d’une révolution dans les effets spéciaux numériques.

Un Acteur, Cinq Personnages : La Performance Multiple de Michael Jackson

les personnages incarnés par Michael Jackson dans le film ghost
Les personnages incarnés par MJJ dans le film Ghosts

La condition imposée par Stan Winston transforme Ghosts en vitrine des talents d’acteur de Michael Jackson. Pour la première fois de sa carrière, le chanteur interprète cinq personnages distincts, dont quatre sous des couches de maquillage prosthétique qui le rendent méconnaissable.

Le Maestro

Le protagoniste du film. Un artiste excentrique vivant dans un manoir isolé à l’écart de Normal Valley, qui divertit les enfants du village avec ses tours de magie et ses créatures fantastiques. Le Maestro est le double fictionnel assumé de Michael Jackson : incompris, jugé « bizarre » par la société, mais adoré par les enfants qui voient au-delà des apparences.

Le Maire

Le personnage le plus techniquement impressionnant. Jackson disparaît sous un « fat suit » et des prothèses faciales qui nécessitaient trois heures de maquillage quotidien. Le résultat : un homme blanc, corpulent, arrogant, menant la foule contre le Maestro.

La ressemblance avec Thomas Sneddon, le procureur du comté de Santa Barbara qui avait mené l’investigation contre Jackson en 1993-1994 (et qui le poursuivrait à nouveau en 2003-2005), n’est pas fortuite. Les fans et analystes s’accordent sur l’intention délibérée de cette caricature vengeresse.

Cette interprétation est renforcée par la chanson « D.S. » sur l’album HIStory, où Jackson attaque explicitement un certain « Dom Sheldon » — phonétiquement presque identique à « Tom Sneddon » — le qualifiant de « cold man ».

Le Squelette

Pour cette transformation, l’équipe utilise la motion capture, une technologie encore balbutiante en 1996. Un moulage du visage et du crâne de Jackson est créé, servant de base à l’animation CGI du squelette dansant.

La scène du squelette exécutant un moonwalk reste l’une des plus mémorables du film — une fusion parfaite entre la performance physique de Jackson et les capacités naissantes de l’animation numérique.

Le Super Ghoul

Une créature démoniaque de près de trois mètres de haut, transformation ultime du Maestro face aux villageois terrorisés. Cette apparition spectaculaire combine prothèses physiques et effets numériques d’enhancement.

Le Mayor Ghoul

Version « possédée » du Maire, lorsque le Maestro prend le contrôle de son corps. Jackson interprète cette possession avec une jubilation palpable — son ennemi dansant malgré lui sur sa propre musique.

Normal Valley : L’Allégorie Autobiographique de Ghosts Décryptée

Au-delà du spectacle visuel, Ghosts constitue le plaidoyer le plus personnel de Michael Jackson. Chaque élément narratif renvoie à sa propre vie et aux persécutions qu’il estime subir.

Le Nom « Normal Valley »

Le choix n’est pas anodin. « Normal Valley » représente l’Amérique conformiste, la banlieue proprette qui rejette quiconque ne correspond pas à ses standards. C’est Anytown, USA — et c’est aussi l’enfer personnel de Jackson.

La Foule aux Torches

L’imagerie de la foule en colère, torches à la main, constitue une référence directe aux films d’horreur classiques des années 1930, notamment Frankenstein. Mais elle symbolise également la presse tabloïd et l’opinion publique qui, selon Jackson, l’ont condamné sans procès.

Le Manoir du Maestro

Le parallèle avec Neverland Ranch est évident. Un domaine isolé où un homme différent crée un univers fantastique, d’abord admiré puis diabolisé.

Le docteur en sciences de l’information Amélie Dalmazzo analyse cette symbolique :

« Michael Jackson est le monstre chargé de porter nos traumatismes collectifs. Conforté dans son statut d’homme aux mœurs étranges par la presse, notamment à scandale, il apparaît de plus en plus au ban de la société. Michael Jackson est ainsi, à l’image d’Edward et du Maestro, coupé du monde dans son ranch de Neverland, qui fut d’abord considéré par la presse comme un paradis artistique puis comme un piège pour pédophile. »

Le Schéma d’Edward aux Mains d’Argent

Le schéma narratif rappelle Edward aux Mains d’Argent de Tim Burton (1990), un film que Jackson admirait. On y retrouve la figure de l’artiste marginal, reclus dans son manoir à l’écart d’une banlieue américaine bien-pensante, confronté à l’hostilité d’une communauté qui le considère comme un « freak ». Mais là où Edward subit un parcours de célébration puis de rejet, le Maestro de Ghosts doit conquérir une foule déjà hostile dès la première scène.

Les Enfants Défenseurs

Au début du film, trois jeunes garçons prennent la défense du Maestro face au Maire. L’un d’eux déclare : « Il n’a fait de mal à personne. On pourrait pas juste partir ? » Avant qu’un autre ne le frappe en lui reprochant d’avoir révélé leur secret.

La référence aux accusations portées contre Jackson est à peine voilée.

2 Bad, Is It Scary, Ghosts : Décryptage du « Gothic Funk »

Le biographe Joseph Vogel a inventé le concept de « Gothic Funk » pour décrire la direction musicale de Jackson à cette époque : une fusion de ses obsessions gothiques avec le funk, l’industriel et le disco. Ghosts en représente l’expression la plus aboutie.

2 Bad (HIStory, 1995)

Producteurs : Michael Jackson, Bruce Swedien, Dallas Austin, Jimmy Jam & Terry Lewis

Un morceau agressif de New Jack Swing où Jackson répond directement à ses accusateurs. Les paroles « You aimin’ just for me, you are disgusting me, just want your cut from me » ne laissent aucun doute sur la cible.

Dans le film, cette chanson accompagne la première confrontation chorégraphique entre le Maestro et les villageois.

Is It Scary (Blood on the Dance Floor, 1997)

Producteurs : Michael Jackson, Jimmy Jam & Terry Lewis

Une pop gothique industrielle où Jackson interroge frontalement le public : « Am I amusing you, just confusing you? Am I the beast you visualized?« 

Le titre renvoie directement au projet abandonné de 1993.

Ghosts (Blood on the Dance Floor, 1997)

Producteurs : Michael Jackson, Teddy Riley

Le morceau-titre. Collaboration avec Teddy Riley, l’architecte du New Jack Swing. Un funk paranoïaque ponctué par cette question centrale : « Who gave you the right to shake my family tree?« 

Le Washington Post qualifiera le morceau de « unsettling » (troublant). Entertainment Weekly spéculera que « les psychologues de salon auront une journée bien remplie avec ces paroles« .

Données techniques de « Ghosts » : Tessiture vocale E3-A5, tonalité E dorien, 103 BPM.

Bob Fosse Award : Pourquoi la Chorégraphie de Ghosts Surpasse Thriller

En 1997, Ghosts remporte le Bob Fosse Award for Best Choreography in a Music Video — une reconnaissance qui place ses chorégraphies au-dessus de tout ce que Jackson avait produit auparavant, y compris Thriller.

L’Équipe Chorégraphique

  • LaVelle Smith Jr. — Chorégraphe principal. A travaillé avec Jackson depuis l’ère Bad, sur les trois tournées mondiales (Bad, Dangerous, HIStory) et sur Scream. Cinq MTV Video Music Awards à son actif.
  • Travis Payne — Assistant chorégraphe. Rejoindra l’équipe de This Is It en 2009. Triple lauréat des American Choreography Awards.
  • Anthony et Richmond Talauega — Chorégraphes additionnels.

Une Nouvelle Grammaire Gestuelle

Contrairement à la légèreté de Thriller, la chorégraphie de Ghosts se caractérise par ce que les critiques ont appelé « sweeping, stomps, grimaces » — des mouvements amples, des frappes au sol, des expressions faciales grimaçantes.

Fred Astaire avait un jour qualifié Jackson d’« angry dancer » (danseur en colère). Ghosts incarne parfaitement cette description. La rage que Jackson ressent envers ses persécuteurs se traduit dans chaque mouvement.

Conditions de Tournage

Le tournage des séquences de danse s’est étalé sur six semaines, avec des journées de 12 heures, cinq jours par semaine. Un planning de production digne d’un long-métrage hollywoodien — du jamais vu pour un clip musical.

Parmi les danseurs de la « famille de goules » du Maestro, on retrouve Cris Judd, qui deviendra plus tard le deuxième mari de Jennifer Lopez.

Stan Winston Digital : Les Effets Révolutionnaires de Ghosts

« Is this scary? » — Le Maestro pousse le body horror à son paroxysme.

En 1996, le CGI en est encore à ses balbutiements — Toy Story vient de sortir, Jurassic Park a trois ans. Stan Winston fait le pari de mixer ses techniques pratiques (prothèses, animatroniques) avec les outils numériques naissants.

Techniques Hybrides

L’équipe de Stan Winston combine plusieurs approches :

Compositing numérique — Superposition de plusieurs couches d’images pour créer des scènes impossibles à filmer en une seule prise.

Enhancement CGILes effets numériques viennent compléter et améliorer les prouesses pratiques, jamais les remplacer entièrement.

Trucages in-camera — De nombreux effets sont réalisés en direct sur le plateau, sans post-production.

Motion capture pionnièreLa capture des mouvements de Jackson pour animer le squelette CGI utilise une technologie encore expérimentale.

Green screen — Les danseurs « défiant la gravité » sur les murs sont filmés sur fond vert puis intégrés aux décors.

Scènes Marquantes

La déformation faciale du Maestro — Jackson étire sa peau jusqu’à des proportions inhumaines, un effet combinant prothèses et retouches numériques.

La transformation en Super Ghoul — Le Maestro se métamorphose en créature démoniaque de trois mètres dans une chemise fluide.

La possession du Maire — Le Maestro se transforme en un « blob CGI » qui envahit le corps du Maire par ses orifices — une séquence de body horror particulièrement dérangeante.

Le moonwalk du squelette — La signature de Jackson exécutée par un personnage entièrement généré par ordinateur.

L’Héritage Technologique

Pour Stan Winston, Ghosts marque un tournant. La création de Stan Winston Digital pour ce projet pose les bases de sa future collaboration avec James Cameron sur Avatar et de la naissance de Digital Domain.

Winston déclarera plus tard : « Je suis toujours fier de la façon dont Ghosts s’est terminé.« 

Festival de Cannes 1997 : Triomphe Critique, Échec Public

Michael Jackson au festival de Cannes 1997
Michael Jackson au festival de Cannes 1997

Chronologie des Sorties

Novembre 1996 — Première mondiale à Sydney, Australie, en format 75mm, précédant le coup d’envoi du HIStory World Tour.

Octobre-Décembre 1996 — Distribution limitée aux États-Unis en avant-programme du film La Peau sur les os (Thinner), adaptation de Stephen King.

Mai 1997 — Projection hors compétition au Festival de Cannes. Le film est présenté dans la section officielle, une distinction rarissime pour un projet vidéo musical.

Mai 1997 — Première britannique à l’Odeon Leicester Square, Londres.

Décembre 1997 — Sortie du Coffret Deluxe Collector européen, comprenant la VHS de Ghosts, le CD de Blood on the Dance Floor et un CD maxi single en édition limitée.

Records et Distinctions

Guinness World Record — Plus long clip musical de l’histoire avec ses 39 minutes et 32 secondes. Record détenu de 1996 à 2013, avant d’être éclipsé par « Happy » de Pharrell Williams (24 heures en boucle). En 2024, c’est Twenty One Pilots qui détient le record avec « Level of Concern Never-Ending » (177 jours, 16 heures, 10 minutes, 25 secondes).

Bob Fosse Award 1997 — Meilleure chorégraphie dans un clip musical.

Sélection officielle — Festival de Cannes 1997, hors compétition.

Analyse de l’Échec Commercial

Malgré ces reconnaissances, Ghosts n’atteindra jamais le grand public. Plusieurs facteurs expliquent cet échec :

Le contexte personnel — Le divorce d’avec Lisa Marie Presley et les séquelles de l’affaire Chandler maintiennent Jackson dans une zone d’ombre médiatique. Le public américain n’est pas prêt pour son retour.

La distribution catastrophique — Associé au film Thinner (un échec au box-office), Ghosts ne bénéficie d’aucune campagne promotionnelle significative aux États-Unis. Pas de sortie single massive, pas de diffusion MTV régulière.

Le format atypique — 39 minutes, c’est trop long pour MTV, trop court pour une sortie cinéma traditionnelle. Le film tombe entre deux chaises.

La critique mitigée — Nathan Rabin de The A.V. Club qualifie le film de « clunky, leaden and overblown » (lourd, plombé et excessif), avec une « staggeringly blunt allegory » (allégorie d’une franchise sidérante). Il reconnaît cependant que l’échec tient davantage à la place de Jackson dans l’imaginaire collectif de l’époque qu’à la qualité intrinsèque de l’œuvre.

De Thriller à Ghosts : Pourquoi ce Film Mérite sa Place au Panthéon

Comparaison avec Thriller

Thriller (1983)Ghosts (1996)
Durée14 minutes39 minutes
Budget500 000 $15 000 000 $
RéalisateurJohn LandisStan Winston
Personnages joués par MJ25
ScénaristesJohn LandisStephen King, Mick Garris
ReconnaissanceRévolution culturelleRecord Guinness, Cannes
Impact commercialPhénomène mondialQuasi-invisible

Le site officiel michaeljackson.com confirme que Jackson voulait explicitement « surpasser Thriller » avec ce projet. Techniquement et artistiquement, il y est peut-être parvenu. Commercialement, c’est un échec retentissant.

L’Influence sur le Cinéma Horrifique Noir

Certains analystes voient dans Ghosts un précurseur du mouvement « Black Horror » qui émergera dans les années 2010-2020 avec des films comme Get Out de Jordan Peele. Un artiste noir utilisant les codes de l’horreur pour commenter sur sa propre marginalisation par la société américaine blanche.

La Réhabilitation Posthume

Depuis la mort de Michael Jackson en 2009, Ghosts connaît une redécouverte progressive. En octobre 2020, le film a été temporairement disponible sur la chaîne YouTube officielle de Jackson pour Halloween (du 29 octobre au 1er novembre).

Taj Jackson, neveu de Michael, a révélé que son oncle souhaitait « revenir au cinéma » et considérait Ghosts comme une première étape vers une carrière d’acteur-réalisateur qui n’a jamais pu se concrétiser.

Fiche Technique Complète

MICHAEL JACKSON'S GHOSTS (1996)

ÉQUIPE TECHNIQUE
Réalisation : Stan Winston
Scénario : Stephen King, Mick Garris
Histoire originale : Stephen King, Mick Garris, Michael Jackson
Production : Michael Jackson, Stan Winston, David Nicksay
Directeur de la photographie : Russell Carpenter
Montage : Marcus Manton
Musique : Michael Jackson
Producteurs musicaux : Teddy Riley, Jimmy Jam & Terry Lewis, 
                       Dallas Austin, Bruce Swedien
Musique additionnelle : Nicholas Pike
Chorégraphie : LaVelle Smith Jr., Travis Payne, 
               Anthony Talauega, Richmond Talauega
Effets spéciaux : Stan Winston Studio / Stan Winston Digital

DISTRIBUTION
Michael Jackson : Maestro / Maire / Mayor Ghoul / 
                  Super Ghoul / Squelette
Pat Dade : Villageoise
Amy Smallman : Villageoise
Edwina Moore : Mère de famille
Yasiin Bey (Mos Def) : Seth (figurant)
Seth Smith : Jeune garçon
Kendall Cunningham : Jeune garçon

CHANSONS
"2 Bad" (HIStory, 1995)
"Is It Scary" (Blood on the Dance Floor, 1997)  
"Ghosts" (Blood on the Dance Floor, 1997)

DONNÉES TECHNIQUES
Durée : 39 minutes 32 secondes
Format de tournage : 35mm
Formats de sortie : 75mm (première), VHS, LaserDisc, Video CD
Budget : 15 000 000 $ (intégralement financé par Michael Jackson)
Durée de tournage : 6 semaines (été 1996)

DISTINCTIONS
- Bob Fosse Award for Best Choreography in a Music Video (1997)
- Guinness World Record : Plus long clip musical (1996-2013)
- Sélection hors compétition, Festival de Cannes 1997

Conclusion : Le Destin du Maestro

Il y a quelque chose de tragiquement prophétique dans Ghosts. Le Maestro, incompris de son vivant, n’est réhabilité qu’après avoir simulé sa propre mort face aux villageois. Ce n’est qu’en voyant l’artiste s’effondrer en poussière qu’ils réalisent leur erreur.

Michael Jackson mourra treize ans plus tard, le 25 juin 2009. Et comme pour le Maestro, c’est sa mort qui provoquera la réévaluation de son héritage par ceux-là mêmes qui l’avaient condamné.

Avec Ghosts, Jackson voulait prouver deux choses : qu’il pouvait être acteur, et qu’il n’était pas le monstre décrit par les tabloids. 15 millions de dollars, une équipe de légende, cinq rôles différents — tout ça pour un film que le grand public n’a jamais vraiment découvert. L’ironie, c’est que le message du Maestro face aux villageois (« Who’s the freak now?« ) résonne encore aujourd’hui, à chaque redécouverte du film par une nouvelle génération de fans.

Le film est aujourd’hui accessible sur YouTube et régulièrement partagé chaque Halloween. Pas le succès planétaire que Jackson espérait, mais une vie après la mort — ce qui, pour un film de fantômes, n’est pas si mal.