Biographie
Daisuke Gōri (郷里 大輔), de son vrai nom Yoshio Nagahori (長堀 芳夫), né le 8 février 1952 à Kōtō (Tokyo) et disparu le 17 janvier 2010 à Nakano. L'un des barytons les plus reconnaissables de l'animation et du jeu vidéo japonais, dont la voix profonde, presque caverneuse, semblait taillée dans la roche.
Formé à l'école de théâtre Yoshizawa, il passe par TV Talent Center Tokyo, puis Mausu Promotion, avant de finir sa carrière chez Aoni Production. Son timbre l'a très vite enfermé pour son plus grand bien dans une galerie très précise : pères imposants, géants placides, méchants cyclopéens, narrateurs solennels. Mais quiconque l'a entendu en mode comique sait qu'il pouvait basculer dans le grotesque assumé avec une facilité déconcertante : c'est tout le numéro de Mr. Satan / Hercule dans Dragon Ball Z, sans doute son rôle le plus aimé du grand public, qui résume son génie : un gros bras gueulard qu'il rend touchant à force de fanfaronnade.
Mais réduire Gōri à Mr. Satan serait une faute. Il est aussi Heihachi Mishima dans Tekken (du 3 au 6), Bass Armstrong dans Dead or Alive, Andross dans Star Fox, Edge Master dans le premier Soulcalibur, Dozle Zabi dans le Gundam original de 1979, Robin Mask dans Kinnikuman, Dondochakka Bilstin dans Bleach, Gyū-Maō (le père de Chichi) et Roi Enma chez Toriyama, Jinbe dans One Piece (premier doubleur du personnage avant Katsuhisa Hōki), sans compter une carrière parallèle en doublage occidental et en narration TV. Bref, dès qu'il fallait une voix qui pèse, on l'appelait.
Sa fin est l'une des plus tristes du métier. Atteint d'un diabète qui finit par lui causer un décollement de rétine, il perd progressivement la vue et, surtout, la capacité de lire ses scripts en studio. Dans les derniers mois de 2009, il confie à son ami Kazuhiko Inoue un laconique « je me suis fait vieux ». Il met fin à ses jours en janvier 2010, trois semaines avant ses 58 ans, laissant un mot avec deux mots seulement : gomenne (pardon) et arigatō (merci). Ses rôles récurrents seront repris par Ryūzaburō Ōtomo et Unshō Ishizuka. Détail rare et émouvant : Bleach: Thousand-Year Blood War en 2022 a réutilisé ses prises d'origine pour Dondochakka, lui rendant la parole douze ans après.
C'est cette disparition qui poussera Yūko Minaguchi à prendre son sabbatique de New York en 2012 — preuve, s'il en fallait, du rôle de mentor et de figure tutélaire qu'il jouait au sein d'Aoni.